L'agenda judiciaire s'accélère. Le Conseil Constitutionnel du Cameroun a notifié au Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) par courrier officiel — réf. N°39/CC/SG/G du 9 juin 2026 signé du Secrétaire Général — que l'audience relative au recours du parti de Maurice Kamto aura lieu le mercredi 17 juin 2026 à 11 heures au Palais des Congrès de Yaoundé. Une date qui tombe exactement dans le délai légal de quinze jours accordé au Conseil pour examiner ce type de recours — introduit le 3 juin dernier par le cabinet de Maître Hippolyte BT Meli, avocat du MRC.
Un décret contesté : les mandats des conseillers prorogés jusqu'en 2027
Le recours du MRC vise le décret présidentiel N°2026/166 du 4 mai 2026 par lequel Paul Biya a prolongé jusqu'au 28 février 2027 le mandat des conseillers municipaux élus en février 2020. Un mandat de cinq ans qui, arrivé à expiration normale, se trouve ainsi prorogé par voie exécutive — sans recours aux urnes. Pour Maurice Kamto, cette décision est inconstitutionnelle : elle «crée une situation de vacance de légitimité dans les 360 communes du pays» et «porte atteinte au droit des citoyens d'être administrés conformément aux délais prévus par la Constitution».
Le gouvernement, lui, justifie la mesure par «des contraintes d'organisation et le besoin d'alléger le calendrier électoral». Un argument qui, dans le contexte actuel, prend une dimension particulière : rappelons que selon une révélation exclusive de Boris Bertolt, Paul Biya envisagerait de repousser les élections législatives et municipales prévues en 2027 et de les confier à son futur Vice-Président. La prorogation des mandats des conseillers municipaux s'inscrirait alors dans une logique plus large de reconfiguration du calendrier électoral camerounais.
Un Conseil Constitutionnel fragilisé par la maladie de son président
Cette audience du 17 juin intervient dans un contexte institutionnel délicat que les observateurs ne peuvent ignorer : le Président du Conseil Constitutionnel, Clément Atangana Meme, est malade et hospitalisé depuis un moment. Une absence au sommet de l'institution appelée à arbitrer l'un des recours constitutionnels les plus symboliques de ces dernières années. Qui présidera l'audience ? En quelle qualité ? Avec quelle légitimité institutionnelle le délibéré sera-t-il rendu ? Ces questions ne sont pas anodines dans un pays où chaque décision du Conseil Constitutionnel est scrutée par des acteurs politiques aux sensibilités aiguisées.
Cette fragilité du Conseil vient s'ajouter à une série de signaux inquiétants sur l'état de santé des grandes figures institutionnelles camerounaises : le chef d'état-major René Claude Meka évacué en France, Cavaye Yéguié Djibril décédé en mai, Marcel Niat Njifenji décédé en avril, et Paul Biya lui-même actuellement en Suisse pour des soins selon des informations concordantes.
La décision attendue le 17 juin sera d'une importance constitutionnelle considérable. Si le Conseil valide la prorogation, il consacre le droit de l'exécutif à prolonger des mandats électifs par voie de décret — une prérogative que l'opposition et la société civile jugent contraire à l'esprit démocratique. Si le Conseil annule le décret, il contraint le gouvernement à organiser des élections municipales dans des délais courts — une perspective que Yaoundé cherche précisément à éviter.
«La décision attendue le 17 juin sera scrutée de près», note notre confrère Actucameroun.com — «alors qu'elle pourrait clarifier l'interprétation des prérogatives du Conseil en matière de régulation institutionnelle». Un euphémisme pour dire que l'avenir du calendrier électoral camerounais — et peut-être une partie de l'architecture de la transition politique en cours — se joue dans la salle d'audience du Palais des Congrès dans une semaine.