Le remaniement ministériel est proche. Plusieurs ministres, par pressentiment, savent que les chances qu’ils soient reconduits sont plus faibles que celles qu’ils laissent la place à un autre visage pour les prochaines années. Par conséquent, la mauvaise foi commence par s’installer, au détriment des aspirations réelles des populations et du vrai besoin de développement qui devrait conduire leurs actions. Abanda Thierry explique ce qui se passe et qui est du genre à frustrer tous les Camerounais.
Nous sommes au début de l’année 2026. Le budget d’investissement et de fonctionnement de l’État du Cameroun vient d’être lancé.
Or, un fait grave se produit : les ministres actuellement en poste, dont plusieurs savent qu’ils peuvent être remplacés à tout moment, se précipitent pour lancer des appels d’offres, engager des marchés publics et consommer les lignes budgétaires, souvent dans l’urgence et sans transparence.
Cette pratique vise un objectif bien connu, celui d’engager l’argent public avant leur départ afin de le capter à travers des entreprises amies, des réseaux ou des intérêts privés. La conséquence est dramatique. Les ministres qui seront nommés plus tard hériteront de budgets déjà vidés.
Ils ne pourront plus mettre en œuvre leur propre politique publique. Les objectifs réels de développement du pays seront sabotés. Le budget devient un outil de prédation et non un outil de développement.
En réalité, cela signifie qu’un futur gouvernement serait réduit à exécuter des décisions financières prises par des ministres qui ne seront même plus en fonction. C’est une prise d’otage du budget national.
Dans un État de droit, toute autorité qui engage des fonds publics alors qu’elle est en fin de mandat politique commet une faute grave de gouvernance et une infraction morale et financière.
Nous demandons la suspension immédiate des grands engagements budgétaires jusqu’à la formation du nouveau gouvernement ; l’audit systématique de tous les marchés engagés en ce début d’année 2026 ; la responsabilité personnelle de tout ministre qui aura engagé des crédits dans un but opportuniste. Le budget de la République n’est pas un butin de sortie de fonction. C’est l’argent du peuple camerounais.