Un test crucial pour la justice camerounaise et le TCS
Une affaire de détournement de carburant évaluée à 40 milliards de FCFA a conduit à l’interpellation d’une 50 de policiers et à la mise en cause de hauts responsables. Ces révélations placent le Tribunal criminel spécial face à un enjeu majeur : établir les responsabilités et garantir une justice impartiale.
Le bilan de la construction des hôtels de police au Cameroun, initialement prévue dans le cadre du Plan d'urgence triennal (PLANUT) lancé en 2014, suscite aujourd'hui de graves inquiétudes et de vives interrogations. Ce programme d'envergure nationale visait à moderniser les infrastructures de la Sûreté Nationale et à offrir aux fonctionnaires de police un environnement de travail décent, face au délabrement avancé de nombreux bâtiments administratifs.
Cependant, la mise en œuvre de ces marchés publics au sein de la Délégation Générale à la Sûreté Nationale (DGSN) est aujourd'hui entachée de lourds soupçons de corruption, de favoritisme et de détournements de deniers publics impliquant l'entourage de son dirigeant, Martin Mbarga Nguelé.
Un népotisme présumé dans l'attribution des marchés de construction
Selon les accusations portées contre la gestion de la DGSN, une répartition inéquitable des projets d'infrastructures aurait été orchestrée au profit de la région d'origine du Délégué Général, le département du Nyong-et-So'o. Ce seul département s'est vu octroyer cinq hôtels de police, dont quatre implantés à Mbalmayo (le chef-lieu) et un dans l'arrondissement de Nkolmetet, village natal de Martin Mbarga Nguelé.
L'attribution de ces marchés publics soulève de profonds doutes quant à la régularité des procédures :
• Le bénéficiaire des marchés : Les contrats ont été confiés à Stéphane Dissack, petit-fils de Martin Mbarga Nguelé et cadre en service à la Caisse de Stabilisation des Prix des Hydrocarbures (CSPH).
• Un manque d'expertise sectorielle : Stéphane Dissack ne posséderait aucune expérience notoire ni compétence avérée dans le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP).
• Le projet du Commissariat Central n°1 de Yaoundé : C'est également à ce dernier qu'a été attribué le chantier d'envergure du Commissariat Central n°1 de la capitale politique. À ce jour, alors que l'enveloppe budgétaire allouée a été entièrement consommée, les travaux demeurent inachevés.
Ces dérives apparentes laissent supposer que l'objectif principal de ces transactions n'était pas la réalisation des infrastructures, mais l'enrichissement illicite d'un clan familial au détriment de la fortune publique.
L'affaire du détournement de carburant : un préjudice de 40 milliards de FCFA
En parallèle des chantiers immobiliers, une autre affaire de grande envergure ébranle la DGSN : un vaste réseau de détournement de carburant. L'enquête, désormais d'ampleur nationale, met en lumière un préjudice financier colossal estimé à environ 40 milliards de francs CFA.
Cette procédure judiciaire a déjà entraîné des répercussions majeures au sein de la haute hiérarchie policière :
• Interpellations massives : Une cinquantaine de fonctionnaires de police ont été interpellés et sont actuellement auditionnés dans les locaux du Groupement Spécial d'Opérations (GSO) à Yaoundé.
• Mise en cause de hauts gradés : Le Commissaire Divisionnaire Henrick Walter Elouna, ancien chef de la Division régionale de la police judiciaire du Sud et Directeur Adjoint des Finances, de la Gestion Informatique et Logistique (DAFGIL), a été déféré devant le parquet du Tribunal Criminel Spécial (TCS) après avoir été placé en garde à vue. Il est fortement suspecté d'être impliqué dans ce trafic de carburant.
• Fuite de responsables : Le Sous-directeur des Affaires Financières (SDAF), Amougui Atangana, par ailleurs beau-frère du Délégué Général, aurait pris la fuite pour échapper aux mailles de la justice.
Un test crucial pour la justice camerounaise et le TCS
Face à la gravité et à la récurrence de ces scandales financiers au sommet de la police camerounaise, les attentes envers le Tribunal Criminel Spécial sont particulièrement élevées. L'opinion publique et les observateurs s'interrogent sur l'opportunité d'une action judiciaire d'envergure contre l'entourage direct et le réseau de Martin Mbarga Nguelé.
L'absence de poursuites rigoureuses dans ce dossier jetterait le discrédit sur l'impartialité de la lutte contre la corruption au Cameroun, rendant illégitime l'incarcération d'autres dignitaires du régime déjà condamnés pour des infractions similaires de détournement de fonds publics.
Poulakou