La condamnation à perpétuité de l'ancien président de la Fédération congolaise de football, Jean-Guy Blaise Lionel Mayolas, pour détournement de fonds, blanchiment d'argent et faux et usage de faux, repose une question qui dépasse largement les pelouses : que deviennent les fonds destinés au football en Afrique ? Alors que le dossier Samuel Eto'o – FECAFOOT est désormais entre les mains de la justice camerounaise, le parallèle entre les deux affaires s'impose. Au Congo, la justice a tranché au pénal. Au Cameroun, il appartient désormais aux juges de faire leur travail.
C'est une décision qui résonne bien au-delà des frontières du Congo-Brazzaville. En mars 2026, la cour criminelle de Brazzaville a condamné à la réclusion à perpétuité Jean-Guy Blaise Lionel Mayolas, ancien président de la Fédération congolaise de football (FECOFOOT), pour détournement de fonds, blanchiment d'argent, faux et usage de faux. Son fils Lionel Mayolas a écopé de la même peine, tandis que le secrétaire général et le responsable financier de la fédération ont été condamnés à cinq ans de prison.
Un million d'euros de financements FIFA en question
L'affaire concerne notamment plus d'un million d'euros de financements de la FIFA, dont une enveloppe de 500 000 dollars destinée au football féminin dans le cadre du programme d'aide mis en place pendant la pandémie de Covid-19. Des fonds qui devaient contribuer au développement du football et aux infrastructures, mais qui, selon la justice congolaise, ont été détournés de leur objet.
La FIFA avait elle-même ouvert, en mars 2026, une procédure officielle contre trois dirigeants de la FECOFOOT concernant de possibles irrégularités dans l'utilisation des fonds alloués. Mais c'est finalement la justice congolaise qui a tranché au pénal, envoyant un signal fort : les fédérations sportives ne sont pas des zones de non-droit.
Le parallèle avec le dossier Eto'o
C'est ici que le dossier camerounais devient intéressant. Le 22 septembre 2026, Abdouraman Hamadou Babba et des membres de l'Association des clubs de football amateur du Cameroun (ACFAC) ont saisi le Tribunal Criminel Spécial (TCS) au sujet de sommes liées notamment au match Russie-Cameroun disputé le 12 octobre 2023 à Moscou. La plainte vise la FECAFOOT et son président Samuel Eto'o.
Selon les éléments rapportés par Le Monde, deux versements provenant de la Fédération russe de football, pour un total de 567 570 euros, auraient été effectués dans le cadre de cette rencontre. Une partie de cette somme — 455 056 euros — aurait été versée sur un compte personnel attribué à Samuel Eto'o auprès de la Qatar National Bank à Doha, plutôt que sur un compte de la FECAFOOT.
La FECAFOOT a expliqué qu'elle ne disposait pas d'un compte habilité à recevoir des fonds provenant de Russie, en raison des sanctions financières visant ce pays. Une explication que nos sources qualifient d'« archi-fausse », les virements par le système international SWIFT passant normalement via OTP Bank en Russie. Le Monde rapporte également que la fédération camerounaise n'a pas nié le versement sur le compte attribué à Samuel Eto'o, mais a donné cette explication sur le contexte bancaire.
Deux affaires, deux justices
Au Congo, Mayolas a été reconnu coupable par une juridiction pénale et condamné à perpétuité. Au Cameroun, concernant Samuel Eto'o, il s'agit actuellement d'accusations faisant l'objet de démarches et de procédures judiciaires. Aucune condamnation pénale n'établit à ce stade sa culpabilité dans cette affaire.
Mais le parallèle entre les deux dossiers pose une question fondamentale : les fédérations sportives africaines sont-elles prêtes à rendre des comptes sur la gestion des fonds qui leur sont confiés ? La FIFA, l'État, les partenaires privés : tous versent des sommes considérables au football africain. Or, trop souvent, la traçabilité de ces flux financiers demeure opaque.
« La justice doit aller jusqu'au bout »
L'affaire congolaise montre une chose essentielle : lorsqu'il existe des soupçons concernant l'utilisation de fonds, les documents doivent pouvoir être examinés et les flux financiers retracés. C'est précisément le rôle de la justice. Et c'est pourquoi la procédure engagée au Cameroun mérite d'être suivie avec attention.