Mounchipougate : le scandale qui a fait trembler la République

Mounchipougate Image illustrative

Tue, 21 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

« Mounchipougate » : le scandale qui a fait trembler la République. En décembre 1997, Mounchipou Seidou, administrateur civil au parcours fulgurant, est nommé ministre des Postes et Télécommunications. Il hérite d'une « caverne d'Ali Baba » : le GSM arrive en Afrique, l'État investit massivement, et un budget annexe échappe aux circuits classiques du Trésor. Les marchés s'attribuent selon des usages peu conformes à l'orthodoxie comptable. Les hommes du Minpostel s'affichent, flambeurs, croquant à belles dents l'argent du contribuable. Pendant ce temps, le Cameroun est classé champion du monde de la corruption par Transparency International deux années de suite (1998 et 1999). Le régime doit donner des gages. Un exemple. La chute de Mounchipou obéit à une chorégraphie désormais connue : les ballons d'essai de la rumeur, le limogeage humiliant (1er septembre 1999), l'arrestation spectaculaire six jours plus tard. Le procès, qui examine quelque 400 marchés, aboutit à une condamnation à 20 ans de prison ferme – une première pour un ancien ministre. Mounchipou passera quinze années derrière les barreaux. Libéré en 2014, il s'éteint à Toulouse en janvier 2016. Il avait mangé à une table où tout le monde mangeait, mais sans élégance, troublant la tranquillité du festin. D'autres, avant et après lui, ont mangé en toute tranquillité, sans jamais être inquiétés. « La bouche qui mange, ne parle pas. »



𝐌𝐎𝐔𝐍𝐂𝐇𝐈𝐏𝐎𝐔𝐆𝐀𝐓𝐄 : 𝐋𝐄 𝐒𝐂𝐀𝐍𝐃𝐀𝐋𝐄 𝐐𝐔𝐈 𝐀 𝐅𝐀𝐈𝐓 𝐓𝐑𝐄𝐌𝐁𝐋𝐄𝐑 𝐋𝐀 𝐑𝐄́𝐏𝐔𝐁𝐋𝐈𝐐𝐔𝐄

Dans l’histoire politique camerounaise récente ; il y a des hommes qui ont donné leurs noms à des scandales. Mounchipou Seidou est de ceux-là : « Mounchipougate »

Décembre 1997. Mounchipou Seidou, administrateur civil sorti de l'ENAM, ancien préfet à Garoua dans les années de braise, puis gouverneur de l'Extrême-Nord, est nommé ministre des Postes et Télécommunications. C'est le couronnement d'une carrière fulgurante. C'est aussi, il ne le sait pas encore, le début de sa perte.

Car le ministère qu'il reçoit est une caverne d'Ali Baba. Le GSM arrive en Afrique, l'État investit massivement, et un budget annexe échappe aux circuits classiques du Trésor. Les marchés s'attribuent selon des usages peu conformes à l'orthodoxie comptable. Gestionnaires et fournisseurs se servent : à la cuillère d'abord, à la louche ensuite, puis par pelletées.

Et sans se cacher en ville, les hommes du Minpostel sont les plus bruyants, les plus voyants utilisateurs de l'argent facile. Ils sont de véritables flambeurs ; ils s’affichent en train de croquer à belles dents l’argent du contribuable. Ils collectionnent les nanas etc.

Pendant ce temps, le Cameroun est classé champion du monde de la corruption par Transparency International. Deux années de suite, 1998 et 1999. Le régime doit donner des gages. Il lui faut un exemple. Des têtes doivent tomber pour l’exemple.

Alors s'enclenche un processus désormais connu, réglé comme une partition de musique classique. Au Cameroun, quand un baron du régime doit tomber, la chute obéit toujours à la même chorégraphie en trois temps.

D'abord les ballons d'essai de la rumeur. Il existe une presse à gages disponible pour faire le sale boulot. On murmure, on insinue, on distille, on balance des infos compromettantes. Ensuite, la disgrâce s'officialise par un limogeage humiliant. Et enfin, tout se concrétise par l'arrestation spectaculaire. Depuis Mounchipou Seidou et Pierre Désiré Engo, ce scénario n'a pas beaucoup évolué.

Pour Mounchipou, la partition se joue à la lettre. Le 1er septembre 1999, un décret le limoge. Six jours plus tard, la police judiciaire le cueille à son domicile de Biyem-Assi, devant femmes et enfants en pleurs. Direction Kondengui. Suivent un mois d'arrestations en cascade : directeurs, collaborateurs, fournisseurs. Le pays assiste à une véritable séance d'exorcisme collectif. Et le peuple qui veut du sang, exulte !

Notons le rôle déterminant du SDF dans cette affaire notamment à travers le député MBA Ndam qui œuvré pour le déclenchement d'une enquête parlementaire.

Le procès ressemble à celui de toute une société. Quelque 400 marchés examinés, plusieurs milliards FCFA de préjudice retenus : surfacturations, fractionnements, marchés fictifs. À la barre, l'accusé conteste tout. En novembre 2003, le verdict tombe : 20 ans de prison ferme. Une première dans l'histoire judiciaire du pays pour un ancien ministre. La peine sera ramenée à 15 ans en appel. Voilà les prémices de ce qu’on appellera des années plus tard « Opération épervier ».

Mounchipou passera quinze difficiles années derrière les barreaux. Son coaccusé Dieudonné Angoula, ancien directeur des Télécommunications qu'on surnommait « le beau-père du président », n'en sortira pas vivant : il meurt à Kondengui en 2009, dans l'indifférence du palais.

Libéré en février 2014 par décret présidentiel, accueilli en triomphe à Foumban, Mounchipou Seidou consacre ses derniers mois à un livre : sa version des faits, écrite selon ses dires pour la postérité. Il n'aura pas le temps de l'achever. Parti en France en décembre 2015 pour le mariage de sa fille aînée, il s'éteint à Toulouse dans la nuit du 17 au 18 janvier 2016.

Arrivé à une table où tout le monde mangeait, Mounchipou s'est simplement empiffré sans élégance, en faisant beaucoup de bruits ; troublant la tranquillité du festin. D'autres, avant et après lui, ont mangé en toute tranquillité. Sans jamais être inquiétés. Il y a des ministres et directeurs en fonction au Cameroun depuis plus de 30 ans dont les visages ne sont même pas connus ; ils pillent les caisses de l’Etat en toute discrétion. Comme dit l’adage : « La bouche qui mange, ne parle pas ».

L'oubli est la ruse du diable.

Moi et mon bon cœur ci hein, toujours là pour raconter des affaires qui ont marqué notre pays.

La terre est sale ! Si è ne mvit ! Ngo Bagdeu !

Arol KETCH

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