Le MRC face au pouvoir : Chronologie des entraves et persécutions

Des Militants Du MRC Autour De Maurice Kamto Image d'archives

Tue, 29 Sep 2026 Source: www.camerounweb.com

Il s’agit, de manière chronologique, des principales étapes de l’implantation et de l’évolution du MRC de Maurice Kamto entre 2011 et 2018.

I. DE LA DÉMISSION À LA NAISSANCE DU PARTI (2011-2012)

-Fin 2011

Après sa démission du gouvernement le 30 novembre 2011, Maurice Kamto est placé sous surveillance par les services de renseignement.

-20 janvier 2012

Le sous-préfet de Yaoundé V, Martin Locko Motassi, refuse de délivrer le récépissé et interdit la conférence de presse prévue au Felydac Hôtel. Kamto devait y expliquer sa démission. Motif invoqué : une « menace à l'ordre public ».

-13 août 2012 – Lancement du MRC au Hilton de Yaoundé

Le sous-préfet de Yaoundé III, Albert Mekondane Obounou, avait délivré l'autorisation quelques jours plus tôt. Il se présente pourtant avec des dizaines de policiers armés pour interdire l'événement. L'accès au premier étage est bloqué et des journalistes restent coincés dans le hall. Pendant la lecture de la déclaration, le commissaire Ondo Rachilien fait couper les micros et l'électricité.

Selon Boris Bertolt, l'interdiction a reçu l'aval du directeur du cabinet civil, Martin Belinga Eboutou. Le ministre de l'Administration territoriale, René Emmanuel Sadi, l'a défendue publiquement.

-15 août 2012

La conférence de presse d'Alain Fogué, tenue dans ses locaux privés, est interrompue par le sous-préfet de Yaoundé VI, Dama Mvondo, accompagné d'une vingtaine de gendarmes et policiers armés qui menacent de procéder à des interpellations.

-27 septembre 2012 – Convention élective

Le sous-préfet de Yaoundé 1er, Luc Ndongo, annonce lui-même que les propriétaires de la salle louée renoncent à l'accueillir. Sur place, le gérant, entouré de policiers, insulte Maurice Kamto.

L'interdiction est ensuite signifiée par huissier.La convention se tient en urgence et discrètement au siège d'Odza. Vers 23h30, un adjoint préfectoral arrive avec une « autorisation »… alors que la convention est déjà terminée.

II. LES ÉLECTIONS DE 2013 : PREMIER TEST ET PREMIÈRES INTIMIDATIONS

-Juillet 2013 – Dépôt des candidatures

Le délai court jusqu'au 17 juillet à minuit. Les mandataires du MRC arrivent à ELECAM, alors que ceux du RDPC sont encore présents. Après avoir enregistré toutes les candidatures du RDPC, l'agent déclare la forclusion. Il ferme son bureau pour « prendre des instructions »… et ne revient pas. Des listes du MRC sont rejetées. La requête en annulation déposée par le MRC n'est même pas enrôlée par la Cour suprême. Celle-ci ordonne finalement à ELECAM de recevoir les listes dans quatre circonscriptions seulement : Wouri-Centre, Mfoundi, Bamboutos et Hauts-Plateaux.

-30 septembre 2013 – Scrutin

Le MRC documente des fraudes : votes multiples, absence de fiches de pointage, incohérences entre enveloppes et votants, votes dans les casernes en présence d'agents de la sécurité militaire, votes de personnes non inscrites. Tous les recours sont rejetés.

-7 novembre 2013

Maurice Kamto est convoqué à la Délégation générale à la sûreté nationale par Martin Mbarga Nguelé, entouré de quatre hauts gradés. On l'accuse d'appeler à l'insurrection et on le menace d'arrestation.

III. L'OBSTRUCTION ADMINISTRATIVE SYSTÉMATIQUE (2014-2016)

-2014

En novembre, le MRC dépose une proposition de loi sur le Code électoral. Elle n'est jamais examinée en commission. En décembre, son amendement à la loi antiterroriste est écarté sans examen.

-21 novembre 2015 – Bafoussam

La veille du meeting, le sous-préfet de Bafoussam 1er l'interdit. Le MRC le maintien et remplit la place des fêtes. C'est la première fois que le parti brave une interdiction, et le coup d'envoi de ses « Caravanes nationales de la Renaissance ».

-4 décembre 2015 – Yaoundé

Des militants distribuent des tracts sur la réforme électorale, à l'extérieur de l'Assemblée nationale. Le capitaine de gendarmerie Ekani ordonne : « molestez-les ». Alain Fogué a la jambe cassée. Okala Ebodé, Roger Justin Noah et d'autres cadres sont blessés.

-27 décembre 2015 – Yaoundé VI

Le sous-préfet Apollinaire Mvondo avait délivré un récépissé le 22 décembre. Il interdit pourtant la remise des mandats aux secrétaires d'unités le jour même, au motif qu'un communiqué radio annonçait la présence de Maurice Kamto.

-29 mars 2016

La conférence de presse conjointe « Debout Cameroun » (MRC, UPC, Univers, CPP) est déclarée illégale. Le siège du MRC est encerclé. Une soixantaine d'opposants et de membres de la société civile sont arrêtés et détenus au SED et à la Police judiciaire jusque tard dans la nuit.

