Il ne mâche plus ses mots. Fridolin Nke, philosophe camerounais et auteur de Paul Biya, les Chroniques de la fin, enchaîne les déclarations fracassantes qui ébranlent la scène politique nationale. Du palais d'Etoudi aux urnes du 12 octobre 2025, l'intellectuel affirme aujourd'hui savoir des choses — et prétend en avoir été acteur.
« Méfiez-vous ! » : quand la Première Dame s'invite dans la polémique
Dans une sortie aussi directe qu'audacieuse, Fridolin Nke s'en est récemment pris à la relation qu'entretiendraient la Première Dame Chantal Biya et Ferdinand Ngoh Ngoh, Secrétaire Général de la Présidence de la République et homme fort de l'entourage présidentiel.
« La proximité entre la Première Dame et un Collaborateur du Chef de l'État est indécente, préjudiciable au prestige de la fonction présidentielle et nuisible à la respectabilité des institutions et du pays. Ferd. NGOH NGOH MÉFIEZ-VOUS ! », a-t-il pesté, sans détour ni précaution oratoire.
Une diatribe qui a immédiatement enflammé les réseaux sociaux camerounais, où le nom de Ferdinand Ngoh Ngoh est régulièrement associé à l'exercice d'un pouvoir occulte au sein de la présidence. Si ces propos relèvent pour l'heure de l'accusation non étayée, leur formulation tranchante par un intellectuel de cette trempe leur confère un retentissement particulier.
Mais c'est sur un autre terrain — celui de la fraude électorale — que les déclarations de Fridolin Nke prennent une dimension potentiellement explosive. L'intellectuel affirme avoir personnellement pris part à des manœuvres irrégulières lors de la présidentielle du 12 octobre 2025, ayant conduit à la réélection de Paul Biya avec 53,66% des suffrages, son score le plus faible depuis 1992.
Manipulation des chiffres électoraux, bourrage d'urnes, corruption : Nke décrit un dispositif méthodique mis en place pour contrecarrer la dynamique de l'opposant Issa Tchiroma Bakary, qui avait pourtant réuni d'importantes foules lors de sa campagne.
Plus troublant encore, il évoque l'existence d'un « think tank » d'intellectuels camerounais mobilisés pour apporter une caution morale et stratégique au régime « vacillant » de Paul Biya. Parmi les noms cités figure celui du sociologue Claude Abé, directeur de l'IRSA à l'Université Catholique d'Afrique Centrale, récemment nommé coordonnateur national du Parti des Démocrates Camerounais (PDC) pour les élections de 2026 — une trajectoire politique qui, selon Nke, ne serait pas sans lien avec ces événements.
Il convient cependant de le souligner : aucune preuve matérielle ni aucun témoignage corroborant n'a, à ce stade, été versé au débat public pour étayer ces allégations.
Qu'est-ce qui a poussé cet homme à parler ? Selon ses propres déclarations, la réponse tient en un mot : l'ingratitude. Malgré ses « services rendus », les engagements financiers pris à son égard n'auraient jamais été honorés. L'intellectuel rapporte n'avoir même pas obtenu le remboursement du « simple carburant » qui lui aurait été promis, malgré de « nombreuses relances ».
Cette complainte, aussi prosaïque soit-elle, éclaire d'une lumière crue les rouages supposés du système : des intellectuels cooptés, rémunérés sur promesse, puis abandonnés une fois l'élection passée. Un tableau, s'il était avéré, révélateur d'une instrumentalisation délibérée de l'élite intellectuelle camerounaise par le pouvoir politique.
Ces révélations s'inscrivent dans un climat post-électoral particulièrement tendu. Les analyses statistiques publiées depuis octobre 2025 ont mis en évidence des anomalies difficilement explicables : dans certaines régions anglophones du Nord-Ouest, pourtant frappées par l'insécurité et le déplacement de populations, la participation électorale aurait bondi de plus de 800% par rapport au scrutin de 2018, avec des scores de 87% en faveur de Paul Biya. Dans le Sud-Ouest, une hausse de 243% des votants a été enregistrée — dans des zones où l'ONU recense plus d'un million de déplacés internes.
Ces données statistiques, que les autorités n'ont pas commentées officiellement, constituent le terreau sur lequel les affirmations de Fridolin Nke trouvent une résonance particulière.