« Nous sommes entrés dans une phase glaçante où ceux qui tirent les ficelles jouent avec un feu qui risque de tout consumer. » C'est l'avertissement solennel de Jean Pierre Bekolo, qui voit dans les récents mouvements à la tête de l'armée une « préparation ethnique de la succession » qui transforme le Cameroun en poudrière. Alors que Paul Biya est absent depuis deux mois, une série de décrets aux formulations et signatures douteuses a modifié la hiérarchie militaire sur une base ethnique, suscitant de nombreuses interrogations et renforçant le sentiment d'une vacance du pouvoir. L'éviction du numéro 2 de l'état-major, les nominations contestables de nouveaux patrons pour l'armée, la garde présidentielle et les corps d'élite dessinent en filigrane une préparation ethnique de la succession. « Si, pendant 43 ans, les Camerounais ont accepté l'inacceptable de Paul Biya, ils ne l'accepteront pas de ceux qui agissent en ce moment dans l'ombre en ses multiples noms et signatures. À moins qu'ils sachent déjà qu'il ne rentrera plus. » Le Cameroun est désormais une poudrière, exposé à un règlement de la succession par le feu des armes et à une guerre tribale irréversible. Il est encore temps d'arrêter cette fuite en avant. Arrêtez de jouer avec le feu ! Demain, il sera trop tard pour dire : « Nous ne savions pas. »
CAMEROUN, LA POUDRIÈRE: ARRÊTEZ DE JOUER AVEC LE FEU…
Par Jean Pierre BEKOLO.
« Si, jusqu'ici, ce qui se passe au Cameroun avec ce qu'on appelle la guerre des clans pouvait prêter à sourire, aujourd'hui ce n'est plus le cas.
Nous sommes entrés depuis hier dans une phase glaçante où ceux qui tirent les ficelles jouent avec un feu qui risque de tout consumer, car nous sommes désormais à la fois dans la tribalisation et la militarisation de la succession: un chemin dont personne ne maîtrise l'issue
Comment expliquer qu'alors que le président Paul Biya n'a plus été vu publiquement depuis deux mois, une série de décrets aux formulations et aux signatures douteuses, qui modifient la hiérarchie militaire sur une base ethnique, suscite de nombreuses interrogations et renforce le sentiment d'une vacance du pouvoir ?
D'abord, l'éviction du numéro 2, pourtant en position de succéder au chef d'état-major des armées, lui-même âgé et disparu des radars. Ensuite, une désignation contestable de nouveaux patrons pour l'armée, la garde présidentielle et les corps d'élite, confirmée hier, qui dessine en filigrane au sein de l’armée une préparation ethnique de la succession.
Pris isolément, chacun de ces actes peut recevoir une explication administrative. Mais leur accumulation, leur calendrier et surtout leur adoption alors que le chef de l'État bat tous les records d'absence alimentent un sentiment de préparation de la succession par la force selon des lignes communautaires ou ethniques. Que cette perception soit fondée ou non, elle est désormais installée dans une partie de l'opinion. Et c'est précisément cela qui est dangereux : le Cameroun pourra-t-il survivre à ce virage qui est une entrée en eaux troubles, celle-là même qui a précipité des pays comme le Rwanda dans l'horreur ?
Si, comme l'affirme René Sadi, porte-parole du gouvernement, Paul Biya rentre vraiment bientôt, pourquoi procéder à des nominations aussi sensibles en son absence ? Pourquoi ne pas attendre son retour pour de telles décisions qui engagent l'équilibre fragile de l'État ? Car si les Camerounais, pendant 43 ans, ont accepté l'inacceptable de Paul Biya, ils ne l'accepteront pas de ceux qui agissent en ce moment dans l'ombre en ses multiples noms et signatures. À moins qu'ils sachent déjà qu'il ne rentrera plus.
Avec l'activation précipitée du jeu tribal au sein de l'armée, ce déséquilibre militaire, au-delà d'exposer le pays à un règlement de la succession par le feu des armes, fait désormais du Cameroun la prochaine poudrière du continent, qui à tout moment risque de le faire basculer dans une guerre tribale irréversible, sous le regard silencieux des Camerounais et l'indifférence complice du monde.
Il est encore temps d'arrêter cette fuite en avant qui nous éloigne chaque jour de l'idée même d'une nation camerounaise unie aux institutions garantes pour le bien de tous, et non d'un clan ou d'une ethnie devenue « propriétaire du pays ».
Que ceux qui prennent aujourd'hui ces décisions sachent qu'ils devront assumer la responsabilité historique de leurs conséquences.
L'histoire ne retiendra pas seulement les actes, mais aussi les silences et les aveuglements.
Arrêtez de jouer avec le feu !
Demain, il sera trop tard pour dire : « Nous ne savions pas. »
Le TGV de l'info