Il aurait pu parler de football, de palmarès ou de politique fédérale. Samuel Eto'o a choisi de parler d'âme. Invité sur le plateau de Digital B Agency, la structure de Bruno Bidjang, l'ancien capitaine des Lions Indomptables a livré à la jeunesse camerounaise un message d'une franchise rare, abordant sans détour l'un des maux les plus profonds qui gangrènent la société : la tentation du raccourci mystique au détriment du travail.
C'est avec une clarté désarmante que le double champion d'Afrique a planté le décor : « N'allez pas tuer vos frères parce qu'un marabout vous a dit qu'en tuant votre sœur vous allez réussir. » Des mots qui font l'effet d'une gifle, mais qui traduisent une réalité que beaucoup de Camerounais connaissent et que peu osent nommer aussi directement depuis un plateau de télévision.
Pour Eto'o, la formule est sans appel : « La réussite, c'est le travail, le travail, la discipline, la discipline, et encore plus de discipline. » Une conviction qu'il dit puiser dans sa propre trajectoire — de Nkon au FC Barcelone, de Douala aux plus grands stades du monde — et dans l'observation de ceux qui ont cru pouvoir contourner cet impératif : « Tous ceux qui ont laissé le travail et la discipline de côté tombent jour après jour. »
Au-delà de la mise en garde, Samuel Eto'o s'est mué en mentor, livrant une vision de la réussite ancrée dans la confiance en soi et l'entrepreneuriat. « Une idée, c'est de l'argent », a-t-il lancé, encourageant les jeunes à convaincre des investisseurs plutôt que de perdre leur énergie en polémiques stériles. « Utilisez ce temps pour convaincre les gens d'investir dans vos idées. »
Il a également insisté sur la nécessité d'avoir du caractère et de la personnalité : « Ne laissez personne marcher sur vos pieds. N'ayez pas peur de dire à quelqu'un qu'il se trompe, mais faites-le avec respect. » Et d'ajouter, avec l'humour qui lui est propre : « Je suis comme un bon Bamiléké, je sais chercher l'argent ! »
Ce qui frappe dans l'intervention d'Eto'o, c'est le sens des responsabilités collectives qu'il entend insuffler. « Nous avons la responsabilité de construire notre pays. Personne d'autre ne le fera à notre place », a-t-il déclaré, rappelant que la jeunesse camerounaise ne peut attendre ni les marabouts, ni les hommes politiques, ni la providence pour transformer le pays.
« Croyez en vous. Si vous ne croyez pas en vous, personne ne vous suivra » — c'est sur cette exhortation que le président de la FECAFOOT a conclu, laissant une salle et un public numérique visiblement touchés par la sincérité du propos.
Une sortie qui contraste avec la polémique suscitée par ses récents propos sur la presse camerounaise, et qui rappelle que derrière le dirigeant parfois maladroit se cache encore l'icône capable d'électriser une génération.