Le professeur Charlemagne Messanga Nyamding a livré une charge d'une rare violence contre l'instruction de l'affaire Martinez Zogo, sur le plateau de l'émission Club d'Élites sur Vision 4. Selon lui, les véritables motivations de l'arrestation de Jean-Pierre Amougou Belinga ne relèvent pas de la justice, mais d'une opération financière : des personnalités auraient voulu « voler son argent » en utilisant le prétexte de l'assassinat du journaliste.
La sortie a fait l'effet d'une bombe sur les réseaux sociaux. Invité de l'émission Club d'Élites sur Vision 4, le Pr Charlemagne Messanga Nyamding, figure connue des plateaux de télévision camerounais pour ses positions tranchées, a livré une analyse sans concession de l'affaire Martinez Zogo.
« Les gens ont voulu et veulent en finir avec lui [Amougou Belinga] parce que j'ai des éléments que peut-être vous, vous n'avez pas, qui pourraient vous surprendre ce matin », a-t-il déclaré d'emblée. Avant d'enfoncer le clou : « Ils ont tellement emprunté de l'argent dans sa banque. Ils ont tellement pris dans sa banque qu'aujourd'hui, ils ont voulu, quelque part, utiliser le prétexte de cette construction fallacieuse de l'assassinat de Martinez pour voler son argent. Ce sont des voleurs. »
Une accusation grave, qui déplace le débat judiciaire sur le terrain politique et financier. Pour Messanga Nyamding, l'arrestation de l'homme d'affaires ne serait pas motivée par les charges retenues contre lui, mais par des intérêts économiques liés à ses activités bancaires.
Une position constante chez Messanga Nyamding
Cette sortie n'est pas un coup d'éclat isolé. Depuis 2025, Messanga Nyamding martèle la même position. Invité de Club d'Élites le 7 septembre 2025, il avait déjà relevé ce qu'il considérait comme trois problèmes de droit majeurs dans la conduite de l'affaire.
« Lorsqu'il y a un crime, il y a trois étapes : l'enquête préliminaire, l'inculpation et l'accusation. Dans cette affaire, certaines personnes ont été arrêtées et détenues dès la première étape. D'autres ont été mises en examen dans des conditions parfois brutales. Mais ce qui surprend, c'est qu'à l'étape de l'accusation, on retrouve de nouveaux acteurs qui n'étaient pas présents au départ », avait-il expliqué.
« À partir du moment où ces personnes n'ont pas connu ne serait-ce que l'étape de la mise en examen, et qu'elles se retrouvent en accusation, cela veut dire qu'on est en face de contrastes », avait-il martelé, laissant entendre que la procédure pourrait être entachée d'irrégularités.
Un contexte judiciaire qui se tend
Les propos de Messanga Nyamding interviennent dans un contexte où le dossier connaît des développements contradictoires. La semaine dernière, la Cour d'appel du Centre a examiné une nouvelle demande de mise en liberté provisoire d'Amougou Belinga, détenu depuis février 2023. Une demande qui, selon les observateurs, a peu de chances d'aboutir en raison de la jurisprudence constante des juridictions camerounaises dans les affaires d'assassinat.
Mais un autre fait a marqué les esprits : la révélation, par le lieutenant-colonel Dieudonné Bialo, du Service central des recherches judiciaires, que Mélissa Amougou Belinga, épouse de l'homme d'affaires, aurait « distrait » un iPhone lors de l'enquête préliminaire. Cet appareil, selon les déclarations du colonel Justin Danwe, aurait servi à transmettre la vidéo de la torture de Martinez Zogo à Amougou Belinga.
Interrogé sur ce point par l'avocate des ayants droit, Me Félicité Esther Zeifman, le lieutenant-colonel Bialo a toutefois reconnu qu'il s'agissait d'un « ouï-dire » concernant le transfert de la vidéo, ajoutant que la commission avait « écouté ces extraits de vidéo courts » mais sans certitude sur leur origine exacte.
La défense d'Eko Eko en embuscade
Parallèlement, les avocats de Léopold Maxime Eko Eko, l'ancien patron de la DGRE également poursuivi, ont publié une mise au point le 17 septembre 2026. Selon eux, « les 33 premiers témoins entendus n'ont établi aucun lien, direct ou indirect, entre leur client et l'assassinat de Martinez Zogo ». Ils s'appuient notamment sur une note de service du 12 novembre 2021 qui avait retiré à Justin Danwe la coordination de toutes les opérations pour « ruptures avérées de la chaîne de commandement » et « usages répétés des moyens du service à des fins personnelles » .
Les propos de Messanga Nyamding s'inscrivent dans une stratégie de contre-narrative qui se déploie depuis plusieurs mois. Le Pr Dieudonné Essomba, économiste et chroniqueur, avait déjà déclaré en 2025 : « Lorsqu'on arrête Amougou Belinga et qu'on voit ce qui se disait, on avait l'impression qu'il y avait quelqu'un qui filmait les événements et qui montrait comment Sa Majesté avait tué Martinez Zogo. Pour un homme d'affaires de cette importance, quand un pays fonctionne bien, on y va avec douceur. Mais on l'a interpellé soit comme un voyou, soit comme quelqu'un contre qui on avait des preuves accablantes » .
Pour Messanga Nyamding, le procès en cours est devenu celui de la légitimité même de la procédure. « Je ne suis pas en train de dire qu'Amougou Belinga est un saint », avait-il précisé en 2025. « Mais la question est de savoir si la procédure qui a conduit à son arrestation et à sa détention est régulière. »