Alors que les Lions Indomptables se battent en quarts de finale de la CAN 2025, le Ministre des Sports et de l'Éducation Physique, Pr Narcisse Mouelle Kombi, a reçu en grande pompe le sprinteur Emmanuel Eseme ce lundi. Une célébration qui contraste violemment avec le traitement réservé au football camerounais, empêtré dans des blocages budgétaires et des tensions avec la tutelle. Entre félicitations pour l'athlétisme et sabotage présumé du football, le MINSEP affiche un double visage qui interroge.
La scène avait des airs de communion patriotique. Dans la salle de conférences fraîchement rénovée du Ministère des Sports et de l'Éducation Physique, le Pr Narcisse Mouelle Kombi recevait Emmanuel Eseme, capitaine de la délégation camerounaise aux Jeux de la Solidarité Islamique "Riyad 2025". Sourires, accolades, célébration : le ministre a salué "l'excellence sportive" du sprinteur, médaillé d'or sur 200m et de bronze sur 100m.
« Le Ministère assure un accompagnement constant, tant sur le plan financier qu'institutionnel, à toutes les fédérations sportives civiles nationales, sans exception, afin de garantir le rayonnement du Cameroun dans le concert des nations », a déclaré le ministre dans un communiqué dithyrambique.
Toutes les fédérations, sans exception ? Vraiment ?
Pendant que le MINSEP pavoise pour 10 médailles (2 or, 2 argent, 6 bronze) aux Jeux de Riyad, les Lions Indomptables, eux, se préparent tant bien que mal pour un quart de finale historique contre le Maroc ce vendredi. Sans le soutien affiché du ministre. Sans la célébration promise. Sans même un message d'encouragement public.
Pire : selon des sources proches de la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT), le MINSEP aurait bloqué pendant des semaines la rallonge budgétaire destinée à la préparation de la CAN 2025. Une demande de 685 millions FCFA pour renforcer l'effectif et assurer les primes, jugée "indécente" par la tutelle, qui l'a renvoyée à plusieurs reprises à la FECAFOOT pour "justifications complémentaires".
Le contraste est saisissant. Emmanuel Eseme, médaillé aux Jeux Islamiques, reçoit les honneurs du ministère avec tambours et trompettes. Les Lions Indomptables, en quarts de finale d'une CAN disputée sur le sol africain, doivent quémander chaque franc pour leur préparation.
« C'est incompréhensible. On dirait que le ministre veut punir le football. Il célèbre l'athlétisme, ce qui est normal, mais il fait tout pour couler les Lions », confie un cadre de la FECAFOOT sous couvert d'anonymat. « Pendant qu'il rénove sa salle de conférences, nos joueurs attendent des primes depuis des mois. »
Cette politique des deux poids, deux mesures n'est pas nouvelle. Depuis la nomination de Narcisse Mouelle Kombi à la tête du MINSEP, les relations avec Samuel Eto'o Fils et la FECAFOOT sont glaciales. Chaque demande budgétaire se transforme en bras de fer. Chaque sollicitation devient un parcours du combattant administratif.
Dans son discours lors de la réception d'Eseme, le ministre a assuré que « le Ministère assure un accompagnement constant (...) à toutes les fédérations sportives civiles nationales, sans exception ». Une affirmation qui fait sourire amèrement du côté de la FECAFOOT.
La réalité sur le terrain raconte une autre histoire : des retards de décaissement, des demandes de rallonge budgétaire bloquées, des tensions permanentes sur la gestion financière, et une absence criante de soutien public aux Lions Indomptables pendant la CAN en cours.
« On nous parle d'accompagnement constant, mais quand la FECAFOOT demande 700 millions pour la CAN, c'est un scandale. Quand d'autres fédérations demandent moins pour des compétitions de moindre envergure, c'est validé sans broncher », dénonce un observateur du sport camerounais.
Le timing de cette réception interroge également. Alors que le Cameroun est à 48 heures d'un quart de finale crucial, le ministre choisit de célébrer l'athlétisme plutôt que de galvaniser le football. Plutôt que d'envoyer un message de soutien aux Lions, il préfère mettre en avant Emmanuel Eseme.
Certes, le sprinteur mérite toutes les félicitations pour ses performances exceptionnelles. Mais fallait-il le faire maintenant, au moment où le football camerounais a besoin de l'union sacrée ? Ce choix de timing ressemble à un message politique : le MINSEP préfère célébrer les sports individuels que de soutenir une FECAFOOT avec laquelle il est en conflit ouvert.
Sur les réseaux sociaux, les Camerounais ne s'y trompent pas. « Mouelle fête l'athlétisme pendant que les Lions se battent seuls », « Le ministre fait de la politique au lieu de soutenir nos Lions », peut-on lire dans les commentaires.
Vendredi, face au Maroc, les Lions Indomptables devront non seulement affronter les Lions de l'Atlas, mais aussi porter le poids d'un ministère de tutelle qui semble plus intéressé par le sabotage que par le soutien.
L'excellence sportive et le patriotisme à l'honneur au MINSEP ? Peut-être. Mais visiblement, pas pour tous les sports. Pas pour le football. Pas pour les Lions Indomptables qui portent pourtant les couleurs du Cameroun sur le continent.