Le leader du PCRN, dont l'entrée au prochain gouvernement Paul Biya se précise selon plusieurs sources concordantes, a subi un véritable déluge de critiques sur les réseaux sociaux après un message de sensibilisation civique. Entre accusations de trahison et déconnexion assumée, le député fait face à une crise de crédibilité qui interroge sur sa capacité à incarner encore une alternative politique crédible.
C'est un "vendredi noir" numérique dont Cabral Libii se serait bien passé. Le leader du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (PCRN), qui s'apprêterait selon toute vraisemblance à rejoindre le prochain gouvernement de Paul Biya, a été submergé par une vague d'hostilité sans précédent sur les réseaux sociaux. L'incident révèle l'ampleur du fossé qui s'est creusé entre l'ancien champion du renouveau et une partie significative de son électorat historique.
Le vendredi 2 janvier 2026, Cabral Libii publie sur sa page officielle un message qui se voulait classique et civique. Il y appelle les Camerounais à s'inscrire sur les listes électorales avant la date butoir du 9 février 2026. Un exercice de sensibilisation démocratique qu'il a répété maintes fois, accompagné du hashtag désormais familier #lheuredupeuple.
Mais cette fois, la réception est glaciale. En quelques heures, ce qui devait être une simple routine de communication se transforme en tribunal populaire virtuel. Les réactions fusent, acerbes, désabusées, parfois violentes. Cabral Libii, habitué à des interactions plutôt bienveillantes avec sa base militante, découvre l'ampleur de la fracture qui s'est opérée.
Les chiffres sont éloquents et témoignent d'un malaise profond. En seulement 24 heures, la publication a généré près de 3 000 réactions et commentaires. Une mobilisation numérique impressionnante, mais dont le contenu révèle un désaveu massif.
L'analyse qualitative des commentaires montre une tendance écrasante : la majorité des internautes exprime une hostilité ouverte envers le député. Les mots "trahison" et "déception" reviennent en boucle, comme des mantras d'un électorat qui se sent abandonné. Certains évoquent ouvertement le sentiment d'avoir été bernés, d'avoir cru en un homme qui aurait finalement rejoint le système qu'il prétendait combattre.
Cette levée de boucliers numérique contraste violemment avec l'époque glorieuse où Cabral Libii incarnait l'espoir d'une jeunesse en quête de changement. Le temps où le slogan des "11 millions d'inscrits" galvanisait les foules semble désormais appartenir à une ère révolue.
Impossible de comprendre l'ampleur de cette déferlante sans revenir sur le traumatisme électoral de 2025. Lors de la dernière élection présidentielle, Cabral Libii n'a obtenu que 3,41 % des suffrages exprimés, se classant en troisième position, loin derrière les attentes qu'il avait lui-même suscitées.
Ce score, perçu comme une humiliation par ses partisans les plus fervents, n'a jamais vraiment été digéré. Les internautes n'hésitent pas à le lui rappeler dans leurs commentaires, certains allant jusqu'à questionner sa légitimité à donner des leçons de civisme alors qu'il n'aurait pas su convaincre au moment crucial.
La blessure est d'autant plus vive que beaucoup avaient investi émotionnellement et financièrement dans sa campagne, y voyant une chance de rupture avec l'ordre établi. Le résultat décevant de 2025 a laissé un goût amer qui, manifestement, perdure.
Le désalignement électoral : quand l'offre ne répond plus à l'attente
Pour les observateurs de la scène politique camerounaise, ce rejet massif illustre un phénomène classique mais brutal : le désalignement électoral. L'offre politique du leader du PCRN ne correspondrait plus à l'attente émotionnelle et idéologique de son électorat historique, principalement composé de jeunes en quête de rupture radicale.
Les reproches formulés dans les commentaires sont récurrents et dessinent le portrait d'un leader accusé de s'être éloigné de ses bases. On lui reproche notamment une déconnexion assumée avec les aspirations populaires, un manque de cohérence politique flagrant entre ses discours d'hier et ses postures d'aujourd'hui, et un effritement de cette image de proximité qui faisait sa force.
L'annonce de son entrée probable dans le prochain gouvernement de Paul Biya, qui circule avec insistance dans les milieux informés, n'arrange rien. Pour ses détracteurs, ce serait la confirmation ultime de ce qu'ils dénoncent : le passage d'opposant à allié du système, la transformation d'un tribun en ministre, la trahison des idéaux de rupture au profit des strapontins du pouvoir.
Face à ce tsunami numérique, Cabral Libii a choisi pour l'instant une stratégie du silence. Aucune réaction officielle sur ses canaux de communication, aucun communiqué pour clarifier sa position ou répondre aux accusations. Cette absence de réponse alimente les spéculations et, pour certains, confirme l'embarras du député.
Ce silence peut être interprété de plusieurs façons. Stratégie d'apaisement en attendant que l'orage passe ? Difficulté à trouver les mots justes face à une colère qu'il n'avait pas anticipée ? Ou simplement l'acceptation résignée que le lien avec une partie de son électorat est définitivement rompu ?
Quelle que soit l'explication, cette absence de réponse interroge sur la capacité du leader du PCRN à reprendre la main sur son propre récit politique. Dans un environnement numérique où les narratifs se construisent en temps réel, laisser le champ libre aux critiques peut s'avérer dangereux à long terme.
L'épisode du "vendredi noir" de Cabral Libii soulève des questions plus larges sur son avenir politique. Si son entrée au gouvernement se confirme, comment parviendra-t-il à justifier ce choix auprès d'une base qui y voit déjà une trahison ? Comment reconstruire un capital confiance sévèrement érodé ? Et surtout, peut-on encore incarner une quelconque forme d'opposition ou d'alternative quand on est perçu comme ayant rejoint les rangs du pouvoir en place ?
Pour le PCRN également, ces turbulences posent la question de la cohérence du projet politique. Un parti fondé sur l'idée de réconciliation nationale peut-il survivre à la désaffection de sa base militante ? Les structures locales, déjà fragilisées par le score de 2025, résisteront-elles à cette nouvelle secousse ?
Les prochaines semaines seront décisives. Cabral Libii devra sortir du silence et clarifier ses intentions, au risque sinon de voir son influence politique continuer de s'éroder. Car dans l'arène impitoyable des réseaux sociaux camerounais, où les réputations se font et se défont à la vitesse d'un tweet, le temps de la réaction est compté.
En attendant, le "vendredi noir" de Cabral Libii restera comme le symbole d'une rupture consommée entre un leader politique et une partie significative de ceux qui avaient cru en lui. Une leçon brutale sur la fragilité du capital politique à l'ère numérique, où la mémoire des promesses est longue et le pardon, rare.