L'administration paralysée par l'attente du remaniement ministériel

Biya Paul Devant Armee.png Image illustrative

Mon, 5 Jan 2026 Source: www.camerounweb.com

Depuis l'annonce d'un nouveau gouvernement par Paul Biya le 31 décembre, l'appareil d'État camerounais vit au ralenti. Services fantômes, dossiers bloqués, dirigeants absents : la paralysie administrative s'installe alors que le pays attend la composition de la nouvelle équipe gouvernementale.

"Le cœur bat fort à Yaoundé !" C'est par ces mots que Télesphore Mba Bizo décrit l'atmosphère anxiogène qui règne dans l'administration camerounaise depuis le discours présidentiel du 31 décembre 2025. Dans sa chronique diffusée dimanche sur les antennes de la CRTV lors de l'émission "Dimanche Midi", le commentateur dresse un tableau inquiétant d'un État en suspens.

Les activités administratives sont figées dans la paralysie. Les services sont devenus fantômes, les couloirs silencieux. Les dossiers ne circulent plus et les décisions se font rares. Même les dirigeants désertent les bureaux sous l'effet d'un vent de panique généralisé.

"Rien n'accorde aux gens de rester d'astreinte ni fidèles au bureau et sereins lorsque l'horizon du maintien aux affaires devient flou", analyse Télesphore Mba Bizo.

Cette situation exceptionnelle découle d'une communication présidentielle tout aussi inhabituelle. Pour la première fois dans ses usages protocolaires, Paul Biya a annoncé en personne un remaniement ministériel imminent. "C'est une première dans ses usages protocolaires en vraie rupture avec ses propres agir", souligne le chroniqueur.

Cette communication renforce l'idée d'un tournant imminent et alimente, par ricochet, la fébrilité observée dans les administrations. Le gouvernement actuel totalise sept ans et un jour au 4 janvier 2026. Certains ministres affichent même une longévité de 21 ans aux affaires, dans le même bureau.

L'usure du temps

Si cette longévité peut témoigner d'une forte expérience, elle s'accompagne aussi d'une usure des capacités d'initiative. "C'est en raison de la routine et de l'extrême prudence, soit deux facteurs favorables à l'instauration d'une administration gagnée par une logique défensive", explique Télesphore Mba Bizo.

Cette administration pense davantage, par ces moments incertains, à préserver les acquis aux dépens du sens de l'innovation. Or, les usagers sont demandeurs d'une administration proactive et orientée vers la résolution de leurs problèmes.

Des membres du gouvernement peuvent être frappés de "la fatigue dite de l'accomplissement". L'élan s'éteint, faute d'une flamme renouvelée, et l'immobilisme s'installe en raison d'un fond de motivation épuisée.

Les populations attendent désormais la prise en compte du verdict des urnes dans la composition du gouvernement. Dans un pays où l'exécutif concentre l'essentiel de l'action publique, le gouvernement apparaît comme le premier miroir politique du scrutin présidentiel.

"Les citoyens s'attendent à y voir reflétés les équilibres issus des urnes, les priorités annoncées pendant la campagne et les attentes sociales exprimées dans les bureaux de vote", souligne le chroniqueur.

Le Chef de l'État a déjà donné quelques signaux de ses intentions. Plaçant son mandat sous le prisme de la promotion des femmes et des jeunes, il a nommé Marie-Claire Dieudonnée Nseng-Élang au poste de Procureure générale près la Cour suprême dans la foulée de son discours.

Reste à savoir quand et comment se matérialisera ce "grand chamboulement" annoncé, et si le nouveau gouvernement saura répondre aux attentes des citoyens tout en redynamisant des services essoufflés par l'incertitude et l'angoisse de leurs responsables.

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