Le 17 mars 2026, les ministres de l’Économie et des Finances de la zone Cemac (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, RCA, Tchad), les gouverneurs des banques centrales et les responsables des institutions régionales se sont réunis à Paris, à l’invitation du ministre français Roland Lescure et du président de la Commission Cemac, Tahir Hamid Nguilin.
L’objectif était de réaffirmer l’engagement des États d’Afrique centrale à accélérer les réformes structurelles pour sécuriser de nouveaux programmes de financement avec le Fonds monétaire international (FMI), dans un contexte de stabilisation macroéconomique fragile. Les discussions ont porté sur les thèmes de la stabilité, des réformes et du partenariat monétaire franco-africain. Pourquoi c’est important pour l’Afrique ? Cette réunion à Paris symbolise la persistance de la tutelle financière et monétaire (FCFA) sur l’Afrique Centrale.
Alors que l’Afrique de l’Ouest et le Sahel bousculent l’ordre établi, la Cemac semble s’accrocher au statu quo et aux orthodoxies de Bretton Woods. Sur la toile, les analystes financiers de la diaspora critiquent cette dépendance : « Aller à Paris pour promettre au FMI de faire des réformes, c’est avouer notre incapacité à penser notre propre modèle économique. » Le contraste avec l’audace de l’Alliance des États du Sahel (AES) est saisissant et alimente un débat de fond sur la souveraineté monétaire en Afrique centrale.
Cette décision s’inscrit dans la continuité des engagements pris lors du sommet extraordinaire des chefs d’État à Brazzaville, le 22 janvier 2026, où la nécessité de maintenir des programmes avec le FMI avait été soulignée. Mais la CEMAC fait face à un défi majeur : ses réserves de change sont en zone critique, couvrant à peine 1,9 mois d’importations en 2026 et projetées à 1,2 mois d’ici 2029, alors que la norme minimale du Fmi exige une couverture de 3 mois pour sécuriser les biens et services importés. En réaffirmant leur « fidélité » au FMI, les pays de la CEMAC reconnaissent implicitement leur dépendance aux appuis extérieurs pour stabiliser leurs économies.
Mais cette stratégie vise avant tout à gagner du temps pour engager les réformes nécessaires et restaurer la confiance des investisseurs. Les autorités de Yaoundé pensent que sans nouvel accord, les financements du Fmi pourraient se tarir, obligeant l’État à explorer d’autres leviers, souvent plus coûteux. Cette perspective explique le plaidoyer formulé dès octobre 2025 par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze en faveur d’un renouvellement du partenariat. Surtout que la dette du Cameroun se chiffre à 1,18 milliards de dollars. Un chiffre qui reflète un recours continu aux lignes de crédit de l’institution financière internationale, pour faire face à des déséquilibres budgétaires, aux pressions sur les réserves de change et aux défis de financement des dépenses publiques.