L'audience au Tribunal militaire de Yaoundé dans le cadre de l'affaire de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo aurait connu un incident de sécurité majeur ce mardi, avec la disparition temporaire d'un accusé du banc des prévenus et l'arrestation consécutive de deux gardiens de la Prison centrale de Yaoundé.
Selon des sources présentes à l'audience, l'incident se serait produit après la reprise des débats, vers 17 heures. Le Président du Tribunal (PT) Missé, qui surveille attentivement le déroulement de la procédure, aurait constaté l'absence d'Arthur Essomba, l'un des principaux accusés dans cette affaire hautement médiatisée.
Face à ce constat, le magistrat aurait interpellé à plusieurs reprises les membres de l'escorte pénitentiaire, sans obtenir de réponse satisfaisante. Il aurait fallu près de 20 minutes avant que l'accusé ne réapparaisse dans la salle d'audience.
Les témoignages recueillis décrivent une confusion totale au sein de l'escorte pénitentiaire. Une Gardienne principale de prison se serait présentée avec un retard de cinq minutes, tenant une boisson à la main, dans une attitude jugée "décontractée" par plusieurs observateurs.
Interrogée sur la localisation de l'accusé, elle aurait indiqué qu'un autre Gardien principal était responsable d'Arthur Essomba. Ce dernier n'aurait été localisé qu'après 15 minutes de recherche supplémentaires.
Arthur Essomba, lorsqu'il a finalement regagné le banc des accusés, aurait justifié son absence par la nécessité de trouver de la nourriture pour prendre ses médicaments. Le gardien responsable n'aurait pas fourni d'explication convaincante sur la séparation entre lui et le détenu.
Cet incident soulève plusieurs interrogations majeures sur la sécurité du procès :
Y a-t-il eu tentative d'évasion ? Le fait qu'Arthur Essomba se soit retrouvé seul, sans surveillance directe, pendant plusieurs minutes dans l'enceinte du tribunal suscite des soupçons légitimes. Dans une affaire aussi sensible, impliquant des personnalités influentes et des accusations graves, une évasion aurait pu avoir des répercussions considérables.
Complicité ou négligence ? Le fait que les deux gardiens se soient "dispersés", selon les termes employés, et aient perdu de vue leur mission fondamentale - assurer la garde et l'escorte d'un prévenu dans une affaire criminelle - pose la question d'une possible coordination ou, à minima, d'une défaillance professionnelle grave.
Failles systémiques ? Cet incident révèle des dysfonctionnements importants dans les protocoles de sécurité du tribunal militaire et de l'administration pénitentiaire. Comment un accusé dans une affaire d'assassinat peut-il se retrouver sans surveillance dans l'enceinte judiciaire ?
Sur instruction du Commissaire du Gouvernement, la Brigade de gendarmerie d'Efoulan a été immédiatement saisie. Les deux gardiens ont été arrêtés et placés en garde à vue vers 19 heures le même jour.
Un détail troublant a émergé lors de l'audience : la gardienne aurait déclaré publiquement, s'adressant à Arthur Essomba : "Arthur, tu as décidé de me mettre dans les problèmes." Cette phrase suggère une relation préexistante entre le détenu et au moins l'un de ses gardiens, ce qui pourrait alimenter les soupçons de complicité.
Le Président du Tribunal a ordonné l'ouverture d'une enquête pour faire toute la lumière sur cet incident. Cette investigation devra déterminer :
Les circonstances exactes de la séparation entre Arthur Essomba et son escorte
L'existence éventuelle de liens entre les gardiens et l'accusé
La possibilité d'une tentative d'évasion avortée ou d'une manœuvre de diversion
Les responsabilités individuelles et institutionnelles dans cette défaillance
Cet incident s'inscrit dans un contexte déjà extrêmement tendu autour du procès de l'assassinat de Martinez Zogo. Le journaliste de 50 ans, animateur sur Amplitude FM et connu comme "la voix des sans-voix", avait été enlevé le 17 janvier 2023 devant une brigade de gendarmerie à Yaoundé, puis retrouvé mort cinq jours plus tard, après avoir subi de graves tortures.
L'affaire a éclaboussé plusieurs hautes personnalités camerounaises, dont Jean-Pierre Amougou Belinga, homme d'affaires influent et patron du groupe L'Anecdote, ainsi que des agents des services de renseignement. Arthur Essomba (alias Albert Bidzongo) est accusé d'avoir joué un rôle clé dans l'enlèvement du journaliste.
Ce n'est pas le premier incident de sécurité à marquer ce procès. En septembre 2025, un individu s'était présenté au tribunal en se faisant passer pour un "Maréchal des logis", prétendant venir "libérer" Jean-Pierre Amougou Belinga. Il avait été rapidement maîtrisé.
Ces événements répétés révèlent l'existence de pressions importantes autour de ce dossier judiciaire, et soulèvent des inquiétudes légitimes sur la capacité des autorités à garantir la sécurité du procès et l'intégrité de la procédure.
Au-delà des sanctions individuelles qui pourraient frapper les deux gardiens, cet incident devrait conduire à une révision complète des protocoles de sécurité applicables lors des audiences du Tribunal militaire, particulièrement dans les affaires sensibles.
La famille de Martinez Zogo, qui attend justice depuis près de trois ans, a le droit de voir ce procès se dérouler dans des conditions optimales de sécurité et de transparence. Chaque incident, chaque défaillance, alimente les soupçons d'une volonté d'entraver le cours de la justice.