1

La guerre de succession fait rage entre les bons, les brutes et les truands

Ngo Marafa Franck Quelques figures de la guerre de succession

Wed, 15 Sep 2021 Source: Afrique Performance n°164

Depuis quelques temps, le Cameroun vit au rythme d’un champ de bataille où tous les coups sont permis. Cette dernière mandature nous offre un tableau où se succèdent tristement des scènes aussi austères et macabres les unes que les autres par médias interposés. Ici, tout y passe et tant pis pour les ignorants, les imprudents et surtout les faibles. La bataille est donc rude entre les clans qui tapissent au Palais et dans ses alentours : c’est la guerre des réseaux.

Les bons, les brutes et les truands se battent à mort. Et pourtant, au-delà de tout ce qui se dit, se trame ou s’envisage, le pouvoir est demeure essentiellement une affaire de destinée. Peu importe les complots, les engagements des uns envers les autres, les trahisons à n’en plus finir, les pactes avec les occidentaux, ou les certitudes à priori. Une chose est sure et certaine : le futur Président ne sera qu’un homme de destin qui continuera, contre vents et marrées, la grandiose et immense œuvre du président Biya.

Crise institutionnelle

La fin de règne est là. Ce n’est point un secret de polichinelle. Tout le monde le sait. Et tout le monde en parle. Et faits curieux, ils sont peu nombreux qui croient à une succession émanant au moment opportun de la dévolution normale des institutions démocratiques savamment et patiemment mises en place par le président Biya. Tout au contraire, ils sont légions qui croient à une succession de gré à gré. Et pourtant, à maintes reprises, sur les antennes de nombreux médias étrangers, Paul Biya a été sur ce point précis assez clair. En démocratie, il n’y a pas de Successeur : « l’idée d’un dauphin en démocratie est mal perçue… » Certains encore, croient et attribuent, à tort ou à raison des supers pouvoirs à la France qui pour eux, au moment opportun, imposera son choix. Là encore, il faut pouvoir être lucide et clair. Le président Biya a assez autonomisé les camerounais dans leur immense majorité ainsi que la politique du Cameroun elle-même si bien qu’il serait diffi cile pour un pays étranger qui, qu’il soit de venir imposer sa volonté à ce peuple. Les mécanismes constitutionnels sont pourtant déjà tous bine mis en place. Mais personne n’y prête attention et ne leur donne aucun crédit. Le Sénat, la cour constitutionnelle, la cour suprême et Elécam ne semblent pas renvoyer au sein du peuple des garanties qui puissent le sécuriser. Et c’est là le hic !

Les bons, les brutes et les truands

Dans les arcanes du pouvoir, ça susurre de plus en plus. La guerre des tranchées semble hélas s’être installée. La cuisine du président agit, son salon, et sa cours aussi. Mais au-delà, assez trop de courtisans et très peu d’hommes sincères. À se demander réellement à quel saint se vouer si rien n’était clarifié le cas échéant; surtout au regard de ce qui s’est passé dans les pays voisins au Gabon, et au Tchad, pour ne parler que de ces pays-là proches de nous, et cela ne semble rassurer personne. Et pourtant, ce que l’on feigne d’ignorer, est le jeu trouble de certains pays occidentaux devenus, depuis peu, très actifs en la matière.

L’inévitable ingérence de la France : le courtisan

Il ressort des coulisses de l’Elysée et de Matignon que, mise à l’étroit au Cameroun ces deux dernières décennies par l’extrême sagacité, la fi nesse diplomatique et le doigté politique du président Biya, l’ancienne métropole ne compte plus se laisser compter, avec la, percée russe en Afrique et au Golfe de Guinée et sa récente installation en République Centrafricaine. Plus que par le passé, l’Elysée ne compte pas se laisser faire, mais a déjà jeté toutes ses forces dans ce qui est communément appelé au Cameroun : la bataille de succession. Elle opère depuis peu un travail de fourmi pour voir «qui peut» au cas où. Et elle ne manque pas de miroiter à chacun que c’est elle la faiseuse des rois.

La France aurait déjà ses candidats minutieusement choisis dans les quatre aires géographiques du pays. Elle compte peser de tout son poids pour ne pas faire mentir l’adage selon lequel le Cameroun fait partir de son pré carré et partant, que rien ne peut se faire sans elle. Mais elle oublie que le Cameroun c’est le Cameroun et que pour son passé lugubre et fort ingrat à notre en droit, il y a ici, un fort sentiment anti français qui y prévaut. En d’autres termes, s’il y’a élection, le candidat supporté par la France sera le moins chanceux. C’est ce qui est arrivé au Banquier Dologuelé en RCA face au président actuel Michel Archange Touadéra. Avis aux amateurs.

