L'espace numérique se substitue aux institutions judiciaires
La diffusion des déclarations de l'ancien capitaine Donald Effoudou et leur médiatisation fragilisent l'État de droit, portent atteinte à la présomption d'innocence, favorisent la désinformation et alimentent les rivalités politiques.
ÉTAT DE DROIT : LES DANGERS D’UN ESPACE MÉDIATIQUE SOUS L’EMPRISE DES ALLÉGATIONS ET DES ATTAQUES AD HOMINEM SANS FONDEMENTS JURIDIQUES
L'affaire soulevée par l'interview choc de l'ancien capitaine Donald Effoudou Awussi, menée par le journaliste Morgan Palmer, illustre parfaitement les dérives potentielles de la communication à l'ère numérique.
En accusant frontalement de hautes figures de l'État — notamment le colonel Didier Badjeck, et particulièrement le Secrétaire général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh — de complots, de sabotage et de réseaux criminels, cette sortie médiatique s'inscrit au cœur des tensions liées à la guerre de succession et d'alternance politique au Cameroun.
D'un point de vue philosophique, éthique et juridique, la diffusion massive d'allégations graves sans preuves matérielles vérifiables présente des dangers majeurs pour la matérialité de l’Etat de droit, ou la stabilité sociale et institutionnelle.
LA SUBVERSION DE LA VÉRITÉ : DU FACTUEL AU SPECTACULAIRE
Sur le plan épistémologique, les réseaux sociaux opèrent un glissement dangereux de la vérité objective vers le ressenti émotionnel ou la mise en scène.
L'espace numérique se substitue aux institutions judiciaires. Une interview sur Internet ne répond pas aux règles de la charge de la preuve ou du contradictoire.
Le modèle économique des plateformes favorise l'indignation et le sensationnalisme au détriment de l'analyse critique ou de la vérification journalistique rigoureuse.
La parole d'un "insider" en exil (comme un ancien officier du renseignement) est souvent acceptée comme une vérité absolue par le public, simplement parce qu'elle confirme des soupçons préexistants sur la corruption des élites au nom de l'illusion de transparence!
LE DANGER ETHIQUE : L’EFFONDREMENT DE LA PRÉSOMPTION D’INNOCENCE
L'absence de fondements juridiques et de preuves matérielles piétine les principes éthiques fondamentaux qui protègent les individus contre l'arbitraire!
L'allégation non étayée agit comme une condamnation médiatique immédiate. Même si les faits sont démentis plus tard, le doute instillé dans l'opinion publique demeure indélébile comme un effet de psychose.
Lorsque les acteurs médiatiques supposés porter l’éthique et la vertu — sacrifient la déontologie, pour servir d'amplificateurs à des règlements de comptes, le public perd toute confiance envers les médias traditionnels et les institutions de régulation.
L’INSTRUMENTALISATION POLITIQUE : L’ARME DE LA "POST-VÉRITÉ"
Dans un contexte de transition politique ou de fin de règne (comme la perspective de l'après-Paul Biya au Cameroun), la désinformation et le déballage médiatique deviennent des outils de guerre asymétrique.
Les révélations fracassantes, qu'elles soient réelles, brodées ou inventées, servent souvent d'armes de destruction politique entre factions rivales pour disqualifier des prétendants au pouvoir.
En appelant parfois de manière sous-jacente ou directe le peuple ou l'armée à "prendre leurs responsabilités", ces discours exploitent la détresse et les frustrations sociales à des fins de positionnement politique personnel ou clanique.
Le statut de lanceur d'alerte ou de réfugié politique peut être instrumentalisé pour blanchir ou légitimer des agendas cachés, transformant des querelles d'ambitieux en combats vertueux pour la patrie. Ça s’appelle "la manipulation de la dissidence"!
LES RISQUES SYSTÉMIQUES POUR LA NATION
La propagation de la rhétorique manipulatrice au sein de l'espace public camerounais comporte des menaces concrètes.
Affirmer publiquement qu'un ministre "devrait être pendu sur la place publique" sort du cadre de la critique politique pour entrer dans celui de l'incitation à la violence. C’est une amplification flagrante du risque d'anarchie et de lynchage public!
Le gouvernement se retrouve contraint dans de telles circonstances de naviguer au milieu de crises de communication permanentes, ce qui fragilise l'autorité de l'État et altère la sécurité nationale en exposant des dysfonctionnements (réels ou supposés) des services de renseignement — cela peut conduire un pays à une paralysie institutionnelle difficilement réparable.
CE QUE JE VOIS ET CROIS…
Le cas du Capitaine Effoudou et de Morgan Palmer rappelle que la liberté d'expression perd sa valeur démocratique lorsqu'elle se détache de la rigueur factuelle et de la responsabilité morale.
Dans une phase aussi délicate que celle de l'alternance politique au Cameroun, l'éthique de la parole doit être une priorité absolue. Faute de quoi, le débat d'idées nécessaire à la construction de l'avenir du pays risque d'être totalement étouffé par le bruit des règlements de comptes et des manipulations médiatiques.
Nous avons en ce moment l’opportunité de choisir sereinement quel pays nous voulons bâtir… mais ce rêve ne sereinement quel fera pas avec des gens de petites vertus!
Loïc Kodjay