L'affaire Martinez Zogo avait choqué l'Afrique entière. Mais au-delà du crime, c'est tout un système de contrôle de l'information qui se dessine derrière les médias camerounais. À travers le cas Bruno Bidjang, Jeune Afrique révèle les mécanismes d'un journalisme sous tutelle.
Au Cameroun, posséder un média, c'est posséder une arme. C'est l'une des conclusions que l'on peut tirer du portrait exclusif que Jeune Afrique consacre à Bruno Bidjang, ancien bras droit de Jean-Pierre Amougou Belinga, patron du groupe L'Anecdote, propriétaire notamment de la chaîne Vision 4. Selon le magazine, Bidjang ne s'est pas simplement forgé une carrière dans le journalisme : il s'est constitué en porte-voix d'un réseau d'influence, multipliant les prises de position publiques favorables au clan de son patron, lui-même très introduit auprès des caciques du régime.
Ce modèle — un homme de médias adoubé par un homme d'affaires lui-même adoubé par le pouvoir — est au cœur du paysage médiatique camerounais. Et l'affaire Martinez Zogo en a révélé, dans le sang, les dérives les plus extrêmes.
Le meurtre d'un journaliste et ses zones d'ombre
Le 17 janvier 2023, l'animateur de radio Martinez Zogo est enlevé et assassiné. Jeune Afrique rappelle que les enquêteurs se concentrent rapidement sur des personnes liées au groupe L'Anecdote et soupçonnent Jean-Pierre Amougou Belinga d'en être le commanditaire. Bruno Bidjang, alors directeur général du groupe depuis seulement dix-sept jours, est interpellé et détenu deux semaines au Secrétariat d'État à la Défense. Il est toujours poursuivi, selon le magazine, pour « complicité de torture et séquestration ».
L'affaire avait mis en lumière un fait troublant, que Jeune Afrique documente avec précision : Bryan Fombor, un jeune homme de 27 ans assassiné dès 2020 dans des circonstances liées à l'entourage de Bidjang, détenait des vidéos compromettantes pour plusieurs personnalités et se serait livré à du chantage. Des affaires dans les affaires, des silences organisés, des questions sans réponse — autant d'indices d'un milieu où l'information est moins un bien public qu'une monnaie d'échange.
Ce qui est peut-être le plus révélateur dans les informations livrées en exclusivité par Jeune Afrique, c'est la reconversion de Bidjang en porte-voix officieux du clan Ngoh Ngoh à l'approche de la présidentielle d'octobre 2025. Après avoir été la voix d'Amougou Belinga, il devient celle du secrétaire général de la présidence, luttant, selon le magazine, « pied à pied contre les militants proches de l'opposant Issa Tchiroma Bakary ».
La mue est complète : de journaliste à directeur général, de détenu à invité VIP du palais, de défenseur d'un patron emprisonné à communicant du cercle présidentiel. Une trajectoire qui interroge profondément sur l'indépendance réelle des médias camerounais et sur la capacité du quatrième pouvoir à jouer son rôle de contre-pouvoir dans un système où, comme le révèle Jeune Afrique, les rédactions sont souvent les premières victimes des guerres de clans.