Deux dossiers judiciaires distincts, mais un même théâtre d'affrontement : le palais présidentiel camerounais. Selon des révélations de Jeune Afrique, le scandale du trafic d'or présumé et celui des faux décrets présentés à la télévision nationale sont devenus les deux armes principales d'une guerre de pouvoir opposant Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, à Oswald Baboke, directeur adjoint du cabinet civil de Paul Biya.
D'après les informations de Jeune Afrique, Oswald Baboke fait figure de suspect dans la presse depuis l'ouverture de ces enquêtes, ordonnées personnellement par le chef de l'État. Il aurait été entendu à plusieurs reprises par les enquêteurs. Des rapports de services de renseignement, que Jeune Afrique décrit comme globalement favorables au camp de Ferdinand Ngoh Ngoh, avanceraient que le nom figurant sur le faux décret de nomination d'un vice-président — présenté à la CRTV mais jamais diffusé à l'antenne — serait celui d'Oswald Baboke lui-même.
Jeune Afrique relève un autre élément troublant versé au dossier : Johann Sitchom, la personne interpellée après avoir tenté de faire lire les faux documents sur l'antenne de la CRTV, aurait fréquenté, avec sa mère, la Chapelle de la Gloire du Christ — l'église fondée par Oswald Baboke lui-même, pasteur de profession. Un rapprochement qui, selon le média, alimente les soupçons contre le directeur adjoint du cabinet civil, lequel dénonce de son côté un complot politique.
Mais Jeune Afrique donne aussi la parole à l'autre camp : les soutiens d'Oswald Baboke estiment que le trafic d'or présumé devrait plutôt conduire les enquêteurs vers les réseaux contrôlant les principaux points de sortie du territoire — ports et aéroports —, évoquant à mots couverts certains éléments du Bataillon d'intervention rapide (BIR), placé sous la supervision du secrétariat général de la présidence, ainsi que des hommes d'affaires étrangers réputés proches de Ferdinand Ngoh Ngoh.
Des enquêteurs eux-mêmes proches d'un camp
Élément qui interroge sur l'impartialité des investigations en cours : selon Jeune Afrique, le Secrétariat d'État à la Défense, chargé conjointement avec la Direction de la sécurité présidentielle d'élucider ces deux affaires, est dirigé par Galax Yves Landry Etoga, décrit par le média comme un proche de Ferdinand Ngoh Ngoh. Une configuration qui, selon Jeune Afrique, place les enquêteurs eux-mêmes au centre d'une controverse sur la neutralité de leurs conclusions à venir.
Jeune Afrique rapporte qu'une consigne serait venue directement de Genève, où séjourne Paul Biya, pour mettre un terme provisoire à l'affrontement public entre les deux hommes — d'où la mise en scène de complicité affichée lors d'une cérémonie de décorations au palais d'Etoudi, fin juillet. Une accalmie que le média décrit toutefois comme précaire, tant les deux scandales continuent, en coulisses, d'alimenter les accusations croisées entre les deux clans.