Si la présidence camerounaise a longtemps démenti toute hospitalisation de Paul Biya, une enquête de Jeune Afrique apporte des précisions médicales inédites sur la nature exacte de son séjour prolongé en Suisse — des précisions qui soulèvent une question cruciale au regard de l'accumulation de dossiers urgents en attente sur le bureau présidentiel.
Une opération du genou plus lourde qu'annoncée
Selon les informations recueillies par Jeune Afrique, Paul Biya a bien subi une intervention chirurgicale sur un genou qui le faisait souffrir depuis des années, une opération préconisée de longue date par ses médecins. Un praticien camerounais, cité anonymement par l'enquête, précise qu'une telle intervention implique généralement la pose d'une prothèse pour renforcer une articulation usée par le temps, a fortiori chez un patient de l'âge du président camerounais, âgé de 93 ans.
Une convalescence longue, incompatible avec l'urgence des dossiers
L'élément le plus significatif de cette enquête de Jeune Afrique tient aux délais de récupération précisés par la source médicale : si l'intervention présente un taux de réussite supérieur à 80 % et peut être pratiquée sans risque particulier, la convalescence dure en moyenne de six à douze semaines, l'autonomie de base ne revenant généralement qu'au bout de trois mois, tandis que la guérison complète et la récupération de la force maximale nécessitent, selon cette source, de six mois à un an.
Un calendrier politique qui ne laisse guère de répit
Ce que cette réalité médicale, documentée par Jeune Afrique, met en tension, c'est l'écart entre le temps nécessaire à une convalescence complète et l'urgence des dossiers qui s'accumulent : formation d'un nouveau gouvernement en suspens depuis la réélection d'octobre 2025, nomination du vice-président, loi de finances rectificative, tenue du conseil supérieur de la magistrature, vaste mouvement dans la préfectorale où la majorité des gouverneurs et une bonne partie des préfets ont dépassé l'âge de la retraite. Une accumulation de dossiers structurants que le président devra arbitrer alors même que, selon les délais médicaux rapportés par l'enquête, il ne devrait pas encore avoir recouvré l'intégralité de ses capacités physiques — une situation qui interroge sur les conditions réelles dans lesquelles ces décisions majeures pour l'avenir du pays seront prises dans les prochaines semaines.