La longévité de Paul Biya : stabilité ou source de crises politiques au Cameroun

Paul Biya Blanc Noir Paul Biya

Mon, 24 Mar 2025 Source: www.camerounweb.com

Alors que Paul Biya, président camerounais depuis 42 ans, se prépare à briguer un huitième mandat en octobre 2025, sa longévité au pouvoir est souvent présentée comme un gage de stabilité. Pourtant, selon la chercheuse Marie-Emmanuelle Pommerolle, cette permanence politique est aussi un facteur de crises récurrentes. Comment une telle longévité peut-elle à la fois rassurer et déstabiliser un pays ?

Marie-Emmanuelle Pommerolle, maîtresse de conférences à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, souligne que la longévité de Paul Biya crée une inertie dans la mise en œuvre de politiques publiques efficaces. Les intérêts des élites au pouvoir, trop longtemps conservés, freinent les réformes nécessaires et nuisent à l’efficacité de l’action gouvernementale. Cette situation rappelle celle de l’Algérie, où des régimes perpétuels ont souvent conduit à des crises politiques et sociales.

Depuis l’indépendance du Cameroun en 1960, les gouvernements successifs ont utilisé la loyauté comme un outil de contrôle politique. Sous Ahmadou Ahidjo, premier président du Cameroun, les citoyens devaient prouver leur fidélité au régime en votant pour le parti au pouvoir. Cette pratique persiste aujourd’hui sous Paul Biya, où les appels à sa candidature sont orchestrés par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Les citoyens sont contraints de manifester leur engagement, même s’ils ne soutiennent pas le régime.

La longévité de Biya a également exacerbé les tensions dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Le gouvernement n’a pas su y instaurer les mêmes dispositifs de loyauté qu’ailleurs, préférant s’appuyer sur les élites locales et les autorités traditionnelles. Cette approche a alimenté un sentiment de marginalisation et donné naissance à un nationalisme parallèle, incarné par le mouvement Ambazonie. Les citoyens se retrouvent aujourd’hui pris entre deux loyautés : celle envers la République camerounaise et celle envers l’Ambazonie.

Si la longévité de Paul Biya est souvent associée à la stabilité, elle révèle aussi les failles d’un système politique figé. Les crises anglophones et l’inertie des politiques publiques montrent que cette permanence au pouvoir peut être un facteur de déstabilisation. Le Cameroun devra-t-il un jour se confronter à l’héritage de cette longévité pour envisager un avenir plus inclusif et dynamique ?

Source: www.camerounweb.com