Parmi toutes les conditions posées par le Fonds monétaire international pour la conclusion d'un nouveau programme avec le Cameroun, celle portant sur les subventions aux carburants illustre à elle seule la difficulté de l'exercice pour les autorités camerounaises. Une enquête de Jeune Afrique détaille l'ampleur des efforts déjà consentis par Yaoundé, mais aussi la fragilité de la trajectoire engagée.
Selon Jeune Afrique, le FMI concluait déjà, dans un rapport publié le 9 mars 2026, que seul un mécanisme d'ajustement automatique des prix du carburant permettrait d'atténuer les risques pesant sur les finances publiques camerounaises — tout en précisant que cette réforme devrait tenir compte des contraintes opérationnelles et de gouvernance, et garantir la transparence de sa mise en œuvre.
Un effort budgétaire spectaculaire, mais fragile
L'enquête chiffre avec précision l'ampleur de l'effort déjà réalisé par le Cameroun : l'enveloppe des subventions aux carburants est passée de 263,3 milliards de francs CFA en 2024 à près de 15 milliards en 2025, une chute vertigineuse confirmée par l'agence de notation S&P, qui évoque une baisse à moins de 0,05 % du PIB en 2025, contre environ 3,5 % en 2022. Mais Jeune Afrique souligne un signal inquiétant : cette trajectoire repart déjà à la hausse pour 2027, avec une provision de 340 milliards de francs CFA prévue pour les subventions à l'énergie, un choix que Yaoundé justifie par la flambée des cours mondiaux liée à la guerre au Moyen-Orient.
Jeune Afrique cite l'analyse de Désiré Avom, professeur d'économie à l'Université de Yaoundé II, qui souligne que les autorités camerounaises, tout en reconnaissant l'intérêt de la réforme réclamée par le FMI, s'inquiètent avant tout des conséquences politiques et sociales que pourraient provoquer de vastes fluctuations du prix des carburants pour la population.
Ce que cette enquête de Jeune Afrique met en lumière, c'est que le dossier des subventions aux carburants ne relève pas seulement d'un exercice comptable entre Yaoundé et le FMI : il cristallise un dilemme politique plus large, entre la nécessité de rassurer les créanciers internationaux sur la trajectoire budgétaire du pays, et la crainte de provoquer une contestation sociale dans un contexte déjà marqué par de fortes incertitudes politiques.