L’on observe avec une profonde inquiétude l’évolution de certains contenus sur les réseaux sociaux camerounais. On a comme le sentiment que des comportements qui devraient nous interpeller sont de plus en plus banalisés, voire applaudis. La promotion de la prostitution, l’exhibition excessive de l’intimité, les contenus humiliants, certaines formes de violence ou encore les escroqueries sont parfois présentées comme des modèles de réussite ou des moyens rapides d’accéder à la célébrité.
Ce qui préoccupe le plus, ce n’est pas seulement l’existence de ces contenus, mais leur influence sur la jeunesse. Des milliers de jeunes et d’enfants passent chaque jour des heures sur les réseaux sociaux. Lorsqu’ils voient que certains comportements sont largement valorisés, ils peuvent finir par croire qu’il s’agit d’un chemin normal, voire souhaitable, vers le succès. C’est pourquoi beaucoup pensent qu’il est temps de réfléchir à la création d’une unité spécialisée dans la surveillance des infractions commises sur les réseaux sociaux.
Cette structure, composée de professionnels formés au numérique, pourrait identifier les contenus ou les activités susceptibles de relever de la loi et les transmettre aux autorités compétentes afin que celles-ci mènent les enquêtes nécessaires. Son rôle ne serait pas de censurer les opinions ni d’empêcher la libre expression, mais de contribuer à faire respecter la loi dans l’espace numérique, comme elle l’est dans la vie quotidienne. La liberté d’expression est une valeur essentielle. Cependant, elle ne devrait jamais servir de prétexte pour banaliser des actes qui portent atteinte à la dignité humaine, mettent des personnes en danger ou encouragent des pratiques illégales.
Bon nombre de parents aimeraient également que nos réseaux sociaux deviennent davantage une vitrine de ce que le pays a de meilleur à offrir. Le Cameroun regorge des entrepreneurs, des artistes talentueux, des chercheurs, des enseignants, des sportifs, des agriculteurs, des artisans et des jeunes qui innovent chaque jour.
Ce sont eux qui méritent d’être mis en lumière et de devenir des sources d’inspiration pour les générations futures. Chaque utilisateur des réseaux sociaux est aussi interpellé. En commentant, en partageant, en défendant ou même en réagissant à certains contenus, l’utilisateur des réseaux sociaux contribue parfois, sans s’en rendre compte, à leur offrir encore plus de visibilité.
Si l’on veut voir émerger un Internet plus sain, l’on doit apprendre à ne plus alimenter ce qui dégrade la société. « Évitons de partager, de commenter, de valoriser ou de défendre des contenus qui banalisent l’exploitation, la violence ou d’autres comportements contraires à nos valeurs et, lorsqu’ils semblent enfreindre la loi, privilégions les moyens de signalement prévus à cet effet plutôt que de leur offrir davantage de publicité.
Le changement ne dépend pas uniquement des autorités. Il dépend aussi de chacun d’entre nous. Chaque clic, chaque partage et chaque commentaire est un choix. Choisissons de mettre en avant ce qui élève, ce qui inspire, ce qui éduque et ce qui construit. C’est ainsi que nous contribuerons à bâtir un environnement numérique plus responsable et un Cameroun dont nous pourrons être encore plus fiers », conseille un observateur.
Source : L’Indépendant n°1051