Les brutes

Si la presse se livre à cœur joie à faire des révélations plus ou moins fracassantes ces derniers temps, c’est qu’elle a tout simplement du grain à moudre. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’elle n’invente pas l’information. Elle se saisit d’elle pour exploitation. Rappelons que les collaborateurs du chef de l’état sont plus ou moins perçus comme étant des dauphins présumés. Et plus la collaboration avec le président Biya et directe, plus on est mis sous le collimateur et on devient un homme à abattre.

Une situation qui ne fait du bien à personne et qui suscite un climat d’insécurité pour tous. À ce niveau d’activité et de responsabilité, tous les coups sont permis. Trahison, délation, vengeance, cupidité, tout y passe. Et les camps, bien rangés, ont minutieusement constitué les tranchées. Et sur ce, les acteurs sont plus ou moins connus. Dans un face à face désormais mortel, tous les coups sont permis. Tous les grands scandales actuels, qui sont faits de révélations plus ou moins curieuses procèdent de la volonté de nuire, de détruite, de fragiliser et d’écarter un potentiel concurrent. C’est vraisemblablement le camp des brutes. Leur objectif, détruire tout sur leur passage. Pour cela, ils ont des nettoyeurs. Face à eux, il n’est pas bon en ce moment précis d’être visible. Il se dit au milieu d’eux, qu’ils auraient déjà trop attendus et cette fois, c’est leur tour et c’est le bon moment. Ils disent être trop près du but pour ne pas y arriver. Les brutes, ne se cachent pas. Ils intimident tout le monde, procèdent aux menaces physiques s’il le faut, écument la toile. Ils procèdent à une démonstration de force tous azimuts.

Les bons

Ceux-ci incarnent une faillite des institutionnelle notoire : Ce sont les constitutionnalistes. Ils croient à la dévolution du pouvoir par la voie des institutions et de la démocratie. Ceux-ci ont salué en masse l’entrée de Joseph Owona comme membre de la cour constitutionnelle. Ces légalistes pensent que rien de bon et de bien ne saurait se faire sans ressortir d’emblée d’un cadre juridique existant et respecter la loi. Pour eux, c’est le cadre logique de l’affaire.

Et pourtant sans être dupe, cette approche, a d’énormes limites qui fait que de nombreux camerounais la bottent en touche à sa simple évocation. Et sur ce cas précis, la question que l’on devrait se poser c’est: pourquoi ? Et la seconde c’est : Ont-ils torts? De grands hommes avant moi l’ont dit: les institutions ne valent que ce que valent les hommes qui les incarnent. La puissance judiciaire semble avoir été suffisamment érodée ces dernières décennies au Cameroun que l’on s’effraie, seulement à y penser. L’impunité et la non application des décisions de justice sont là pour le démontrer. Et à qui la faute si ce n’est pas au «Politique». Tous les autres corps de métiers connaissent une porosité qui fait qu’ils ont laissé passer entre les mailles, le jeu politique et ses les intérêts partisans venir les infester. Ceux qui avaient été récemment écartés et remplacés par la nouvelle équipe à la cour suprême, n’en étaient pas moins coupables. Tout au contraire. Le verre était déjà depuis dans le fruit. Et du coup la confiance aux institutions a disparu. Et rien n’a été fait ces derniers temps pour améliorer cette image. On se complait dans son privilège et son confort, convaincu que la vie est rose. On vit son paradis. On est dans le meilleur des mondes possibles.

C’est La raison pour laquelle cette approche fait dire à de nombreux observateurs que «ces bons» là, sont tout simplement naïfs et bouffons. Si le politique a réussi à les inféoder c’est par ce qu’en son sein, elle a depuis longtemps cessé de jouer franc jeu. Le Cameroun étant trop complexe. Les forces de l’ordre et de sécurité bafouées et banalisées en mondo vision n’augurent pas des lendemains meilleurs. Où est donc passé la force de l’État au sens que Hobs le défini, la toute-puissance de l’Etat? Les prisons sont remplies des pauvres et des innocents à cause d’une justice censitaire. Cela est connu de tous qu’à partir du commissariat ou de la gendarmerie, si tu n’as pas d’argent, ton sort est scellé d’avance. En prison même, les faits nous présentent une société inégalitaire où persiste le principe d’un poids deux mesures. Les prisonniers de luxes jouissent d’un cadre privilégié et d’un encadrement de faveur au détriment de tous les autres pénitenciers. A se demander si ce qui se passe est normal. Ils sont carrément en costumes et ont le droit de célébrer leurs anniversaires pour ne pas aller plus loin. Eux aussi, espèrent bien jouer un rôle au moment crucial. Ils ne s’estiment pas être des prisonniers ordinaires : des prisonniers de droit commun. Du moins tant qu’aucune condamnation ferme n’est prononcée de manière à ce que tout le contentieux soit entièrement vidé y compris par la cour suprême le cas échéant, tout espoir est permis. Et avec le butin engrangé dont on leur prête, il faut forcément être né de la dernière pluie pour croire que, être en prison veut dire qu’ils sont définitivement mis en touche. Point du tout.

