ÉPERVIER - Lignes 65 et 94 : Paul Biya ordonne une enquête sur la disparition de 5 400 milliards

President Paul Biya L'enquête est confiée au CONSUPE

Wed, 29 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Paul Biya a ordonné un audit approfondi des lignes budgétaires 65 et 94 couvrant la période 2010-2021, représentant plus de 5 400 milliards de FCFA de dépenses publiques. L'enquête, confiée au CONSUPE, vise à examiner les circuits de décaissement, les bénéficiaires et les responsabilités de l'ensemble de la chaîne administrative, des hauts fonctionnaires aux anciens ministres.

Lignes 65 et 94 : la décennie noire des finances publiques camerounaises rattrapée par les « hautes instructions » de Paul Biya

5 400 milliards de FCFA. Onze ans. Une administration entière sous surveillance. Le Cameroun ouvre le dossier budgétaire le plus explosif de son histoire récente.

Il faut le dire sans détour : ce n'est pas un audit de routine. C'est l'aveu, implicite mais assourdissant, qu'un système entier a pu, pendant onze ans, exécuter des masses financières colossales sans que personne, au sommet, ne semble avoir vraiment su où allait l'argent.

Paul Biya vient d'ordonner le contrôle approfondi des lignes budgétaires 65 et 94 sur la période 2010-2021. Le Secrétaire général de la Présidence a transmis l'instruction à la ministre déléguée chargée du CONSUPE, Rose Mbah Acha. Derrière la formule administrative, une réalité brutale : plus de 5 400 milliards de FCFA 3 600 milliards pour la ligne 65, 1 850 milliards pour la ligne 94 vont être disséqués. Aucune enquête administrative camerounaise récente n'a mobilisé une telle masse financière.

Une décennie de dépenses, une question qui dérange

Onze ans d'exécution budgétaire. Onze ans pendant lesquels ces lignes ont fonctionné, décaissé, financé sous le regard, en théorie, de tous les organes de contrôle censés encadrer la dépense publique. La question n'est donc plus seulement « où est passé l'argent ? ». Elle est plus grave :

À quoi servaient les mécanismes de contrôle pendant que tout cela se déroulait ?

Personne n'est épargné : toute la chaîne de commandement dans le viseur

L'audit ne s'arrête pas aux exécutants. Il remonte, sans détour, jusqu'aux sommets de l'appareil d'État :

- la Direction générale du Budget ;

- les Directions des Ressources financières du MINFI et du MINEPAT ;

- plusieurs générations de ministres des Finances, de l'Économie, des Travaux publics, des Domaines ;

- les directeurs généraux du Budget et de l'Économie ;

- les responsables de la Programmation des investissements publics.

Autrement dit : ce ne sont pas des lampistes qu'on interroge. C'est la totalité de la ligne hiérarchique qui a administré l'argent public camerounais pendant plus d'une décennie.

Plus de 1 790 agents cités : le vertige d'un système

Une correspondance attribuée au ministre des Finances évoque plus de 1 790 agents impliqués, à des degrés divers, dans la gestion de ces lignes. Ce n'est pas encore un verdict c'est déjà un signal.

Aucun système de contrôle digne de ce nom ne devrait laisser un tel nombre d'intervenants opérer sans traçabilité claire des responsabilités.

Les missions fictives : un symptôme, pas la maladie (jusqu’à 650 jours de mission en un an)

Le Tribunal criminel spécial est déjà saisi d'un dossier de missions présumées fictives environ 700 millions de FCFA détournés. Une somme dérisoire, presque anecdotique, comparée aux 5 400 milliards désormais sous audit. Et c'est précisément ce qui inquiète des sources internes aux administrations financières.

La question qui vaut 5 400 milliards : qui a réellement touché l'argent ?

C'est le nerf de l'affaire. Selon plusieurs sources internes au MINFI, les auditeurs devront établir si les décaissements ont profité à des bénéficiaires légalement habilités ou si une partie de ces sommes colossales a atterri dans des poches ne répondant à aucun critère de légitimité. Des complicités à différents niveaux de l'administration sont évoquées. Ce sont, à ce stade, des pistes mais des pistes que la seule ampleur des montants rend impossibles à balayer d'un revers de main.

Chronologie d'un dossier qui couvait depuis dix ans

- 2010

Ouverture de la période aujourd'hui auditée.

- 2010-2021

Exécution des lignes 65 et 94 : plus de 5 400 milliards de FCFA engagés.

- Après 2021

Multiplication de signaux internes et de correspondances alertant sur les procédures de gestion.

- 2026

Les « hautes instructions » présidentielles imposent un audit approfondi au CONSUPE.

- Phase actuelle

Examen des responsabilités, des circuits de validation, des bénéficiaires et des failles de contrôle.

Un test de vérité pour la gouvernance camerounaise

Ne nous y trompons pas : l'intervention directe de la Présidence n'a rien d'anodin. Elle signifie que ce dossier échappe désormais aux circuits administratifs ordinaires et se joue au sommet de l'État à un moment où la question de la reddition des comptes n'a jamais pesé aussi lourd dans le débat public camerounais.

La vraie question n'est plus de savoir si des irrégularités existent. Elle est de savoir si l'État aura, cette fois, le courage d'aller au bout : sanctions administratives, poursuites judiciaires, réforme en profondeur des mécanismes de contrôle ou bien un énième rapport voué à dormir dans un tiroir, comme tant d'autres avant lui.

Une chose est certaine : avec 5.400 milliards de FCFA en jeu et une chaîne de responsabilité qui remonte jusqu'aux plus hauts échelons de l'administration financière, ce dossier ne pourra pas être classé sans réponse.

Charles Armel Mbatchou

Source: www.camerounweb.com