Le commandement opérationnel du général Philippe Mpay documenté par le Cardinal Christian Tumi

Général Philippe Mpay PARCOURS Image illustrative

Tue, 12 May 2026 Source: www.camerounweb.com

Le Commandement Opérationnel a été créé en 2000 dans un contexte sécuritaire spécifique (braquages d'ambassadeurs, assassinat d'un homme d'affaires français



LE COMMANDEMENT OPÉRATIONNEL DU GÉNÉRAL PHILIPPE MPAY DOCUMENTÉ PAR LE CARDINAL CHRISTIAN TUMI

EXTRAITS TIRÉS DE SON LIVRE « LES DEUX RÉGIMES POLITIQUES D'AHMADOU AHIDJO, DE PAUL BIYA ET CHRISTIAN TUMI, PRÊTRE » PUBLIÉ EN 2006

(PREMIÈRE PARTIE)

CHAPITRE II

LE COMMANDEMENT OPERATIONNEL

Pour bien comprendre ma prise de position sur cette unité spéciale, créée par le Chef de 'Etat Paul Biya pour sécuriser la ville de Douala, il faut connaître avant tout ce qui s'est passé.

Genèse du Commandement Opérationnel

Quelques repères peuvent être retenus: en du fin de juillet 1999, en l'espace de deux semaines, Mme Siegfried Nagel, épouse du chef de la délégation de la Communauté européenne à Yaoundé est braquée deux fois. Le 10 mars 2000, l'Ambassadeur des Etats-Unis à Yaoundé est intercepté par un groupe de " malfrats " qui tentent de lui arracher sa voiture. Il s'en sort blessé. Quelques jours plus tard, l'Ambassadeur des Pays-Bas et son épouse sont " braqués ". Bien avant, l'homme d'affaires français, Nourry, est assassiné à Douala. Une question grave se posait: L'Etat serait-il incapable d'assurer la sécurité des personnes et de leurs biens ? Les agressions perpétrées contre des représentants de la communauté internationale ont semé la panique dans le pays d'autant plus que les camerounais eux-mêmes, en étaient victimes.

Ainsi, au mois de mars 2000, à la suite de l'assassinat de M. Nourry et des récriminations "cordiales" de la communauté française, un " comité de vigilance des intérêts des Français au Cameroun est créé. Derrière tout cela, planait le spectre ou la påle copie des " opérations d'évacuation des ressortissants " de telle ou telle puissance occidentale dans les pays africains en conflagration civile. Mais ici, il ne s'agira pas d'évacuer, mais de protéger. Ces ressortissants étrangers vivant au Cameroun

Au cours de cette période, le Président Paul Biya va réagir par la mise sur pied d'une structure d'exception destinée à éradiquer la grande criminalité urbaine. Le décret présidentiel N° 2000/27 du 20/01/2000 portant création et organisation d'un Commandement Opérationnel dans la ville de Douala énonce ainsi un encadrement sécuritaire de crise.

Quelques observateurs l'ont bien souligné : " le pouvoir a franchi un seuil technologique dans la gestion du commandement opérationnel pour juguler l'inflation de l'insécurité... le commandement opérationnel est mis en place dans une perspective sécuritaire qui vise à traiter de façon quasi-médicale le syndrome créé par la grande criminalité à Douala. Les forces militaires qui viennent appuyer les forces traditionnelles de maintien de l'ordre que sont la police et la gendarmerie vont utiliser des actions coups de poings contre les bandes criminelles, l'usage de moyens héliportés ou motorisés. Cette logique chirurgicale d'action vise à neutraliser la prolifération de véritables métastases criminelles..." *17

Les dérapages du Commandement Opérationnel

Au fil des jours, le Commandement opérationnel se révèle petit à petit un instrument de torture et d'exécution sommaire sans jugement. Il y a des rafles et des arrestations arbitraires. Certaines personnes profitent même de la présence de cette unité spéciale, pour régler leurs comptes aux ennemis. Une dénonciation non vérifiée, est suivie d'une arrestation et de la torture. Les cadavres des voleurs ou des prétendus voleurs sont découverts ici et là dans la ville de Douala.

Je suis obligé de m'adresser dans une lettre du 16/06/2000, au Gouverneur de la Province du Littoral avec ampliation au Président de la République, au Ministre de l'Administration Territoriale et au Ministre Délégué des Forces Armées.

