Les services de renseignement enquêtent sur un possible versement de 2,5 milliards FCFA au ministre Atanga Nji dans l'attribution du marché à Intouch
L'affaire prend une tournure judiciaire. Selon nos informations exclusives, les services de renseignement camerounais soupçonnent le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, d'avoir perçu des rétrocommissions à hauteur de 2,5 milliards de francs CFA (environ 3,8 millions d'euros) pour attribuer le marché de centralisation et de surveillance des jeux en ligne à la société sénégalaise Intouch.
Ces nouvelles allégations viennent corser un conflit déjà ouvert entre le ministre et Ferdinand Ngoh Ngoh, le puissant secrétaire général de la présidence camerounaise, qui s'opposent depuis plusieurs mois sur le contrôle de ce secteur particulièrement lucratif.
Pour rappel, Paul Atanga Nji avait, de sa propre initiative, accordé à la fintech sénégalaise Intouch le marché de la mise en place d'un système de centralisation et de surveillance du secteur des jeux en ligne. Ce choix avait été officialisé par une correspondance adressée aux entreprises du secteur.
Le ministre y indiquait qu'Intouch serait rémunérée à hauteur de 3,5% de chaque transaction effectuée sur les plateformes de jeux, un taux jugé confiscatoire par les opérateurs concernés. Cette décision a suscité d'autant plus de remous qu'elle n'avait fait l'objet d'aucun appel d'offres ni d'aucun décret présidentiel autorisant la mise en place de ce dispositif.
Plus troublant encore, Intouch ne disposait pas, au moment de son choix par le ministre, des autorisations nécessaires délivrées par l'Agence de régulation des télécommunications (ART) pour exercer ses activités au Cameroun.
Selon une source proche du dossier souhaitant garder l'anonymat, "les services de renseignement ont ouvert une enquête après avoir intercepté des informations sur d'importantes transactions financières impliquant des proches du ministre." Ces transferts d'argent, d'un montant total estimé à 2,5 milliards de francs CFA, auraient été effectués via des circuits complexes impliquant plusieurs intermédiaires basés à Dakar et à Douala.
Si ces allégations venaient à être confirmées, elles pourraient expliquer l'obstination du ministre à poursuivre son processus malgré les injonctions venues de la présidence. En effet, cette affaire a pris un tour inattendu lorsque Paul Atanga Nji, réputé proche du secrétaire général de la présidence, a semblé faire dissidence en ignorant les instructions transmises par Ferdinand Ngoh Ngoh.
De l'autre côté de l'échiquier, la présidence de la République et le ministère des Finances avaient opté pour une solution différente, proposée par la société hongkongaise In-Soft. Créée en 1986, cette entreprise revendique une solide expérience dans la supervision des données issues des activités de l'économie numérique.
Le 1er juillet 2024, Ferdinand Ngoh Ngoh avait d'ailleurs adressé au ministre une correspondance répercutant des "hautes instructions" du chef de l'État, Paul Biya, favorables à In-Soft. Mais à la surprise générale, le ministre de l'Administration territoriale a ignoré ces directives, poursuivant sa propre voie.
Face à ce qui s'apparente à un acte d'insubordination, le secrétaire général de la présidence a réitéré sa position dans un nouveau courrier daté du 6 février 2025, rappelant que "la compétence du ministère de l'Administration territoriale en matière de jeux se limite au contrôle de l'application des lois et règlements en ce domaine [...] Cette compétence, d'ordre général, ne s'étend pas aux questions spécifiques d'assiette, d'émission et de recouvrement des impôts et taxes, lesquelles relèvent du ministère des Finances."
Les opérateurs de jeux en ligne, premières victimes de cette guerre intestine, attendent désormais une clarification de la situation. Certains d'entre eux avaient même dû suspendre temporairement leurs activités face à l'incertitude générale et au risque de voir leurs revenus amputés par la taxation imposée par le ministère de l'Administration territoriale.
Contacté par notre rédaction, l'entourage du ministre Paul Atanga Nji a catégoriquement démenti ces accusations, les qualifiant de "tentatives de déstabilisation orchestrées par des adversaires politiques". Le cabinet du secrétaire général de la présidence n'a, quant à lui, pas souhaité commenter ces nouvelles révélations.