'L’enjeu de ce remaniement tourne autour d’un homme : Ferdinand Ngoh Ngoh'
Ça va dans tous les sens depuis l’annonce du remaniement ministériel par le président Paul Biya. Des révélations de coups bas à la santé du locataire du palais d’Etoudi en passant par les guerres de clans, aucun jour ne passe sans que les Camerounais n’apprennent de nouvelles informations sur le régime de Yaoundé.
La dernière en date est celle du journaliste et écrivain camerounais Jean-Bruno Tagne dont les écrits sont souvent très mesurés. Dans un texte publié sur les réseaux sociaux, notre confrère nous informe que « L’enjeu de ce remaniement tourne autour d’un homme : Ferdinand Ngoh Ngoh ».
Paul Biya et le gouvernement par énigme
Paul Biya avait annoncé un remaniement ministériel « dans les prochains jours » lors de son discours du 31 décembre dernier. Quinze jours après cette promesse, le fameux gouvernement n’est toujours pas connu et semble même renvoyé à la Saint-Glinglin. « Prochain », dans la bouche du président de la République, semble être un adjectif extensible à l’infini. Nul ne sait donc ni le jour ni l’heure.
Pendant ce temps, la classe politique retient son souffle. Ceux qui espèrent rejoindre la table du gouvernement trépignent d’impatience, tandis que ceux qui y sont déjà ne savent pas à quelle sauce ils seront mangés. Tous ont la boule au ventre. L’anxiété est palpable. Cynique, Paul Biya semble s’en délecter.
En annonçant ce nouveau gouvernement « dans les prochains jours », le président de la République a surpris plus d’une personne. Il n’a pas pour habitude de prévenir. Il a toujours procédé selon son bon vouloir, quand cela lui semblait opportun, prenant de court y compris ses plus proches collaborateurs. Ses zélateurs appellent cela « le style Biya ». Comme si l’imprévisibilité était une vertu d’État.
Mais à bien y regarder, le président Biya serait dans l’embarras. En 43 ans de pouvoir, il a procédé à pas moins de 35 remaniements ministériels. Pourtant, celui qu’il a annoncé dans son discours du 31 décembre semble être le plus délicat de sa carrière politique et de son interminable règne à la tête du Cameroun.
L’enjeu de ce remaniement tourne autour d’un homme : Ferdinand Ngoh Ngoh.
Nommé secrétaire général de la présidence de la République en décembre 2011, il a longtemps été traité de haut, quasi méprisé par certains caciques du régime. Ceux-ci moquaient l’inexpérience de ce fonctionnaire parachuté à un poste trop grand pour lui alors qu’il n’avait même jamais occupé un poste de ministre avant. On ne lui donnait pas deux ans. Il en a fait quatorze. Un record absolu.
Au fil du temps, il s’est tissé un réseau solide et des alliés au sein du gouvernement, des renseignements, de l’armée, de la gendarmerie et à la tête d’importantes entreprises publiques, faisant de lui aujourd’hui un homme puissant et redouté. Il faut dire qu’à la différence de ses prédécesseurs, Ferdinand Ngoh Ngoh est arrivé à la présidence à un moment où Paul Biya est usé par l’âge et par le pouvoir absolu. Il lui a donc laissé des marges de manœuvre que peu avant lui ont eues.
Le président de la République se trouve aujourd’hui face à un casse-tête : doit-il écarter Ngoh Ngoh au risque de se mettre à dos une bonne partie de ses alliés, ou le maintenir en prenant le risque d’irriter ses vieux compagnons de route qui ne supportent pas le SG/PR ?
Qu’on se le dise très clairement : il ne faut pas se bercer d’illusions. Quand bien même le président Biya consentirait enfin à former le gouvernement annoncé, il n’y aura pas de grand chamboulement. On ne se découvre pas une âme de révolutionnaire à 93 ans. D’autant que les personnes de cet âge ont une aversion quasi sacrée pour le changement. Elles préfèrent le statu quo, la routine, le calme rassurant des choses qui ne bougent pas.
Et tant pis pour le pays qui sombre chaque jour sous nos yeux.
Jean-Bruno Tagne