Journalistes tabassés, appareils confisqués : Yaoundé fait taire ceux qui s'approchent trop de la résidence secrète

Résidence Présidentielle De Kribi Image illustrative

Wed, 18 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

Cinq journalistes camerounais ont été brutalement interpellés le 17 février aux abords d'une résidence d'Elig Essono, dans le 1er arrondissement de Yaoundé. Leur crime : tenter de couvrir l'affaire des migrants africains expulsés des États-Unis et retenus secrètement au Cameroun. C'est le magazine Jeune Afrique qui révèle les détails de cette opération musclée : des gendarmes ont surgi, roué de coups l'un des journalistes et saisi caméras, laptops et téléphones. Au moment de la publication des révélations de Jeune Afrique, aucun d'eux n'avait encore été libéré.

La violence de cette réaction en dit plus que n'importe quel communiqué officiel. Le gouvernement camerounais, jusqu'ici muré dans le silence sur l'existence même de cet accord secret avec Washington, a choisi la méthode forte pour empêcher que les images de cette résidence gardiennée ne se répandent sur les réseaux sociaux. Le ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, interrogé par Jeune Afrique, n'a fourni aucune réponse — un collaborateur de son cabinet promettant vaguement une «communication officielle à venir».

Pourtant, le secret est déjà éventé. Ce sont les médias américains qui ont les premiers levé le voile sur cette affaire, forçant Yaoundé dans une position intenable. Selon les informations recueillies par Jeune Afrique, les quinze migrants africains retenus dans cette résidence — dont la plupart avaient le statut de demandeurs d'asile — ont été clairement informés par les autorités camerounaises qu'ils ne pourraient en sortir que pour rejoindre leur pays d'origine. Une perspective que leur avocat, Joseph Awah Fru, résume sans détour : pour certains d'entre eux, rentrer au pays reviendrait à signer leur arrêt de mort.

En muselant la presse et en maintenant ces migrants hors de tout regard, le Cameroun révèle l'ampleur de son embarras. Un pays qui tabasse ses journalistes pour cacher ses invités encombrants n'est pas un pays serein — c'est un pays qui a quelque chose à perdre.

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