Paul Biya n'est pas un chef d'Etat mais un Roi

BIYA ROIIIII Image illustrative

Tue, 24 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

C'est une réflexion courte, mais qui fait mouche. Dans une chronique qui circule activement sur les réseaux sociaux camerounais, le journaliste Raoul Bia s'en prend avec un humour grinçant à ceux qui demandent au président Paul Biya de quitter le pouvoir, en pointant du doigt une contradiction que peu osent formuler aussi crûment.

Le raisonnement est simple, presque arithmétique. Paul Biya a 93 ans et dirige le Cameroun depuis 43 ans. Le chef traditionnel Fo'o Jean-Rameau Sokoudjou a 90 ans et règne sur son territoire depuis 73 ans. Or, selon Raoul Bia, c'est précisément ce dernier qui aurait publiquement invité le chef de l'État à prendre sa retraite. "Comment on peut voir la vieillesse de l'autre et ignorer la sienne ? Comment on peut dire que l'autre a mis long et oublier sa propre longévité ?", interroge le journaliste, avec une ironie assumée.

Raoul Bia anticipe lui-même l'objection prévisible : la chefferie traditionnelle obéit à des règles coutumières qui permettent un règne à vie, tandis que le pouvoir républicain est soumis à des échéances constitutionnelles. Sa réponse est sans détour : "Je leur dirai aussi que, selon la loi constitutionnelle, l'autre peut aussi durer jusqu'à sa mort."

Et pour clouer le bec aux sceptiques, il convoque un exemple aussi inattendu que percutant : celui du pape Benoît XVI, qui, selon toute la tradition canonique, n'aurait jamais dû démissionner — et qui l'a pourtant fait. "Que sa majesté ne dise surtout pas qu'il ne peut pas démissionner", lâche Raoul Bia, laissant la conclusion suspendue dans l'air.

"Il n'est pas bon de voir un vieux dire à l'autre qu'il est vieux"

La phrase-choc de la chronique est celle-là. Lapidaire, elle résume en une ligne toute la philosophie du propos : la longévité au pouvoir, qu'elle soit républicaine ou traditionnelle, ne saurait être un argument à géométrie variable. Selon Raoul Bia, si Sa Majesté Sokoudjou souhaite être entendu sur la question de l'alternance, il devrait commencer par montrer l'exemple : "73 ans, c'est aussi trop long."

La chronique, qu'on la partage ou qu'on la réfute, a le mérite de poser une question que le débat politique camerounais esquive soigneusement : peut-on réclamer le départ de l'autre sans interroger sa propre permanence ? Elle rappelle, en creux, que la légitimité de la parole sur l'alternance suppose peut-être, avant tout, une certaine cohérence avec sa propre trajectoire.

Source: www.camerounweb.com