L’armée au bord de l’implosion : Les risques majeurs que fait courir au Cameroun l'absence prolongée de Biya

Ngoh Ngoh Général Tchemo Ok Le cartel qui l'emportera sera celui qui parviendra à faire nommer son champion

Sun, 2 Aug 2026 Source: www.camerounweb.com

L'absence prolongée de Paul Biya a créé une vacance de fait du pouvoir, alimentant une lutte de succession entre plusieurs factions du régime. Cette situation a créé une rivalité opposant notamment les partisans de Franck Biya, ceux de la Première dame Chantal Biya et de Ferdinand Ngoh Ngoh, ainsi que d'autres hauts responsables de l'État. L'absence d'un vice-président et l'incertitude sur la succession accentuent les risques d'instabilité politique, de tensions sécuritaires, de contestation de l'opposition et d'aggravation des fractures nationales.

L’AFFRONTEMENTS DES « RAPETOUT » AU MÉPRIS DU PEUPLE CAMEROUNAIS

L'hypothèse selon laquelle le couple présidentiel aurait délibérément abandonné le Cameroun « aux enchères » s'inscrit au cœur des théories de transition, mais la réalité politique suggère plutôt un bras de fer successoral intense et non arbitré au sein même du pouvoir.

L'absence prolongée de Paul Biya, qui dépasse désormais les 50 jours en Suisse, a plongé Yaoundé dans une incertitude totale. Voici une analyse du contexte, des forces en présence et des risques systémiques actuels.

LA VACANCE DE FACTO

À 93 ans, Paul Biya est constitutionnellement le plus vieux chef d'État en exercice au monde. Son séjour prolongé à Genève, officiellement qualifié de « court séjour privé », cache d'importants enjeux médicaux (notamment une opération chirurgicale au genou début juillet) et paralyse l'appareil d'État.

Le flou institutionnel : Bien que le Parlement ait voté une révision constitutionnelle en avril 2026 pour introduire le poste de Vice-Président (conçu pour assurer une succession automatique sans passer par un intérim complexe), ce poste crucial reste vacant.

Le gouvernement en pilote automatique : Le parti au pouvoir (le RDPC) a dû convoquer des réunions de crise à huis clos en juillet, tandis que l'opposition demande officiellement au Conseil constitutionnel de constater la vacance du pouvoir.

LE CLASH DES CLANS : LES CARTELS EN PRÉSENCE

Loin d'un abandon passif, la situation s'apparente à une guerre de positionnement féroce où chaque camp avance ses pions pour le contrôle final du palais d'Etoudi. Deux pôles majeurs se dessinent :

1. Le clan consanguin : L'option Franck Biya

Porté par les loyalistes de la première heure et les partisans d'une transition dynastique. Franck Emmanuel Biya, fils aîné du président, est perçu par une partie du sérail comme le gage de la continuité du système et de la protection des intérêts des barons du régime.

2. Le clan de la Première Dame : L'axe Chantal Biya / Ngoh Ngoh (La Nangasphère)

La Première Dame, Chantal Biya, conserve une influence politique considérable. Ses partisans font bloc, notamment autour de personnalités stratégiques comme Ferdinand Ngoh Ngoh, le très puissant Secrétaire Général de la Présidence, qui gère les affaires courantes par délégation de signature depuis de nombreuses années. Le nom de Franck Hertz, fils de la première dame issu d'une précédente union, est également évoqué parmi les dauphins potentiels soutenus par ce réseau.

3. Les outsiders du système

D'autres barons se tiennent en embuscade, à l'instar de Louis-Paul Motazé (ministre des Finances) ou de Paul Atanga Nji (ministre de l'Administration territoriale). À cela s'ajoutent les chefs des services de sécurité et de l'armée, dont la loyauté finale arbitrera le vainqueur en cas de basculement brutal.

LES RISQUES DE CETTE TRANSITION « AUX ENCHÈRES »

La stratégie du pourrissement ou de l'absence prolongée fait courir trois risques majeurs au Cameroun :

Un coup d'État ou une crise sécuritaire : Les récentes dénonciations d'anciens cadres du renseignement en exil — évoquant des complots internes au sein de la présidence — illustrent la paranoïa qui ronge l'appareil sécuritaire.

La révolte de l'opposition et de la rue : Des leaders de l'opposition, à l'instar de Maurice Kamto, qualifient les réformes récentes de « monarchie républicaine » et se préparent à contester vigoureusement toute forme de succession dynastique ou de coup de force institutionnel.

L'explosion des fractures régionales : Le Cameroun traverse déjà de lourdes crises (notamment dans les régions anglophones et face à la menace sécuritaire au Nord). Un affrontement direct entre factions à Yaoundé pourrait fracturer l'unité nationale.

En conclusion, si le couple présidentiel semble laisser les clans s'affronter à distance, ce n'est pas nécessairement une vente aux enchères volontaire, mais plutôt l'incapacité d'un président vieillissant à désigner officiellement un dauphin sans faire éclater son propre système de son vivant. Le cartel qui l'emportera sera celui qui parviendra à faire nommer son champion au poste de Vice-Président ou qui prendra le contrôle direct des forces armées au moment fatidique.

Loïc Kodjay

Source: www.camerounweb.com