Ces truands pourraient même fort opportunément être des faiseurs de roi si l’on n’y prend garde. Pour preuve, il n’y a qu’à revisiter les sorties épistolaires de certains d’entre eux qui n’ont cessé d’affirmer et ce, avec témérité leurs ambitions politiques à l’instar de Marafa hamidou Yaya et Atangana Mabara. Beaucoup croient en tout cas au senario Mandela et ce ne sont pas les réseaux de renseignements extérieurs qui sont en reste à leur sujet. Que non ! Des contacts permanents et très poussés avec certaines chancelleries sont entretenus avec un certain nombre d’entre eux. Ce qui contribue à entretenir l’espoir.

L’armée et les services de sécurité

Ils sont l’élément central de tout le dispositif du puzzle. Car sans la force, qui peut quoi ? Mais pour voir clair sur leur cas, il faudrait se poser une question simple et espérer obtenir une réponse claire : Notre armée et nos forces de maintien de l’ordre (FMO) sont-elles au service de l’institution qu’est l’État ou alors sont-elles au service des individus ? Question à 100% milles dollars ?

Mais biens des conflits actuels et apparents, ne sont que diversion au regard des grands enjeux qui se profilent à l’horizon. Que ce soit les dossiers sur les actifs des ex-sociétés d’état tel ONPC, Oncpb, Camship etc., ou celui de la Can avec le «Scandale» du stade d’Olembe; le Covigate ou encore l’ultra communication sur le mouvement des Frankistes, tout cela relève de la volonté de positionnement. Pour ce dernier cas, celui à qui l’on attribue ce mouvement, ne s’est jamais prononcé sur quoi que ce soit sur la vie politique de ce pays. C’est pourtant un puissant homme de l’ombre qui est tout aussi très loin d’être dupe. Il ne faut guère surtout perdre de vue que c’est un enfant des salons, qui a la maîtrise des arcanes du pouvoir même s’il ne s’est vraiment jamais intéressé ou impliqué personnellement. Ceux qui insistent sur Franck Biya ne sont motivés que par leur ego rien de plus. Ils sont mus par l’instinct de la conservation de leurs privilèges.

C’est une autre catégorie des truands. Ils ont en face d’eux, ceux qui pensent que la rotation du pouvoir doit continuer en passant entre les mains d’une autre composante des quatre aires sociologiques que compte le Cameroun. Les pacifistes Pour ces derniers qui s’opposent à tous les truands d’un autre genre encore, le pouvoir est une donnée circulaire qui ne saurait s’éterniser au sud: 40ans c’est beaucoup, c’est trop même, profèrent-ils. Et pourtant les cas de nombreux pays voisins nous parlent. Pour eux, le Cameroun c’est le Cameroun arguent-ils. Pour la paix et l’équilibre, il faut passer à une aire sociologie des quatre Grandes aires qui constituent le Cameroun. Ils disent par ce biais, promouvoir la paix sociale si chère à tous en ce moment et au président Paul Biya qui a lui-même affirmé qu’ : « il est un mendiant de la paix ».

Profil du successeur ignoré

Dans tout ceci, le profil du futur successeur n’est pas brossé. Et pourtant, au regard de l’héritage actuel, produit de l’énorme travail abattu par le Président Biya, il est important de définir un profil du futur successeur. Le président Paul Biya nous lègue des acquis Indéniables qui se résument sur le positionnement libéral du Cameroun à l’international. Personne n’a plus la capacité de dicter une ligne de conduite au Cameroun. Il a multiplié les partenaires politiques et économiques et même stratégiques et militaires. Pendant tout son magistère, il y a mis un point d’honneur à ce que le Cameroun ne soit plus la chasse gardée d’un pays où de qui que ce soit. Et ça, c’est le grand héritage qu’il lègue à la postérité. Celui qui vient, doit s’inscrire dans la continuité et nous sortir du Franc CFA pour enfin élever le standard de vie du peuple camerounais tout entier. Le Cameroun est plus grand que tous, il se situe au-delà de tous les intérêts partisans. Le Cameroun demeurera, mais nous, nous passerons.

Source: Afrique Performance n°164