REVELATION: Quand l'armée sollicite les entreprises publiques pour équiper ses troupes

Recrutement Armee Cameroun Image illustrative

Sun, 25 Jan 2026 Source: www.camerounweb.com

Jeune Afrique révèle l'existence d'une pratique controversée : des généraux sollicitent directement les directions d'entreprises publiques et parapubliques pour obtenir du matériel militaire. Une démarche qui soulève des questions éthiques et financières.

Dans une correspondance confidentielle datée du 18 décembre 2025, dont Jeune Afrique a obtenu copie, le général de brigade Ngolo Ngomba Tobie Gabriel, commandant de la 2e Région militaire interarmées (RMIA2), sollicitait auprès du directeur général d'Eneo Cameroon, le Marocain Amine Homman Ludiye, un "don" de dix véhicules Toyota Land Cruiser, modèle BJ.

Cette révélation du magazine panafricain soulève une question de fond : revient-il au directeur général d'une entreprise chargée d'un service public stratégique comme la distribution d'électricité d'assurer, directement ou indirectement, les moyens matériels de défense de l'armée nationale ?

Jeune Afrique révèle que cette pratique dépasse largement le cas isolé d'Eneo. Selon les informations du magazine, plusieurs dirigeants d'entreprises publiques ou parapubliques camerounaises seraient régulièrement confrontés à des sollicitations similaires au sein de leurs institutions. Des demandes qui peuvent porter sur des véhicules, du matériel informatique, des équipements divers, voire des contributions financières.

Ces révélations mettent en lumière un système parallèle de financement des besoins de l'armée, en marge des circuits budgétaires officiels du ministère de la Défense. Une pratique qui pose de sérieuses questions sur la transparence de la gestion des deniers publics et sur les mécanismes de contrôle budgétaire.

Le cas d'Eneo est particulièrement révélateur. Jeune Afrique rappelle que cette entreprise parapublique, chargée de la distribution d'électricité au Cameroun, est déjà confrontée à d'importantes contraintes financières. L'opérateur fait face à des défis structurels majeurs : infrastructures vieillissantes, pertes techniques et commerciales élevées, difficultés de recouvrement, dettes auprès de producteurs d'électricité.

Dans ce contexte, la sollicitation du général Ngolo Ngomba pour l'obtention de dix véhicules Toyota Land Cruiser – dont le coût unitaire peut atteindre plusieurs dizaines de millions de francs CFA – représente une charge non négligeable. Le magazine souligne que cette demande intervient alors même que l'entreprise peine à honorer certains de ses engagements financiers et d'investissement.

Jeune Afrique expose le débat que cette pratique suscite au sein de l'opinion camerounaise. D'un côté, certains défendent ce qu'ils présentent comme une "coopération civilo-militaire" nécessaire dans un contexte sécuritaire dégradé. Ils arguent que les entreprises publiques ont un devoir patriotique de soutenir les forces armées qui assurent la sécurité du pays.

De l'autre, de nombreuses voix dénoncent ce qu'elles considèrent comme une pression indue exercée sur des entreprises déjà fragilisées. Certains y voient même un détournement indirect de ressources publiques, puisque les équipements "donnés" par des entreprises parapubliques proviennent in fine de fonds qui auraient dû servir à leur mission première : la fourniture de services publics de qualité à la population.

Dans sa lettre révélée par Jeune Afrique, le général Ngolo Ngomba justifiait sa demande par "la nécessité de renforcer l'efficacité opérationnelle des Forces de défense face à la dégradation du contexte sécuritaire". Le document évoquait la recrudescence de "troubles violents à l'ordre public", marqués par des "destructions, pillages et incendies de biens publics et privés", notamment dans la métropole de Douala.

Toutefois, le magazine souligne que cette justification soulève elle-même des interrogations. Si la situation sécuritaire nécessite effectivement un renforcement urgent des moyens militaires, ne devrait-ce pas être au ministère de la Défense, dans le cadre du budget voté par le Parlement, d'assurer cet équipement ? Le recours à des "dons" d'entreprises publiques ne témoigne-t-il pas d'une insuffisance chronique des dotations budgétaires allouées à l'armée ?

Les révélations de Jeune Afrique ont créé une onde de choc dans le milieu des entreprises publiques et parapubliques camerounaises. Plusieurs dirigeants, s'exprimant sous couvert d'anonymat, craignent que la médiatisation de cette affaire n'encourage la multiplication de telles sollicitations, désormais connues du grand public.

Certains responsables d'entreprises publiques s'interrogent : comment refuser une demande émanant d'une autorité militaire sans s'exposer à des représailles ? Comment justifier un refus face à un argument sécuritaire ? Et surtout, comment préserver l'autonomie de gestion de ces entreprises face à des pressions qui, même formulées poliment, n'en demeurent pas moins contraignantes ?

Pour Jeune Afrique, cette affaire met en lumière les zones grises de la gouvernance camerounaise, où les frontières entre intérêt public, intérêt militaire et responsabilité d'entreprise restent floues, au détriment de la transparence et de l'efficacité de l'action publique.

Source: www.camerounweb.com