La mort confirmée de Paul Biya, on a presque envie de dire que c'est du déjà vu et on aurait raison à tout point de vue. Sauf que cette fois-ci, la nouvelle est plus inquiétante et sort dans une période où le séjour du président de la République en Suisse était devenu trop long et que les mauvais scénarios avaient déjà commencé par pointer le bout de leur nez. « Paul Biya est bien mort », ce n'est plus le conditionnel qui est utilisé.
Les rumeurs sur la mort de Paul Biya ne datent pas d'aujourd'hui. À chaque fois, elles ont été diffusées après des visites médicales à l'étranger. Elles sont le plus souvent alimentées par le secret officiel autour de la santé titubante du dirigeant et amplifiées par les réseaux sociaux.
Le pic a été atteint en 2004 et en octobre 2024 où de fausses annonces du décès du père de Brenda Biya à l'étranger ont secoué le pays qu'il dirige 1982 comme le ferait un tremblement de terre ravageur, donnant ainsi place à des tensions profondes liées à sa succession. Là aussi, c'est un tout autre débat.
Approfondissons. En juin 2004, le bruit, au début anodin, commence. Il parle de la mort du président en Suisse, un pays qu'il affectionne plus que tout. Très rapidement, la nouvelle se répand comme une trainée de poudre, obligeant la présidence, pour l'une des rares fois, à publier un démenti officiel. Elle s'était convaincue que laisser continuer la rumeur serait dangereux pour l'équilibre institutionnel du pouvoir de Yaoundé.
Malgré l'information tombée, censée annuler celle qui a été balancée au sein de l'opinion publique, des Saint Thomas n'ont cru à sa véracité qu'après avoir constaté le retour à l'aéroport de Yaoundé de Paul Biya, qui a lancé sa célèbre réplique pleine d'ironie, donnant rendez-vous à ses détracteurs. « Dans une vingtaine d'années », a-t-il dit, parlant du moment de ses propres obsèques.
De 2004 à 2026, cela fait déjà plus de 20 ans et l'histoire n'a pas été oubliée. Bien avant même, en octobre 2024 où la durée faisait 20 ans exactement, une spéculation a commencé, après la longue absence publique suite au sommet Chine-Afrique. Des activistes de la diaspora interrogent des hôpitaux en Occident. Comme si cela ne suffisait pas, une chaîne de télévision privée américaine annonce son décès, une information qui finit par être obsolète parce que fausse.
Là aussi, face à la panique et au souci de limiter les dégâts, le gouvernement, par le biais du ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, publie des communiqués fermes en appelant ces bruits du « pur fantasme », confirmant une fois encore que Paul Biya a plus de vie qu'un chat.
Cette fois-ci, l'annonce de la mort de Paul Biya, est partie de Douala. Un homme, visiblement très courageux et n'ayant pas peur de potentielles conséquences de son acte qui pourrait être qualifié d'atteinte à la sureté de l'État, annonce à la population la mort de Paul Biya à travers une pancarte qu'il traine dans la ville.
Sur son tableau, il a écrit : « J'ai eu gain de cause auprès de la justice de mon pays. Paul Biya, né Paul Barthélemy Biya'a bi Mvondo, est bien mort en Thaïlande avec presque tout son gouvernement, victime de satanisme de l'église catholique romaine ».
D'où tient-il cette information si on peut l'appeler comme ça ? Le régime de Yaoundé a-t-il trompé tout le monde sur le lieu où se trouve Paul Biya ? Serait-il en Thaïlande et non en Suisse ? Finalement, Brenda, la fille du président, avait-elle raison lorsqu'elle affirmait devant une caméra que son père est mourant et ne peut plus rien faire du tout pour les Camerounais et le pays ? À toutes ces questions, on est tenté de répondre, mais on attend encore un peu avant d'être définitivement situé.