Joseph Owona : quand un patriarche s'en va, le silence devient assourdissant

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Wed, 7 Jan 2026 Source: www.camerounweb.com

Le Cameroun a perdu le 6 janvier 2024 l'un de ses derniers intellectuels d'État, ces hommes rares qui pensaient avant de parler et servaient sans trahir. Entre hommage et mise en garde, Isaac Junior décortique l'héritage exigeant d'un homme qui n'élevait pas la voix, mais élevait le niveau.



Joseph Owona est parti comme vivent les institutions sérieuses : sans tambour, mais avec gravité. Le 6 janvier 2024, le Cameroun a perdu un homme dont la voix n’avait pas besoin de micro pour être entendue. Quand un patriarche s’en va, même le vacarme politique baisse d’un ton. Par respect. Ou par peur de se regarder dans le miroir.

Moi, c’est Isaac Junior. Et ici, la vérité s’habille d’ironie.

Joseph Owona appartenait à cette espèce rare :

les hommes dont la parole n’était pas un spectacle,

mais un outil de précision.

Professeur émérite.

Intellectuel d’État.

Patriarche au sens africain du terme :

celui qui n’élève pas la voix, mais élève le niveau.

Dans un pays où beaucoup parlent pour exister,

lui existait pour éclairer.

Il n’était pas de ceux qui courent après l’actualité.

C’est l’actualité qui venait s’asseoir devant lui, carnet ouvert, stylo tremblant, en demandant presque pardon.

Joseph Owona n’était pas parfait, aucun homme de valeur ne l’est.

Mais il était cohérent, et au Cameroun, la cohérence est déjà une forme de courage civil.

Il avait ce calme dérangeant des gens qui savent.

Ce regard qui vous oblige à réfléchir avant de parler.

Ce ton professoral qui ne méprisait pas, mais rappelait doucement :

Réfléchis encore. Tu peux mieux faire.

Dans les amphithéâtres comme dans les arènes institutionnelles,

il incarnait une chose devenue suspecte :

la rigueur intellectuelle sans hystérie politique.

Il connaissait les textes.

Il respectait les institutions.

Mais surtout, il comprenait les hommes,

leurs faiblesses, leurs calculs, leurs lâchetés élégantes.

Il n’était pas un homme de slogans.

Il était un homme de structures.

Quand d’autres faisaient du droit constitutionnel un décor,

lui en faisait une ossature.

Quand certains utilisaient la République comme un costume de cérémonie,

lui la portait comme une responsabilité quotidienne.

Joseph Owona savait une chose que beaucoup feignent d’ignorer :

le pouvoir passe, mais l’intelligence laisse des traces.

C’est pour cela qu’on ne l’a jamais vu courir derrière l’applaudimètre.

Il parlait pour l’Histoire, pas pour le journal de 20h.

Aujourd’hui, on dit : Un homme de grandeur et de valeur.

Et pour une fois, ce n’est pas une formule vide.

Parce que la grandeur, chez lui, n’était pas bruyante.

Elle était intérieure, presque austère, comme une bibliothèque bien rangée.

Sa disparition nous oblige à une question inconfortable : qu’avons-nous fait de l’héritage intellectuel dans ce pays ?

Avons-nous encore la patience d’écouter les sages,

ou préférons-nous les clowns pressés ?

Avons-nous encore le goût du raisonnement long,

ou seulement des opinions courtes et virales ?

Joseph Owona nous laisse plus qu’un souvenir.

Il nous laisse une exigence.

Celle de penser avant de parler.

D’argumenter avant de condamner.

De servir l’État sans transformer le savoir en arme de vanité.

Prier pour le repos de son âme, oui.

Mais surtout : ne pas trahir ce qu’il représentait.

Car un patriarche ne meurt jamais vraiment.

Il observe.

Il jauge.

Et parfois, il secoue la tête là-haut, devant le spectacle des héritiers pressés qui veulent récolter sans avoir semé.

Ici, je ne commente pas. Je rends hommage sans flatter, et je rappelle que la mémoire est une responsabilité politique.

— Isaac Junior NWATSOCK OKE

Source: www.camerounweb.com