Jeune Afrique révèle comment Motaze a ignoré une note directe de Ngoh Ngoh portant le choix de Paul Biya

MOTAZE BIYA NGOH NGOH Image illustrative

Thu, 11 Jun 2026 Source: www.camerounweb.com

Dans la guerre souterraine qui oppose depuis des mois Ferdinand Ngoh Ngoh à Louis Paul Motaze pour le contrôle des grands dossiers économiques du Cameroun, la cession de Société Générale Cameroun — rebaptisée General Bank of Cameroon (GBC) — vient d'ouvrir un nouveau front d'une gravité institutionnelle inédite. Selon les révélations exclusives de Jeune Afrique publiées ce 10 juin 2026, le ministre des Finances a ignoré une instruction directe du Secrétaire Général de la Présidence portant le choix explicite de Paul Biya — et a activé sa propre voie pour boucler l'opération. Un bras de fer entre deux hommes d'État dont l'issue appartient au seul arbitre encore capable de la trancher : le Chef de l'État lui-même.

Le document que Jeune Afrique révèle en exclusivité est d'une importance capitale. Transmise le 27 avril au ministre des Finances, «la note du Secrétaire Général de la Présidence Ferdinand Ngoh Ngoh exprime la préférence du Chef de l'État camerounais pour le consortium composé de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) et du groupe ivoirien NSIA Banque». Cette note demande explicitement à Motaze «de conclure un partenariat avec ce groupement pour gérer la phase de transition actuelle, laquelle doit déboucher sur l'acquisition définitive de la banque par ledit consortium».

Le message ne pouvait pas être plus clair : Paul Biya a fait son choix via son SGPR. Le ministre des Finances est informé. Il doit s'exécuter. Sauf que Motaze ne s'est pas exécuté. Selon Jeune Afrique, il «a opté pour une autre voie, en mobilisant le montant nécessaire pour acter sa montée au capital de Société Générale auprès d'autres acteurs financiers, dont BGFI». Un ministre qui reçoit la note de préférence présidentielle transmise par le SGPR — et qui part dans la direction opposée. Dans tout système politique fonctionnel, cette démarche s'appelle une faute grave. Dans le système Biya, elle s'appelle une guerre.

Face à cette révélation explosive, l'entourage du ministre des Finances tente une justification que Jeune Afrique rapporte sans en cacher les limites. Motaze aurait «voulu aller vite pour boucler la première phase de l'opération» — une explication technique qui ne répond pas à la vraie question : pourquoi ne pas avoir suivi les instructions présidentielles transmises par Ngoh Ngoh ? Aller vite est un argument de gestion. Contourner une note du SGPR portant le choix du Chef de l'État est un acte politique.

Un cadre du ministère, sollicité par Jeune Afrique, répond prudemment qu'«aucune porte n'a pour l'instant été fermée». Une formule sibylline qui peut signifier deux choses : soit Motaze est prêt à revenir sur sa démarche si la pression présidentielle s'accentue, soit il espère que son montage financier alternatif sera accepté comme un fait accompli.

La GBC comme théâtre d'une guerre systémique

Jeune Afrique résume l'enjeu de cette confrontation en des termes qui disent tout : le cas GBC «met une fois de plus en lumière la rivalité en creux entre Ferdinand Ngoh Ngoh, incontournable dans la gestion des dossiers économiques et financiers devant requérir l'avis de Paul Biya, et un ministre des Finances qui semble évoluer en roue libre et reste soucieux de garder la main sur son périmètre de compétences».

«Évoluer en roue libre» — la formulation de Jeune Afrique est délibérément forte. Elle dit un ministre qui ne se sent plus tenu par les circuits de validation habituels — et notamment par le filtre de Ngoh Ngoh, dont les révélations précédentes du journal avaient montré qu'il «contrôle les informations remontant au Chef de l'État» et «fait quasi office de ministre de l'Économie et des Finances». Motaze défie précisément cette tutelle informelle — en se passant du SGPR pour gérer un dossier qui, selon les instructions présidentielles du 27 avril, aurait dû lui transiter par là.

Source: www.camerounweb.com