L’incroyable affaire Martinez Zogo
Entre querelles de palais et démêlées judiciaire, le procès Martinez Zogo est déjà hors norme. La formule cinglante utilisée par l’activiste N’zui Manto (ils gouvernent le Cameroun entre eux, se tuent entre eux et se jugent entre eux), résume à elle seule le vertige provoqué par l’affaire de l’assassinat de l’homme de média.
Loin d’être de simple rhétorique contestataire, cette réflexion met en lumière la consanguinité institutionnelle et les luttes d’influence qui perturbent les cercles du pouvoir dans la capitale Yaoundé.
Revenons sur les faits, l’enlèvement et la mort atroce d’Arsène Mbani Zogo, patron de la radio Amplitude FM, enlevé en janvier 2023, ont ouvert une boîte de Pandore. Des figures de premier plan comme l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga et l’ancien patron de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) Léopold Maxime Eko Eko se retrouvent sur le banc des accusés aux côtés d’autres personnes qui font partie du commando qui a réalisé le sale boulot.
L’affaire cesse ainsi d’être un simple fait sans importante pour devenir le miroir d’une guerre des tranchées au sein de l’appareil sécuritaire et politico-financier. La chaîne d’interpellation et d’enquête, du Secrétariat d’État à la Défense (SED) avec des officiers comme le lieutenant-colonel Dieudonné Bialo ou Parfait Ayissi Nanga, mobilise des hommes en uniformes qui connaissent, croisent ou supervisent les protagonistes dans les arènes de la République.
À la barre des témoins défilent commissaires et colonels (Vincent de Paul Meva’a, Jean-Pierre Otoulou, etc.) dont les témoignages révèlent des zones d’ombre, des rivalités de services et des enregistrements audio sortis au moment opportun.
La justice militaire n’est pas exclue. Les juges Cerlin Belinga, Éric Atemengue Omgba ou Jacques Baudouin Missé Njoné sont régulièrement cités, ce qui tranche des dossiers où l’exécutif, les services secrets et les cercles d’affairistes qui se retrouvent à la fois juges et parties.
Ce procès, qui connaît régulièrement de nouveaux rebondissements dépasse la seule quête de justice pour la famille du journaliste. Il expose aux yeux de l’opinion publique la nature d’un système où les règlements de compte se font au sommet.
C’est ce que Manto résume en disant : « Jean-Pierre Amougou Belinga, Léopold Maxime Eko Eko, Marcel Savom ont été arrêtés pour l’assassinat de Martinez Zogo. Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga a interpellé Amougou Belinga qui, avec ses complices, ont été conduits au SED chez le lieutenant-colonel Dieudonné Bialo puis présentés aux juges le lieutenant-colonel Cerlin Belinga, le lieutenant-Ccolonel Éric Atemengue Omgba et plus tard le colonel Jacques Baudouin Missé Njoné. Les témoins appelés à la barre : le commissaire Vincent de Paul Meva’a, le colonel Jean-Pierre Otoulou, Jean-Pierre Oloumou, Jean Didier Nkoa, le lieutenant-colonel Bialo Dieudonné, le lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga ».
L’épisode continue et il n’est pas à exclure que certaines de ces personnalités citées rejoignent la prison dans les heures/jours/mois qui suivent ou qu’elles citent d’autres noms qui pourraient y faire un tour.