0
Regional News Mon, 3 Dec 2018

Retrait de la CAN: le Septentrion pleure sa CAN

La sentence est tombée vendredi 30 novembre dernier. Cruelle et sans appel. Le Cameroun n'organisera plus la 32 édition de la coupe d'Afrique des nations. Ainsi en a décidé la Confédération africaine de football à l'issue d'une assemblée extraordinaire de son comité exécutif tenue à Accra, au Ghana, et qui aura tenu en haleine toute l'Afrique. L'instance faitière du football africain que dirige le Malgache Ahmad Ahmad a estimé que le pays de son prédécesseur à la tête de l'institution, le Camerounais Issa Hayatou, présente des insuffisances criardes aussi bien sur le plan infrastructurel, organisationnel que sur le plan sécuritaire. Si la CAF, «après avoir considéré qu'un simple report n'est pas envisageable», estime avoir pris la bonne décision en respectant ses obligations statutaires, au Cameroun par contre la pilule est dure à avaler car trop amère. On se rend compte que les sourires des inspecteurs de la CAF et leur écoute patiente lors des différentes visites d'inspections étaient trompeurs et n’étaient en vérité que politesses diplomatiques circonstancielles, en réponse aux salamalecs et autres courbettes des officiels camerounais. Puisqu’en fin de compte leur rapport s'est surtout appésanti sur les failles et défaillances du Cameroun sur ce projet vieux de quatre ans. En réaction à cette décision, le gouvernement camerounais par la voix de son ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement estime que ce retrait de part de la CAF est «une décision étonnante qui ne rend justice ni, aux investissements colossaux, ni à l'engagement du chef de l'Etat».

Parmi les villes devant abriter les poules de cette CAN 2019 figurait Garoua. Les populations de la capitale de la région du Nord avaient fini par intégrer dans leur calendrier que du 15 juin au 14 juillet, elles allaient accueillir des milliers de visiteurs venus du monde entier et s'attelaient déjà à relever les défis d'une organisation réussie de ce côté. En l'espace de quelques mois, la capacité hôtelière de la ville s'est étoffée avec la mise en service de nouveaux hôtels et auberges, les structures déjà existantes tels que le Motel Plazza ou encore le Relais St Hubert, ont entamé un sérieux relifting pour faire peau neuve et surtout répondre aux exigences des clients et des délégations étrangères qui devaient séjourner dans la ville lors de cette compétition. Et que dire de l'hôtel Bénoué en réhabilitation ou encore des hôtels des sports et 70 chambres en construction ? A terme, toutes ces infrastructures devaient porter la capacité hôtelière de la ville à plus de 500 chambres. En outre, plusieurs PME affinaient déjà leurs services pour faciliter le séjour aux visiteurs. Ces derniers ne cachaient plus leur joie de faire de bonnes affaires durant la compétition qui devait attirer des touristes, mais également de nouveaux investisseurs. A Yelwa, quartier réputé pour être un «paradis de l'ambiance», les bistrots et les snack bar préparaient déjà «la CAN des débits de boisson» car la «bière allait couler à flot et notre chiffre d'affaires allait être multiplié par deux ou par trois», explique Gaelle Fotso, propriétaire d'un snack bar, qui avait déjà investi plus de 4 millions en prélude à la CAN.

INVESTISSEMENTS PERDUS

Un investissement sur le long terme d'après elle, car consciente qu'elle n'allait pas rentrer dans ses frais en deux semaines de compétition. Mais la décision du comité exécutif de la CAF de retirer la CAN 2019 au Cameroun a plombé en plein vol de nombreux opérateurs économiques de la ville qui s'étaient déjà mis à l'heure de la CAN qui était pour eux une véritable aubaine. La nouvelle du retrait, véritable coup de massue pour les populations, alimente les conversations depuis qu'elle a été rendue publique. Un vent de tristesse souffle sur la ville depuis vendredi que beaucoup qualifient de "Black Friday" car l'espoir d’organiser la CAN 2019 s'est définitivement émoussé. Plusieurs fournisseurs de l'entreprise Prime Potomac, qui ne savent plus à quel saint se vouer depuis un certain temps, redoutent que les travaux soient abandonnés et que l'entreprise se déclare en mesure de ne plus pouvoir éponger ses dettes.

La poursuite des travaux est au centre des conversations à Garoua. Ici, on a surtout peur que le retrait de la CAN signe également l'arrêt des travaux des différents chantiers. Car la ville natale d’Issa Hayatou comptait énormément sur la CAN 2019 pour se doter de stades, de routes et d'autres infrastructures. Mais depuis que la décision de la CAF est tombée, le doute planait. Un doute dissipé heureusement par une sortie du ministre Issa Tchiroma Bakary qui a déclaré lors d'un point de presse tenu le samedi 01 décembre 2018 que le Cameroun poursuivra la construction des infrastructures et en les achevant à date. Le doute n'est donc plus permis. Et sur le terrain, votre journal a pu également constater que les travaux étaient en cours sur plusieurs chantiers, 24 heures après l'annonce du retrait. Au Stade omnisports par exemple, les ouvriers de l'entreprise Mota Engil étaient à pied d’œuvre sur le chantier de réhabilitation de la cuvette de Roumdé Adjia. Des camions chargés de gravillons, de sable ou encore de parpaings faisaient d'incessant va-etvient pour approvisionner les chantiers. Au stade d'entrainement annexe où l'on peut déjà apercevoir les quatre pylônes qui bientôt vont accueillir les lampadaires de ce stade d'une capacité de 1000 places couvertes, des ouvriers étaient à pied d'œuvre pour boucler les derniers réglages au niveau de la charpente métallique devant accueillir la toiture de l'ouvrage. A quelques encablures de là, des ouvriers de l'entreprise Croisière sont à pied d’œuvre pour l’aménagement de l'une des voies d'accès du stade principale. Sous un soleil de plomb, ces derniers s'activent à la réalisation des travaux de construction des caniveaux pour le drainage des eaux pluviales.

Source: L'OEIL DU SAHEL N°1155
Related Articles: