'Ils trahissent une immense fébrilité'
Le malaise dont a été victime le président camerounais Paul Biya lors des célébrations du 20 mai 2026 est considéré comme le symbole de l’essoufflement du régime et de la fragilité de l’État camerounais. Cet incident, rapidement minimisé par le pouvoir, dépasse la simple question de santé personnelle. Dans un système fortement centralisé autour de la figure présidentielle, l’affaiblissement physique du chef de l’État mettrait en évidence la vulnérabilité de toute l’architecture politique du pays.
Le 20 mai est, dans la liturgie politique camerounaise, le symbole de l'unité et de la solidité de la nation. Pourtant, ce 20 mai 2026, au Palais d'Etoudi, c'est une tout autre image qui s'est gravée dans les esprits, malgré les rideaux de fumée et la censure immédiate des caméras de la CRTV : celle de la chute physique du chef de l'État, Paul Biya. À 93 ans, dont près de 44 passés à la tête du pays, le président a été victime d'un malaise en pleine réception officielle.
Cet incident, que les courtisans du régime s'empressent de qualifier de simple "coup de fatigue", dépasse largement le cadre du bulletin de santé privé. Il touche au cœur même de la République.
Au Cameroun, où le pouvoir est ultra-centralisé, hyper-personnalisé et verrouillé à double tour, la biologie s'invite brutalement comme la seule force d'opposition que le régime ne peut ni intimider, ni emprisonner. Quand le corps du président vacille, c'est toute l'architecture de l'État qui tremble.
L'omerta immédiate imposée par le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, et les sourires forcés de la première dame pour faire "continuer la fête" ne trompent plus personne.
Ils trahissent une immense fébrilité. Cette panique des sommets démontre le danger d'un système qui a refusé, décennie après décennie, de préparer une transition transparente, de déléguer sereinement, ou même de nommer un gouvernement attendu depuis des mois. Gouverner, ce n'est pas dissimuler la vérité derrière des notes des services de renseignement américains ou des séjours médicaux à Genève. Gouverner, c'est prévoir. Et aujourd'hui, le vide est abyssal.
Mais au-delà du risque systémique pour le Cameroun, cet événement pose une question éthique et humaine que personne dans l'entourage présidentiel ne semble disposé à formuler. Combien de temps encore le clan du pouvoir va-t-il s'agripper au prestige d'un homme à bout de forces pour préserver ses propres privilèges et ses réseaux d'affaires ?
Il est temps de rompre ce spectacle de la fin de règne. Pour l'histoire du Cameroun. Pour l'avenir de sa jeunesse, qui n'a connu qu'un seul dirigeant depuis sa naissance. Mais aussi pour le respect dû à la fonction et à l'homme lui-même : il faut libérer le "vieux".
Libérer Paul Biya de ce fardeau présidentiel qu'il n'a plus les capacités physiques de porter. Le maintenir sur le trône, au prix de chutes dissimulées et d'absences masquées, relève d'un acharnement politique que l'histoire jugera sévèrement. Le Cameroun ne peut plus être l'otage d'une régence de l'ombre qui gouverne au nom d'un patriarche affaibli.
La stabilité du pays ne se construira pas dans le secret. Elle exige le courage de la transition. Il est temps de rendre à Paul Biya sa dignité d'homme. Et aux Camerounais, leur destin.
John Lawson