La cérémonie de présentation des vœux au Président de la République, ce jeudi 8 janvier, a été marquée par plusieurs absences notables et des présences chargées de significations politiques.
Comme chaque année, le Palais de l'Unité a accueilli la traditionnel cérémoniel des vœux au Chef de l'État. Mais au-delà du protocole, cette édition 2025 a révélé certaines dynamiques du pouvoir camerounais, entre absences intrigantes et présences surprenantes.
L'absence la plus remarquée est sans conteste celle de Marcel Niat Njifenji, président du Sénat et successeur constitutionnel du Président Paul Biya. Dans un pays où le protocole et les symboles revêtent une importance capitale, cette non-participation du deuxième personnage de l'État soulève inévitablement des interrogations.
Aucune explication officielle n'a été fournie sur cette absence. S'agit-il d'une indisposition de dernière minute, d'un agenda incompatible, ou d'un message politique plus subtil ? Dans les allées du pouvoir camerounais, les absences parlent parfois autant que les présences, et celle-ci ne manquera pas d'alimenter les spéculations dans les jours à venir.
Autre absence significative : celle de Cavaye Yeguié Djibril, président de l'Assemblée nationale (PAN). C'est son premier vice-président, Hilarion Etong, qui a dû "prendre les devants" et représenter l'institution parlementaire lors de cette cérémonie solennelle.
Si l'absence du président du Sénat interpelle, celle du PAN n'est pas moins surprenante. Ces deux absences simultanées des présidents des deux chambres du Parlement constituent un fait inhabituel qui ne passe pas inaperçu dans le microcosme politique camerounais.
En revanche, la présence de l'honorable Cabral Libii a constitué l'une des surprises de cette cérémonie. Le député et leader du parti Univers, connu pour avoir "longtemps boudé l'invitation au palais", a cette fois-ci fait le déplacement pour "serrer la main du monarque d'Etoudi".
Ce revirement marque-t-il un changement de stratégie politique de la part de celui qui incarne une certaine opposition ? Ou s'agit-il simplement d'un geste protocolaire sans conséquence politique majeure ? Quoi qu'il en soit, cette présence inattendue témoigne de l'évolution constante des rapports entre le pouvoir et certaines figures de l'opposition.
La présence de Samuel Eto'o, président de la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT), a été particulièrement remarquée. Et pour cause : il était le seul président de fédération sportive présent, et il ne fait pas partie des corps constitués normalement conviés à cette cérémonie.
Cette participation confirme, s'il en était besoin, "la longueur de ses bras" et l'influence considérable dont jouit l'ancien international camerounais dans les sphères du pouvoir. Mieux encore, selon les observateurs présents, "le président semblait super heureux de le voir", ce qui témoigne de la qualité de leurs relations.
Cette proximité affichée avec le Chef de l'État renforce la position déjà dominante d'Eto'o dans le football camerounais et explique en partie sa capacité à naviguer dans les eaux troubles de la politique sportive continentale, comme en témoigne actuellement la polémique autour des arbitrages lors de la CAN 2025.
Autre personnalité qui a retenu l'attention : le Ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo. Selon les échos du palais, il était "en vedette avec le président qui ne voulait pas que leur conversation s'arrête".
Dans un contexte sécuritaire régional particulièrement tendu, avec les défis posés par Boko Haram dans l'Extrême-Nord et la crise anglophone qui perdure, cette attention particulière accordée au ministre en charge de la Défense n'est évidemment pas anodine. Elle souligne l'importance stratégique de ce portefeuille et la confiance dont bénéficie son titulaire auprès du Chef de l'État.
Enfin, comme attendu, Bello Bouba Maigari, président de l'UNDP et figure historique de la vie politique camerounaise, était présent. Pour le leader de la deuxième force politique du pays après le RDPC, cette participation s'inscrit dans sa ligne de conduite habituelle : le respect des institutions et du protocole républicain.
Au-delà de l'aspect protocolaire, cette cérémonie des vœux aura donc été révélatrice de plusieurs dynamiques : les absences qui interrogent, les présences qui surprennent, et les proximités qui se confirment ou se renforcent.
Dans un pays où les codes et les symboles ont leur importance, chaque geste, chaque présence ou absence est scruté et analysé comme un indicateur des rapports de force et des évolutions à venir. Cette édition 2025 n'aura pas dérogé à cette règle implicite de la vie politique camerounaise.