Il a été assassiné dans le silence d’une nuit, dans sa résidence de Nkol-Afeme
Le Cameroun détient la palme d’or des assassinats non élucidés des religieux : Mgr Yves Plumey, les soeurs religieuses de Djoum (Germaine Marie Husband et Marie Léonne Bordy), l’abbé Joseph Mbassi, le père Engelbert Mveng, Mgr Jean Marie Benoît Bala, l'abbé François Xavier Mekong, le frère Anton Probst, l’abbé Joseph Yamb, lřabbé Materne Bikoa, Mgr Jean Kounou, l’Abbé Apollinaire Ndi, Barnabé Zambo, Frère Dominique Lescane etc.
Dans la plupart de ces cas, on note une imbrication ; une certaine accointance incestueuse entre le religieux et le politique. Les assassinats de ces hommes de Dieu laissent transparaître une omerta qui revêt à s'y méprendre des oripeaux de la raison d'État.
Le cas du Révérend Père Engelbert Mveng, assassiné dans le silence d’une nuit, dans sa résidence de Nkol-Afeme, reste encore énigmatique.
La veille de son odieux assassinat, le Révérend Père Engelbert Mveng se répandait en confidences, à plusieurs personnes sur l’imminence de sa mort violente, laissant entendre qu’il se savait menacer. Condisciple de Paul Biya au séminaire, le prélat disposait d’un accès régulier à la présidence de la République et comptait parmi les « visiteurs du soir » familiers du palais.
Selon plusieurs témoignages rapportés par le théologien et sociologue Jean-Marc Ela, lui-même contraint plus tard à l’exil au Canada, le Père Mveng aurait, à un moment donné, osé introduire un bémol moral face à certaines pratiques occultes attribuées aux cercles du pouvoir. Ces pratiques, qualifiées de manducation — consommation rituelle d’organes humains à des fins supposées de captation d’énergies pour neutraliser des adversaires politiques et conserver le pouvoir d’État — auraient été évoquées lors d’un entretien direct avec le chef de l’État camerounais.
Peu avant son propre exil forcé, Jean-Marc Ela multiplia les interpellations publiques à l’endroit du président camerounais, lors de prêches et d’homélies restés célèbres. Dans un registre biblique, il lança cette apostrophe, assimilant Paul Biya à Caïn après le meurtre d’Abel :
« Paul, qu’as-tu fait de ton frère Engelbert Mveng ? Son sang crie vengeance jusqu’au ciel. Paul Biya doit dire aux Camerounais qui a tué le Père Engelbert Mveng. »
Peu après ces prises de position, Jean-Marc Ela fut contraint à l’exil au Canada, où il mourut, sans que l’affaire Mveng n’ait jamais été officiellement éclaircie par la justice camerounaise.
Jean-Pierre Du Pont Officiel