Le lieutenant Luc Emane a été accusé à tort du vol de la mallette présidentielle et en est mort. C'est la version du capitaine Kenneth Effoudou, ancien chef du bureau renseignement à l'état-major particulier de la présidence, qui affirme que le véritable auteur du vol est le contre-amiral Joseph Fouda, conseiller spécial de Paul Biya. Selon lui, c'est Fouda qui aurait subtilisé la mallette du président en septembre 2008 à l'hôtel Intercontinental de Genève, avant de la confier au lieutenant Luc Emane. Ce dernier, obéissant aux ordres de son supérieur, a été interpellé et a passé douze mois à la prison centrale de Kondengui, avant d'être radié de l'armée. Il est décédé le 25 février 2017, brisé par cette affaire. Le capitaine Effoudou affirme faire ces révélations pour rétablir la mémoire de cet officier, mort accusé injustement. L'amiral Fouda, lui, a continué sa carrière et occupe toujours des fonctions de premier plan auprès du chef de l'État. L'affaire de la mallette présidentielle reste l'un des épisodes les plus sensibles de l'histoire récente de la sécurité présidentielle camerounaise.
𝐐𝐮𝐢 𝐚 𝐯𝐨𝐥𝐞́ 𝐥𝐚 𝐦𝐚𝐥𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐝𝐮 𝐏𝐫𝐞́𝐬𝐢𝐝𝐞𝐧𝐭 𝐏𝐚𝐮𝐥 𝐁𝐢𝐲𝐚 ?
Pendant plusieurs années, le lieutenant Luc Emane a été accusé d’avoir volé la mallette du Président de la République. Il a emporté ses accusations dans sa tombe.
Plusieurs années après les faits, le Capitaine Effoudou, ancien chef du renseignement à l'État- major du président de la République, aujourd’hui déserteur, donne une autre version de cette affaire.
Selon lui, c'est le contre-amiral Fouda Joseph qui aurait subtilisé la mallette du Président pour la confier au lieutenant Luc Emane de la garder dans sa chambre. Et c’est ainsi que cet officier a été interpellé alors qu’il obéissait aux ordres de son supérieur.
Le capitaine Effoudou affirme faire ces révélations pour rétablir la mémoire de cet officier qui en est mort, accusé injustement.
Voici ci-dessous la version officielle de cette histoire qui avait déjà été posté sur cette page. Tout ça c’est mon bon cœur.
En septembre 2008, au cours d’une tournée internationale du président camerounais Paul Biya, un incident inédit ébranle les plus hautes sphères de l’État.
À Genève, lors d’une escale discrète de la délégation présidentielle à l’hôtel Intercontinental, la mallette de souveraineté du chef de l’État disparaît. Quelques heures plus tard, le suspect est identifié : le lieutenant Luc Emane, officier de la Direction de la sécurité présidentielle (DSP), membre du cercle rapproché du président.
Le 18 septembre 2008, l’alerte est donnée. La mallette présidentielle, confiée au directeur du Cabinet civil de la présidence, est introuvable. L’objet n’est pas anodin : il symbolise l’autorité de l’État et contiendrait, selon des sources sécuritaires, une importante somme en devises.
Très vite, les soupçons se portent sur un élément interne à la délégation. Les premiers indices relevés par la sécurité présidentielle, avec l’appui du personnel de l’hôtel, conduisent à une piste précise : celle du lieutenant Luc Emane, mobilisé pour accompagner le chef de l’État durant ce déplacement officiel qui devait conduire la délégation aux États-Unis, puis au Canada.
Le tournant de l’affaire intervient grâce aux forces spéciales suisses, intriguées par les mouvements jugés suspects d’un véhicule stationné au pied de l’hôtel Intercontinental. Après recoupement, il est établi que le véhicule attendait le lieutenant Emane.
Une fouille de sa chambre est immédiatement ordonnée. La mallette présidentielle y est retrouvée. Luc Emane est interpellé alors qu’il s’apprêtait à quitter les lieux.
L’officier est aussitôt rapatrié d’urgence à Yaoundé, sous forte escorte, tandis que la tournée présidentielle se poursuit sans lui.
À son retour au Cameroun, le lieutenant est placé en détention dans une cellule au palais présidentiel, puis transféré à la prison militaire de Yaoundé. Il est soumis à de longs interrogatoires destinés à élucider les motivations de son acte, dont les contours restent flous.
Le 6 novembre 2008, une note signée par le ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, Rémy Ze Meka, le met à la disposition du commandant du troisième secteur militaire de l’Est, à Bertoua. Mais la sanction définitive tombe quelques semaines plus tard.
Par décret présidentiel du 1er décembre 2008, Paul Biya prononce la mise à la retraite d’office du lieutenant Luc Emane, avec suppression de toute pension, pour faute grave et faute contre l’honneur.
La disgrâce est immédiate et dévastatrice. Détenu depuis son rapatriement dans les locaux de la Sécurité militaire à Yaoundé, Luc Emane s’effondre psychologiquement. Le 3 décembre 2008, lorsqu’il apprend la nouvelle du décret signé ; il est victime d’un malaise et transféré d’urgence à l’hôpital militaire, où il est placé sous soins intensifs.
Dans la nuit du 4 au 5 décembre, il tente de se suicider en se frappant violemment la tête contre le mur de sa chambre. Il est sauvé in extremis par le personnel soignant. Dès le lendemain, six éléments de la compagnie d’État-major de l’armée de terre sont déployés pour assurer sa surveillance.
C’est à ce moment que le dossier de l’affaire est officiellement confié au Secrétariat d’État à la Défense chargé de la Gendarmerie (SED).
Le lieutenant Luc Emane est condamné à un an de prison ferme et à une amende de 100 millions de francs CFA pour le vol de la mallette de souveraineté du président de la République.
Il est incarcéré à la prison centrale de Kondengui, où il passe près de douze mois. Avant sa condamnation, il avait adressé une demande de clémence au chef de l’État.
Le 30 décembre 2009, bien que définitivement radié de l’armée, Luc Emane est remis en liberté. L’homme qui avait évolué au cœur du dispositif présidentiel sort de prison brisé, loin des cercles du pouvoir qu’il avait un temps côtoyés.
Ancien proche du sommet de l’État, présenté comme un homme de confiance et ancien majordome du contre-amiral Joseph Fouda, Luc Emane disparaît progressivement de la scène publique. Il décède le 25 février 2017 à Yaoundé, des suites de maladie.
L’affaire de la mallette présidentielle reste, à ce jour, l’un des épisodes les plus sensibles et les plus embarrassants de l’histoire récente de la sécurité présidentielle camerounaise.
L’oubli est la ruse du diable !
Arol KETCH –