Ainsi donc, les Camerounais devront encore attendre avant de découvrir le prochain gouvernement. Après la promesse faite à ses compatriotes de procéder à une redistribution des cartes au sein de l’appareil gouvernemental lors de la prestation de serment pour son huitième mandat le 6 novembre dernier, Paul Biya a finalement opté de retarder l’échéance et prolonger le suspens bien que la formation d’un gouvernement au sortir d’une élection à l’instar de la présidentielle constitue un acte normal dans une démocratie.
Revêtant le manteau du « Maître des horloges », le président de la République a choisi d’apporter cette clarification dans son message le 10 février 2026, veille de célébration de la Fête de la Jeunesse. Extrait. « Diverses opportunités me viennent à l’esprit à cet égard : le renouvellement, en préparation, des dirigeants des sociétés d’État, la formation du prochain gouvernement qui, je le sais, est très attendue, mais aussi la tenue des élections législatives et municipales. Même si le calendrier afférent à ces dernières devrait, au vu de certaines contraintes impérieuses, connaître un léger réajustement, dans le respect des dispositions pertinentes de nos lois, et tout particulièrement de la Loi fondamentale ».
S’il est vrai que de par la Constitution le président de la République juge de l’opportunité, en réalité, le report de ces événements permet à l’exécutif de gagner en temps dans l'espoir de se refaire une santé politique. Surtout au sortir de la présidentielle d’octobre 2025 où Paul Biya a remporté l’élection avec 53,66 % de suffrages, car en plus des contestations et des irrégularités qui ont émaillé ledit scrutin, il s’agit là de son plus mauvais résultat depuis les premières élections multipartistes en 1992 où le chef de l’État avait obtenu près de 40 % de voix, réussissant à se maintenir au palais d’Etoudi grâce à la magie de la proportionnelle.
Quoi qu’il en soit, la formation d’un nouveau gouvernement, sept ans après le dernier – le 4 janvier 2019 – devient de plus en plus inéluctable car conformément à la loi, l’échéance électorale en question interviendra au plus tard en août prochain. Sauf que cet attentisme constitue un élément perturbateur dans la gestion des affaires de la cité rendant plus difficile la vie des Camerounais avec en prime des batailles de positionnement ravivées au sein de l’establishment, où chaque camp affûte ses armes – au propre comme au figuré – dans la perspective d’un assaut final pour la conquête du pouvoir suprême.
Dans cette grisaille, pointe une lueur d’espoir à l’horizon, une espérance pour les plus optimistes, l’arrivée au Cameroun du pape Léon XIV en avril prochain pour sa première visite apostolique en Afrique un an après son élection à la tête de l’Église catholique romaine. Parce que chef d’État du Vatican, dirigeant suprême de l’église catholique mais aussi pasteur universel portant sa croix de pèlerin de paix à travers le monde, cette visite papale à la fois apostolique, pastorale et officielle peut rapprocher les contraires.
Qu’on soit catholique ou pas, qu’on soit d’accord avec le régime au pouvoir ou pas, qu’on soit déiste ou athée, une chose est sure, cette visite du Saint-Père constitue une vitrine pour le Cameroun. Le pays pourrait tirer et capitaliser des retombées aussi bien sur le plan spirituel, moral, politique, diplomatique, économique, social et culturel, d’autant que « le vicaire du Christ » viendra en messager de paix. Une paix dont le Cameroun a grand besoin en cette période charnière de son histoire. Ce Cameroun qui a besoin de se réconcilier avec lui-même doit renforcer l’unité nationale et consolider son développement. Dans cette quête pour le bien-être collectif, aucune bonne action n’est de trop.