Samuel Eto’o et « les fondations solides » : attention à ne pas confondre un trophée avec un processus

Eto'o Joueuese Fecafoot Photo Image illustrative

Sun, 23 Aug 2026 Source: www.camerounweb.com

« Une maison ne se juge pas uniquement au fait qu'elle soit encore debout après une belle cérémonie d'inauguration. On regarde aussi ses fondations. » C'est la mise en garde d'Alain Denis Ikoul, directeur du média CFOOT, après la déclaration de Samuel Eto'o sur la nécessité du temps pour bâtir une œuvre durable. L'analyste salue le sacre des Lionnes à la CAN, mais refuse d'en faire « la preuve irréfutable qu'un grand processus de construction était déjà à l'œuvre ». Il rappelle que les Lionnes n'avaient pas réussi à se qualifier pour les deux dernières CAN et n'avaient été repêchées qu'à la faveur de l'élargissement de la compétition. L'exploit appartient d'abord aux joueuses et à leur staff, à leur capacité à saisir une opportunité. Mais une sélection peut gagner une compétition sans que tout l'écosystème fonctionne parfaitement. Ikoul pose des questions incontournables : que deviennent nos clubs féminins sur la scène africaine ? Où sont les investissements, les infrastructures, la formation ? « Ce trophée ne saurait à lui seul servir de certificat de solidité des fondations du football féminin camerounais. »



Samuel Eto’o et « les fondations solides » : attention à ne pas confondre un trophée avec un processus.

Quand le Président Paul Biya parle Charles Ndongo commente. Quand le Président Eto’o parle, A. Denis Ikoul commente.

Dans sa réaction après la réception des Lionnes Indomptables au Palais de l’Unité, le président de la FECAFOOT a insisté sur une idée : le temps serait la condition nécessaire à la construction d’une œuvre durable.

« Toute œuvre a besoin de temps. Nous nourrissons l’ambition de réaliser des œuvres parfaites, d’aller au-delà de ce que notre beau pays connaît déjà. Et pour cela, nous avons toujours besoin de temps. » déclare Samuel.

Puis il développe sa métaphore : « Si l’on veut bâtir une belle maison, on a besoin de temps pour que les fondations soient solides et que cette maison ne tombe pas. »

L’image est belle. Mais elle appelle tout de même une question : où sont les fondations dont parle le président de la FECAFOOT, ancien buteur du Barça ?

Car il ne faudrait pas que la victoire des Lionnes à la CAN devienne, après coup, la preuve irréfutable qu’un grand processus de construction était déjà à l’œuvre depuis l’ère de la grandeur.

Sportivement, le récit est beaucoup moins linéaire.

Car en effet, les Lionnes, sur le terrain, n’ont pas réussi à se qualifier pour les deux dernières CAN. Elles avaient été éliminées par l’Algérie pour cette édition, avant d’être repêchées à la faveur de l’élargissement du nombre de participants à la compétition. Elles ont ensuite réalisé l’exploit magnifique de transformer cette seconde chance en sacre continental.

Et cet exploit appartient d’abord aux joueuses et leur staff.

À leur talent. À leur engagement. À leur solidarité. À leur état d’esprit. À leur capacité à saisir une opportunité que le football leur avait finalement offerts.

Mais entre « avoir saisi une opportunité et remporté une CAN » et « être l’aboutissement d’un processus construit méthodiquement pendant des années », il y a tout de même un monde. Car une maison ne se juge pas uniquement au fait qu’elle soit encore debout après une belle cérémonie d’inauguration. On regarde aussi ses fondations.

Et lorsqu’on regarde le football féminin camerounais dans son ensemble, certaines questions deviennent incontournables.

❓ Que deviennent nos clubs féminins sur la scène africaine ? Pourquoi peinent-ils encore à rivaliser durablement avec les meilleures équipes du continent ? Où est cette progression structurelle qui devrait permettre à nos clubs de s’installer régulièrement dans le dernier carré des compétitions CAF ? Où sont les investissements, les infrastructures, la formation, la professionnalisation et la compétitivité domestique qui permettraient de parler véritablement d’un édifice solide ?

Parce qu’une sélection nationale peut gagner une compétition sans que cela signifie nécessairement que tout l’écosystème qui l’entoure fonctionne parfaitement.

Une génération peut produire un exploit. Une équipe peut trouver une alchimie exceptionnelle. Des joueuses peuvent, pendant quelques semaines, dépasser toutes les attentes. Mais un processus se mesure dans la durée, dans la répétition et dans la capacité à reproduire la performance: Les Lionnes U20 qui étaient en quart de finale du mondial en 2024, ne participeront pas à l’édition 2026 en Pologne, car éliminée par la Tanzanie.

Et c’est là que le discours du Pichichi mérite d’être recadré.

Oui, les Lionnes ont remporté la CAN. Oui, elles ont écrit une magnifique page de l’histoire du football camerounais. Oui, elles méritent tous les honneurs qui leur sont accordés. Mais NON, ce trophée ne saurait à lui seul servir de certificat de solidité des fondations du football féminin camerounais. Parce que si les fondations sont solides, elles doivent produire autre chose qu’un coup d’éclat.

👏 Elles doivent produire des clubs compétitifs, des générations qui se succèdent comme au Sénégal et au Maroc par exemple, des qualifications obtenues sur le terrain, des performances continentales régulières et une capacité à rester au sommet.

Sinon, le risque est grand de prendre l’exception pour l’ériger en règle et le trophée pour le processus.

J’adresse mes félicitations au grand frère Samuel, surtout pour avoir ramené Dimitri Lipoff, mais je l’invite à ne pas faire de cette victoire à la CAN, l’arbre qui cache la forêt du football féminin camerounais.

[ Alain Denis Ikoul | LE 7H20 DE CFOOT ]

Source: www.camerounweb.com