Monsieur le Gouverneur,

J'ai l'honneur de vous adresser cette lettre concernant le mal que fait le " Commandement Opérationnel " dans le Littoral.

En effet, depuis la mise en place du dit Commandement, des nombreux cas de torture, de blessures graves et d'assassinats sont signalés sur des victimes innocentes ou peut-être coupa-mbles mais sans jugement.

Monsieur le Gouverneur,

Permettez-moi d'attirer votre attention sur le fait que le grand banditisme qui est à la base de la mise sur pied du "Commandement Opérationnel" a pour cause ce constat effarant:

- La vente d'armes et des munitions par les hommes en tenue aux bandits.

-La mise en location des armes, munitions et uniformes aux bandits pour des opérations spéciales par ces mêmes éléments.

-La création des groupes de gangs par les hommes en tenue à qui sont distribués les outils de travail : armes, munitions, poignards, uniformes et cartes professionnelles.

-La complicité, par la présence de certains éléments de la force de l'ordre dans le groupe des gangs pendant les opérations qui donne courage aux vulgaires bandits.

-L'aide matérielle et financière (argent et voitures) pour les opérations en changeant les plaques d'immatriculation.

Toutes ces causes ont incité l'autorité de l'Etat à mettre sur pied le Commandement Opérationnel dont vous avez la charge, dans le but de palier à ces exactions qui minent la sécurité sociale, chose normale.

Or, nous constations à notre grand étonnement que le Commandement Opérationnel a inséré en son sein des anciens prisonniers pour pouvoir livrer leurs amis braqueurs et autres malfaiteurs et peuvent ainsi indexer des personnes à leur bon vouloir ; ils seront directement appréhendés et exécutés.

Le Commandement Opérationnel a recensé certains coins de la ville de Douala et en a fait des lieux d'exécutions extrajudiciaires (des abattoirs humains) tels que Youpwe, Logbessou, route de la Dibamba (brousse), Bassa, le petit Nkaki... La population de Douala vit sous torture et arrestations arbitraires, inopinées, des interpellations intempestives. On croyait que le but, du Commandement Opérationnel était de libérer la population de toute peur et inquiétude. Le contraire est vrai aujourd'hui.

A propos des rafles

Les gens sont raflés à toute heure sans sommation. On les fait descendre des cars, bus, taxis, voitures personnelles, jusqu'aux élèves que l'on fait asseoir dans la boue avant de les rouer des coups. Après ils sont déversés à la brigade de gendarmerie de Mboppi, à celle des antigangs de la gendarmerie de Bonanjo et à la base militaire de Bonanjo afin d'être torturés et ainsi obliges de faire des faux aveux.

Ce n'est qu'au petit matin que les corps sont retrouvés de part et d'autre dans certains grands axes de la ville. Jusqu'à ce jour, les camions militaires pleins de gens circulent dans la ville avec des personnes nues de jour comme de nuit et l'on ignore la destination exacte de ces convois pour constater tout simplement, à la fin, de nombreuses disparitions. Le public de Douala vit dans la peur, car, à chaque instant, les hommes chargés de "l'ordre" font irruption dans un lieu et jettent tout le monde dans un camion et les font descendre, moyennant, parfois, la somme de 2000 ou 5000 francs cfa par personne. Qu'ont-elles fait pour s'acquitter de ces " amendes "?

Que dire des arrestations arbitraires ?

Des nombreuses familles sont victimes des arrestations et des pillages. Dans certains cas des fillettes malades et des bébés sont abandonnés à eux-mêmes. Pendant la prise d'assaut du Commandement Opérationnel dans certains domiciles, bijoux, de l'argent et autres objets précieux sont parfois emportés.

À SUIVRE...

[Notes]

*17 Oyono et Owona Nguini, cités par Yves Alexandre CHOUALA, Graps, 2000 p. 15-16. Cameroun, éléments d'analy Thèse de Doctorat: " Conjoncture sécuritaire, champ champ étatique et ordre ordre politique au nts d'analyse anthropo-politiste d'une crise de l'encadrement sécuritaire et d'un encadrement sécuritaire de crise".

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Source: www.camerounweb.com