Franck Biya dans ce dossier aurait rassuré Nathalie Moudiki
L’expert pétrolier Mouthe Ambassa estime que la SNH a traversé une période de turbulences liée au scandale Glencore, à des conflits internes et à des tensions avec la présidence de la République. Une intervention de Franck Biya a permis la réorganisation du conseil d’administration, et apaisée les tensions autour de la gestion de cette entreprise stratégique.
Ancien ministre de la Justice et directeur du Cabinet civil, Adolphe Moudiki était malade lorsque le scandale Glencore a éclaté.
Convaincu de la non-implication de ses services, il avait, dans un premier temps, démenti les informations faisant état de cette affaire.
Après avoir recueilli davantage d’informations, Adolphe Moudiki à en croire Mouthe Ambassa membre du comité central du RDPC a lui-même saisi le Tribunal criminel spécial (TCS) afin de faire la lumière sur ce dossier. La surprise a été de taille : certains de ses hommes de confiance auraient été directement impliqués dans ce scandale, qui allait ternir l’image de cette structure aux enjeux stratégiques majeurs.
Selon l’expert des questions énergétiques Mouthe Ambassa, cette déception a constitué l’une des raisons de son éloignement progressif de son bureau, laissant ainsi son épouse, conseillère technique, devenir l’administratrice de fait de la structure.
Les personnes citées par Jeune Afrique à la suite des enquêtes du TCS ont curieusement bénéficié de promotions, à la faveur de hautes instructions, jusqu’à accéder à la direction générale de Tradex.
Ce sera le début d’une guerre ouverte entre la présidence de la République et la SNH, une confrontation aux conséquences catastrophiques pour le Cameroun.
LE CAMEROUN AURAIT-IL LAISSÉ ÉCHAPPER UN INVESTISSEMENT DE PLUS DE 600 MILLIARDS DE FCFA ?
Après la signature d’une convention entre le géant américain Chevron, le Cameroun et la Guinée équatoriale, les perspectives d’exploitation du gisement gazier transfrontalier Yoyo-Yolanda ont pris une nouvelle dimension.
Situé entre le Cameroun, du côté de Yoyo, et la Guinée équatoriale, du côté de Yolanda, ce gisement représente un enjeu énergétique considérable pour les deux pays.
Dans le même temps, un autre géant américain s’est intéressé au Cameroun pour un projet complémentaire. Il s’agit de ConocoPhillips, une multinationale basée à Houston et spécialisée dans l’exploration et la production de pétrole et de gaz naturel, ainsi que dans les activités liées au gaz naturel liquéfié (GNL) et au bitume.
L’entreprise est présente dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis, en Alaska, au Canada, en Norvège, en Chine, en Australie et en Libye.
ConocoPhillips envisageait la construction d’une usine de production de gaz naturel liquéfié. Une perspective accueillie favorablement par la SNH, consciente des enjeux liés à l’exploitation des ressources gazières et à l’évolution de la production issue des installations existantes, notamment celles associées à Perenco et au méthanier Hilli Episeyo.
En 2024, une importante délégation de ConocoPhillips a débarqué au Cameroun avec un projet de construction d’une nouvelle usine de liquéfaction de gaz naturel, représentant un investissement de plus de 600 milliards de FCFA.
Les Américains avaient prévu de passer une semaine au Cameroun. Pourtant, un mois plus tard, ils n’avaient toujours pas réussi à obtenir une audience auprès du chef de l’État. Ils auraient alors pris la direction de la Guinée équatoriale.
Désormais, c’est en Guinée équatoriale que le Cameroun pourrait devoir faire liquéfier une partie du gaz issu du gisement de Yoyo. À la clé, selon les estimations avancées, près de 3 000 emplois potentiels qui pourraient échapper au Cameroun, tandis que Malabo pourrait prélever près de 20 % des revenus liés au gaz destiné à être transformé.
Face à cette perspective, l’expert et consultant international du secteur pétrolier et minier, Mouthe Ambassa, conseille au gouvernement de privilégier la construction d’une usine de liquéfaction sur le territoire camerounais.
L’INTERVENTION DE FRANCK BIYA
Franck Emmanuel Biya se serait de nouveau intéressé au dossier de la SNH lors du dernier séjour du président Paul Biya à Genève.
En 2023, alors qu’il se trouvait au Tchad pour négocier l’implantation d’Afriland First Bank, Franck Biya avait été sollicité pour plaider en faveur de Savannah, dans le cadre d’un projet de rachat des parts de Cotco. Le fils aîné du président Paul Biya se serait finalement désolidarisé de cette opération, alors que Franck Hertz figurerait au conseil d’administration de cette structure britannique.
De forcing en forcing, profitant de l’absence du chef de l’État en juin 2026, le conseil d’administration de la SNH avait tenté de modifier l’architecture de sa composition. Une liste aurait ainsi été transmise au président de la République pour validation.
Cette liste aurait été bloquée par Franck Biya, qui privilégia le Lamido de Maroua et le maire de Kribi.
Le choix du Lamido de Maroua s’expliquerait par les perspectives d’exploitation du pétrole et du gaz dans la zone de Zina-Makary. Quant à Kribi, la ville est appelée à accueillir la future raffinerie de pétrole de la SNH.
L’intervention de Franck Biya dans ce dossier aurait rassuré Nathalie Moudiki, présentée comme la principale suppléante de l’administrateur-directeur général (ADG).
Cette hypothèse pourrait éclairer la réaction de cette dernière, le 15 juin, lorsqu’elle a lancé une mise en garde à l’endroit de ceux qu’elle considère comme ses adversaires :
« Si des personnes osent encore critiquer le président de la République, Paul Biya, et le ministre Adolphe Moudiki, les sanctions vont suivre », avait-elle déclaré, avant de poursuivre :
« Ce sont des icônes qui sont respectées hors du Cameroun. C’est nous qui ne voyons pas la valeur de ces grands hommes. Nous sommes enviés. Respectez les monuments. »
Prions le Seigneur !
Albin Michel Njilo