Derrière le malaise de Paul Biya lors de la réception du 20 mai 2026 au Palais de l'Unité, Jeune Afrique révèle en exclusivité une série d'éléments qui, mis bout à bout, dessinent le portrait d'un Chef de l'État de 93 ans navigant simultanément entre des fragilités médicales croissantes et des menaces sécuritaires suffisamment sérieuses pour que les services de renseignement américains jugent utile de l'en informer par note confidentielle. Une convergence de vulnérabilités qui soulève avec une acuité jamais atteinte la question de la continuité de l'État au Cameroun.
La révélation la plus géopolitiquement explosive de l'enquête de Jeune Afrique concerne une note confidentielle des services de renseignement américains reçue par Paul Biya «quelques jours avant le 20 mai». Cette note «faisait état de risques sécuritaires dans le pays» — une information suffisamment sérieuse pour que Paul Biya la prenne en considération dans ses décisions. C'est précisément la prise en compte de cette alerte qui aurait motivé son refus de partir en Suisse pour ses soins habituels — et le «renforcement du dispositif sécuritaire entourant sa personne et celle de son fils Franck» révélé par Jeune Afrique dans sa précédente enquête sur le 20 Mai.
Que les services de renseignement américains envoient des notes confidentielles au Président camerounais sur des risques sécuritaires internes au Cameroun dit deux choses : d'abord, que Washington surveille de très près la situation politique camerounaise — et ce qu'une éventuelle transition du pouvoir pourrait signifier pour les équilibres régionaux. Ensuite, que les menaces identifiées sont suffisamment sérieuses pour justifier une alerte diplomatique au plus haut niveau.
L'avion de Guinée Équatoriale et le voyage médical annulé deux fois
Jeune Afrique révèle avec une précision documentaire irréfutable la séquence du voyage médical en Suisse qui n'a pas eu lieu. «Quelques jours avant le 20 mai, l'hypothèse d'un séjour médical suisse avait été évoquée dans l'entourage de Paul Biya — un avion spécial ayant même déjà été mis à disposition». Un avion affrété depuis la Guinée Équatoriale, prêt à décoller. Et une décision présidentielle de dernière minute : refuser de partir — motivée par l'alerte sécuritaire américaine.
Résultat : Paul Biya reste au Cameroun. Il préside le défilé du 20 mai — «visiblement diminué» selon Jeune Afrique. Il assiste à la réception. Et c'est là, devant ses invités, qu'il chute. L'ironie tragique est cruelle : c'est précisément parce qu'il a renoncé à son voyage médical pour des raisons sécuritaires qu'il s'est retrouvé dans la situation de subir un malaise public. L'avion qu'il n'a pas pris était peut-être celui qui lui aurait évité la scène la plus humiliante de sa longue présidence.
Après le malaise, les mêmes sources qui avaient organisé l'avion annulé ont de nouveau évoqué une évacuation. Selon Jeune Afrique, «ces mêmes interlocuteurs assurent qu'une évacuation sanitaire vers la Suisse a été envisagée» après la chute du 20 mai. À l'heure où nous publions, aucune confirmation officielle de cette évacuation n'a été donnée. Paul Biya «reste sous observation médicale» selon une partie des sources du journal — tandis que d'autres minimisent en parlant d'un «coup de fatigue».
Ce que cette séquence révèle avec une acuité douloureuse, c'est le vide institutionnel créé par l'absence de nomination d'un Vice-Président — alors même que la Constitution révisée le 14 avril 2026 prévoit ce poste précisément pour assurer la continuité de l'État. Paul Biya chute lors de sa propre réception nationale. Il est placé sous surveillance médicale. Une évacuation sanitaire est envisagée. Et le poste constitutionnel prévu pour gérer ce type de moment — la Vice-Présidence — reste vacant depuis 42 jours.
«Paul Biya semble prendre plaisir à laisser s'élargir le champ des possibles», avait observé Jeune Afrique il y a quelques jours. Après la chute du 20 mai, ce plaisir de l'attente ressemble de moins en moins à de la stratégie — et de plus en plus à un risque que le Cameroun ne peut plus se permettre de prendre.