Darren LAMBO EBELLE est Professeur de Lettres Modernes Françaises
Dans une tribune adressée au ministre d'État Jacques Fame Ndongo, le Prof Darren Lambo Ebelle conteste une analyse grammaticale attribuée au ministre en soutenant que la forme « n'eussent été » relève du subjonctif plus-que-parfait et non du subjonctif imparfait.
MA MODESTE CONTRIBUTION À LA DISSIPATION DE LA CONFUSION ENTRE LE SUBJONCTIF IMPARFAIT ET LE SUBJONCTIF PLUS-QUE-PARFAIT… Par Darren LAMBO EBELLE, Professeur de Lettres Modernes Françaises.
« À MONSIEUR LE MINISTRE D’ÉTAT, MINISTRE DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET CHANCELIER DES ORDRES ACADÉMIQUES, PR. JACQUES FAME NDONGO
Monsieur le Ministre,
Objectif de cette chronique
Il ne s’agit nullement, dans les lignes qui suivent, de vous dispenser un cours de grammaire normative, encore moins de verser dans la polémique. Notre ambition est plus modeste : rétablir une vérité grammaticale, rappeler des principes déontologiques de la communication publique et rendre hommage à l’exigence linguistique que votre rang impose.
Il est, en effet, impossible de résister au charme du tribun de la langue française que vous êtes, encore moins à l’étendue de votre culture littéraire.
Vous écoutez est recommandable sans modération : votre art de tresser des chapelets d’épithètes autour d’un substantif, de déployer une série de synonymes, de ciseler des tournures syntaxiques d’une rare élégance suscite inévitablement l’admiration et incite plus d’un à faire allégeance à la phrase châtiée.
C’est précisément au nom de cette exigence cardinale que vous incarnez que je me permets cette respectueuse interpellation.
I. ANALYSE MORPHOSYNTAXIQUE : DU STATUT DE « N’EUSSENT ÉTÉ »
Dans la séquence vidéo devenue virale, vous avez catégorisé « n’eussent été » comme relevant du subjonctif imparfait.
Cette assertion appelle une rectification d’ordre grammatical.
« Eussent été » constitue une forme verbale périphrastique et composée. Elle procède de la combinaison de deux éléments :
1. L’auxiliaire avoir conjugué à l’imparfait du subjonctif* : que j’eusse, qu’ils eussent ;
2. Le participe passé du verbe être: été.
En français, tout auxiliaire à un temps simple suivi d’un participe passé génère un temps composé. Par parfaite analogie paradigmatique :
À l’indicatif : il avait été = plus-que-parfait de l’indicatif.
Au subjonctif : qu’il eût été = plus-que-parfait du subjonctif.
En conséquence, « n’eussent été » relève du plus-que-parfait du subjonctif du verbe être.
C’est le temps de la concordance requis dans la protase — la partie de la phrase qui introduit la condition dans une proposition conditionnelle — des conditionnelles irréelles de type 3 :
« N’eussent été vos efforts, nous eussions échoué » = « Si vos efforts n’avaient pas été… »
Le véritable imparfait du subjonctif du verbe être, verbe défectif à ce temps, se conjugue ainsi : que je fusse, que tu fusses, qu’il fût, que nous fussions, que vous fussiez, qu’ils fussent. La forme « fussent été » est inexistante en français.
Réf. : Grevisse, Le Bon Usage, 16ᵉ éd., §884 ; OQLF, Banque de dépannage linguistique.
II. DE LA MESURE ET DE LA PRUDENCE ORATOIRE
« Il vaut mieux se taire et passer pour un sot que de parler et de lever tous les doutes à ce sujet. » Abraham Lincoln.
Corriger relève du sacerdoce pédagogique. Il présuppose la certitude absolue avant toute prise de parole publique.
III. DU PRINCIPE DE RESPONSABILITÉ ÉDITORIALE
En sciences de l’information et de la communication, un axiome s’impose : la responsabilité éditoriale et politique d’un texte incombe à son auteur, et non à son scripteur.
La secrétaire assure la dactylographie et la mise en forme. Le Ministre, lui, endosse la paternité intellectuelle du discours. C’est devant l’opinion qu’il en répond.
IV. DE LA DÉONTOLOGIE DE LA CORRECTION
À votre niveau d’excellence, Monsieur le Ministre d’État, la forme la plus accomplie de la correction est la correction silencieuse.
Relire, amender, réécrire. Il s’agit de préserver l’intégrité et la dignité du collaborateur plutôt que de courir le risque, en voulant relever une incongruité, d’en produire une autre ex cathedra.
La grandeur ne réside pas dans l’ostentation du savoir, mais dans la délicatesse et la bienveillance avec lesquelles on le transmet.
Avec le plus profond respect et la plus haute considération.»