L’écrivain camerounais Arol KETCH est revenu en détail sur le parcours Koagne Donatien
Son nom raisonne toujours dans les oreilles des Camerounais comme le plus grand escroc que le pays ait connu. Mort en détention en Amérique Latine à la suite d’une affaire qui n’a pas marché, Koagne Donatien a brillé tout au long de son existence par le faux monnayage et avait conquis le cœur des chefs traditionnels de l’Ouest.
L’écrivain camerounais Arol KETCH est revenu en détail sur le parcours Koagne Donatien.
C’est l’histoire de l’un des plus grands escrocs qu’a connu l’Afrique. Un véritable personnage de roman et de cinéma. Le fameux Koagne Donatien.
Un mois d'octobre du début des années 90, Koagne Donatien est arrêté à l'aéroport de Douala, porteur d'une cargaison de mercure. Sans se dégonfler, il explique qu'elle est destinée à fabriquer de la fausse monnaie et offre de l'argent au commissaire.
Inculpé pour corruption, il est disculpé grâce à ses appuis. En effet, il jouissait de puissants soutiens jusqu’au sommet de l'État.
Dans un album photo qu’il aimait bien feuilleter en public, on peut le voir en compagnie de hautes personnalités telles que Nelson Mandela, Mobutu, Blaise Compaoré, Sassou N’Guesso.
Koagne aurait ainsi délesté plusieurs millions de dollars au président congolais Sassou N’Guesso, à l’ancien président zaïrois Mobutu et à l’ancien président burkinabè Blaise Compaoré. Parmi ses victimes figurent plusieurs ministres gabonais, béninois mais aussi des personnalités en Espagne, en France et même des membres des services secrets israéliens.
Au Kenya, en Tanzanie, en Afrique du Sud, en Angola; il a fait de nombreuses victimes. L’homme d’affaires camerounais Philippe Tankou fut aussi l’une de ses victimes; une affaire drôle et rocambolesque.
C’était le roi des escrocs. Il débarquait souvent au Cameroun de façon insolite. La majorité des chefs traditionnels à l'Ouest Cameroun l’accueillait au tarmac de l’aéroport de Bafoussam/Bamougoum.
Il venait avec un avion privé. Un jet illégalement acquis. La société Transair qui lui avait loué cet aéronef n’avait jamais perçu le moindre sou.
Koagne avait conquis le cœur des chefs traditionnels de l’Ouest et avait fait de nombreux voyages par avion avec ceux-ci qui avaient tous de l’estime pour lui.
Un chef d’un village qu’on ne citera pas ici avait failli créer un scandale parce que lors d’un voyage, il n’y avait pas de place pour lui dans le jet privé de Koagne Donatien.
Pretoria, 1994. L'air du matin était vif lorsque Pius Njawé, journaliste aguerri, franchit les portes du ministère des Affaires étrangères sud-africain. Son esprit était concentré sur les interviews qu'il devait mener auprès des proches de Nelson Mandela.
Pourtant, avant qu'il ne puisse poser la moindre question, le ministre en personne le prend de court:
— Dites-moi, monsieur Njawé, existe-t-il au Cameroun un roi au-dessus du président ?
Interloqué, le journaliste secoue la tête.
— Non, Excellence, à ma connaissance, aucun roi ne gouverne au-dessus du président.
Le ministre esquisse un sourire narquois, puis lui tend un fax.
La missive provenait d'un prestigieux hôtel de Johannesburg, où un certain "roi du Cameroun" venait de réserver une suite royale. Légèrement dérouté, Njawé se met en quête de découvrir l'identité de cet énigmatique monarque.
Son investigation le mène à Sandton, un quartier luxueux où le présumé "roi" résidait. Avec persévérance, il obtient un rendez-vous. Lorsqu'il arrive à l'hôtel, un valet le guide vers la suite présidentielle.
Devant la porte, une femme resplendissante, parée d'or et de soie, lui fait signe d'entrer. L'intérieur était une débauche de luxe. Des tapis moelleux, des meubles d’un autre siècle et un parfum capiteux imprégnaient l'air. Un bruissement attire son regard.
Derrière un rideau soyeux, une silhouette apparait. L'homme qui se tenait là était vêtu d’une robe de chambre dorée, chaussé de babouches scintillantes, chaque mouvement révélant l’éclat des bijoux ornant ses doigts.
Njawé le reconnut aussitôt. Ce n'était pas un roi. C'était Donatien Koagne.
On murmurait son nom au Cameroun avec un mélange de fascination et de mystère.
— Quelle surprise, monsieur Njawé, fit Koagne avec un sourire affable. Que me vaut cet honneur ?
Pendant près d’une heure, le journaliste tenta de percer le mystère. Que faisait Koagne en Afrique du Sud ?
Quelles affaires brassaient ses mains habiles ? L’homme était insaisissable et contournaient chaque question avec une aisance déconcertante. Puis, soudain, son ton devint plus grave. Il s'approcha de Njawé et murmura :
— Tu es ici pour un travail. Moi aussi. Ne me mets pas les bâtons dans les roues. Fais ce que tu as à faire et laisse-moi faire le mien. Le message était clair. Njawé quitta l'hôtel avec plus de questions qu'à son arrivée. Quelques mois plus tard, il apprend que Koagne était parvenu à infiltrer l'ANC. Il circulait dans l'entourage de Mandela.
Ayant corrompu des officiels, il s'offrait désormais un accès privilégié au pouvoir. Certains disaient même qu'il avait assisté à l'investiture du président sud-africain en tant qu'invité officiel.
Cet épisode fascinant est détaillé dans le travail de Dominique Malaquais, "Anatomie d’une arnaque : Feymen et Feymania au Cameroun”, qui analyse la feymania comme phénomène de société.
Arol KETCH -
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