-Avril 2016 – L'affaire du meeting de Bertoua

Double interdiction : le sous-préfet de Bertoua 1er, Martin Nkomba, interdit le meeting prévu le 23 avril, puis celui reporté au 30 avril. La place des fêtes est d'abord jugée « pas propice ». Le stade est ensuite déclaré indisponible pour cause d'examens, alors que son directeur avait donné son accord. Enfin, l'« insécurité » est invoquée.

Deux poids, deux mesures : le RDPC avait défilé à Bertoua le 6 février (« appels à candidature » de Paul Biya) et le 24 mars 2016 (anniversaire du parti). Le 23 avril, il avait tenu un meeting à Maroua, pourtant épicentre des attaques de Boko Haram.

Manœuvres judiciaires : le MRC saisit le tribunal de grande instance du Lom et Djerem. Le tribunal rejette successivement l'assignation de l'avocat du parti, puis exige la signature de Kamto lui-même. L'audience n'est fixée qu'au 3 mai… après la date du meeting.

-28 avril : des militants envoyés en urgence à Bertoua pour remettre la requête sont victimes d'un grave accident de la route près d'Ayos.L'un d'eux meurt sur le champ.

-25 et 29 avril : René Emmanuel Sadi reçoit Kamto après une heure et demie d'attente, puis le convoque de nouveau. Il confirme l'interdiction au nom de l'« insécurité chronique » de la région. Selon le MRC, il justifie le meeting RDPC de Maroua par le fait qu'il était organisé par des « fils de la région ».

-30 avril, sur la route : des militants venus de Yaoundé sont refoulés et renvoyés jusqu'à Doumé. À une dizaine de kilomètres de Bertoua, le convoi de Kamto est arrêté par des hommes armés et cagoulés. Fouilles, identifications, puis contrôles tous les 500 mètres : près de trois heures pour parcourir dix kilomètres. Le gouverneur bloque la route par une manifestation improvisée, et la délégation doit marcher à pied.

-30 avril, dans la ville : une course cycliste est improvisée, et des chaises vides font face à une danse d'enfants sur la place des fêtes. Le quartier du siège est bouclé, les journalistes chassés, les militants brutalisés et les appareils photo confisqués.

IV. L'ANNÉE PRÉ-ÉLECTORALE (2017-2018)

-30 mars 2017 – Douala

Le sous-préfet de Douala 3e, Zakariaou Njoya, interdit le meeting du MRC prévu le 9 avril au rond-point Dakar. Il invoque les émeutes de février 2008 et propose de le reléguer dans un hall à Yassa.

-20 mai 2017 – Fête nationale

Le MRC demande 50 carrés au défilé de Yaoundé. Le préfet du Mfoundi, Jean-Claude Tsila, ne lui en accorde que 5, contre 35 au RDPC. Dans le Mayo-Louti, le MRC est purement et simplement interdit de défilé.

-2017-2018 – Verrouillage des institutions électorales

Des personnalités proches du RDPC sont nommées à la tête d'ELECAM (avril 2017, mai 2018). En février 2018, le premier Conseil constitutionnel est composé en majorité de membres ou d'anciens responsables du RDPC, dont le conseiller juridique de Paul Biya.

-Avril 2018

Au lendemain de la convention d'investiture, une violente campagne présente le MRC comme le « parti des Bamiléké ».

-Juin 2018

Sous la pression de l'État, un hôtel annule la projection d'un documentaire sur Maurice Kamto.

-14 juillet 2018 – Maroua

Le président de l'Assemblée nationale, Cavaye Yeguié Djibril, et des responsables du RDPC brûlent publiquement des effigies et des t-shirts du MRC.

-5 octobre 2018

Les ministres Paul Atanga Nji et Issa Tchiroma menacent publiquement d'arrestation le directeur de campagne Paul Éric Kingue.

V. LE JOUR DU SCRUTIN (7 OCTOBRE 2018)

Irrégularités signalées : des bulletins du MRC manquent dans certains bureaux. Des scrutateurs du MRC sont expulsés ou tabassés, et les militaires votent dans les casernes.

-Bangangté : des représentants du MRC sont mis dehors avec la complicité alléguée du préfet et du délégué d'ELECAM. Des urnes sont bourrées.

-Yaoundé-Mendong : le trésorier Okala Ebodé découvre qu'un autre a voté à sa place. Excédé, il frappe l'urne, qui se brise. Il est arrêté et d'abord privé de visites, y compris de ses avocats.

-Nord : des scrutateurs qui avaient transmis des procès-verbaux sont pourchassés jusqu'à leur domicile, et les PV leur sont arrachés.

-Baham : le responsable régional Christophe Kamdem est lynché pour s'être opposé au bourrage des urnes.

-Ngalan (Sud) : Lin Mathieu Assigui, représentant de Kamto, est menacé et violenté. Le 9 octobre, il est séquestré à son domicile avec son épouse et son bébé.

-Vers 22h : les liaisons téléphoniques et internet avec le Nord et l'Extrême-Nord sont coupées, ce qui empêche la remontée des résultats.

VI. LA CRISE POST-ÉLECTORALE (OCTOBRE-DÉCEMBRE 2018)

La suite… un jour. A cause de mon bon cœur.

La liste est non exhaustive; complétez-la.

Arol KETCH

Source: www.camerounweb.com