Recherché pour avoir ordonné l'exécution de deux jeunes brûlés vifs, le chef supérieur du groupement Baloum, Noussi Pokam Charly Constant, a pris la fuite après une cavale de plusieurs jours. L'onde de choc secoue la région de l'Ouest.
L'histoire commence le 5 juin 2026 à Baloum, dans l'arrondissement de Penka-Michel, département de la Menoua, région de l'Ouest . Deux jeunes hommes, Steve Achille, 25 ans, originaire de Balessing, et Borel Kamta, originaire de Baloum, sont accusés d'avoir volé des tôles à l'École Catholique Sainte-Dominique de Baloum .
Alertée, la population les interpelle. Steve est conduit à la chefferie où le chef supérieur, Noussi Pokam Charly Constant, est présent . Ligoté, roué de coups, le jeune homme est torturé devant le chef qui lui déclare de « faire ses dernières prières » . Malgré les supplications de son ami Borel, qui crie qu'il est innocent et propose de prendre sa place, la foule reste sourde.
Quelques heures plus tard, Steve est brûlé vif par ses bourreaux, à l'aide de pneus aspergés d'essence, à l'entrée du marché, au lieu-dit Tinkeng . Borel subit le même sort un peu plus tard, malgré les tentatives du chef d'alerter la gendarmerie .
Une famille en quête de justice
Si la famille de Borel a choisi le silence « pour respecter la tradition », celle de Steve, refusant de se taire, a saisi la justice. Une plainte a été déposée auprès du Procureur de la République près les tribunaux de Dschang et de la Gendarmerie de Penka-Michel, accusant le chef supérieur et plusieurs jeunes de la localité de meurtre, séquestration, torture et non-assistance à personne en danger .
Un mandat d'amener a été émis le 15 juin 2026 par le tribunal . Mais le chef, prévenu de l'imminence des poursuites, a disparu. Selon des sources locales, il aurait quitté la chefferie dans la nuit, déguisé et escorté par plusieurs notables, direction Douala .
La gendarmerie de Penka-Michel a débarqué à 5h du matin à la chefferie. Trop tard. Le trône était vide.
L'affaire, d'abord étouffée pendant une semaine, a explosé lorsque la scène du supplice, filmée par un témoin, est devenue virale sur les réseaux sociaux . Le chef aurait tenté d'agresser l'auteur des images. Mais la pression médiatique a fini par avoir raison du silence.
Ce que ce drame révèle, c'est un système d'impunité locale qui semble protéger les chefs traditionnels, quels que soient leurs actes. Une source locale confie : « Ce n'est pas la première fois que ce chef fait brûler ses sujets. Et rien ne lui est jamais arrivé » .
La chasse à l'homme est désormais lancée. Les familles des victimes réclament justice. Et le Cameroun, une fois de plus, s'interroge sur les dérives d'une tradition qu'on invoque trop souvent pour justifier l'injustifiable.