Santé de Paul Biya : Le régime RDPC instaure un climat de terreur au Cameroun

Cortege Paul Biya Pour la CRTV et les communicateurs du RDPC, depuis 1982, l’homme n’est jamais tombé malade

Thu, 28 May 2026 Source: www.camerounweb.com

Le climat politique au Cameroun sous le président Paul Biya, au pouvoir depuis plus de 44 ans, est comparé à une « prison à ciel ouvert ». Évoquer publiquement l’état physique ou mental de Paul Biya expose à de graves représailles : arrestations, intimidations, poursuites judiciaires ou accusations d’outrage. Le régime aurait instauré une culture de peur qui empêche la presse, les acteurs politiques et la société civile de parler librement de ce sujet.

C’est le jour où Paul Biya quittera le pouvoir que les Camerounais réaliseront qu’ils ont passé plus de 44 ans dans une prison à ciel ouvert.

Prenons l’exemple de la quasi-criminalisation du débat public sur la santé du président.

Le Cameroun est probablement le seul pays au monde où évoquer publiquement l'état physique ou mental du chef de l'État est perçu, puis considéré comme un outrage. On peut vous kidnapper, vous torturer, vous jeter en prison et vous traduire devant le tribunal militaire à cause de cela.

On a réussi à insérer dans l'esprit de nombreux Camerounais que parler de la santé de Paul Biya est un terrible sacrilège. Ce tabou a été imposé à presque tout le monde : à la presse, aux acteurs politiques et de la société civile. Depuis quatre décennies, le régime maintient tout ce beau monde dans la peur, au point que presque personne n'ose briser la règle. Les plus courageux ne l'évoquent qu'en paraboles. Autrement dit, on a forcé les Camerounais à accepter l'idée implicite que Paul Biya est immunisé contre la maladie.

Pour la CRTV et les communicateurs du RDPC, depuis 1982, l’homme n’est jamais tombé malade. Ils ne l’ont jamais admis. Chaque fois, ce sont des démentis. Pourtant, c’est un être humain, et c'est tout à fait normal de tomber malade. Mais le système a réussi à faire accepter l’idée que la santé de tout le monde peut flancher, sauf la sienne. Il est alors un cyborg ?

Même le vieillissement de Paul Biya est un sujet tabou. Du haut de ses 93 ans, il est presque interdit de dire sur un plateau de télévision qu’il est déjà un vieillard. Pour le dire, il faut encore user de métaphores ou parler en paraboles.

Quelle dictature!

Et le plus désolant, c’est que le pays entier a normalisé cette situation et s’en accommode. Le vieillissement, l’affaiblissement physique et la santé du président sont devenus des sujets à haut risque. Les rares personnes qui osent en parler sont tout de suite érigées en héros. Regardez à quoi notre pays est réduit. Les corps et les esprits sont tenus en captivité depuis 1982.

Ailleurs, c’est pourtant la chose la plus banale qui soit. Aux États-Unis, la santé du président fait l'objet de débats télévisés quotidiens, et personne ne ferme ces chaînes pour autant.

L’opinion pousse même les dirigeants à publier leur bulletin de santé — Joe Biden le faisait régulièrement. Les citoyens leur mettent la pression pour qu'ils passent des examens médicaux et se soignent. Même Donald Trump, qui est pourtant l'un des présidents les plus têtus et imbus de l’histoire, s'est souvent plié à cet exercice.

Le peuple a le droit d’avoir l’assurance que celui qui le dirige est en pleine possession de ses moyens physiques et intellectuels, et que ce n'est pas un clan dans l'ombre qui gouverne à sa place.

Même dans d’autres pays africains, la santé des chefs d'État se débat publiquement. On le voit régulièrement au Nigeria, au Bénin, en Afrique du Sud, au Kenya ou en Côte d’Ivoire. Mais au Cameroun, ouvrir la bouche sur ce sujet est une prise de risque énorme. Ce qui est banal partout ailleurs est toujours un tabou sacré ici.

La dictature de Yaoundé, vieille de 44 ans, n’aura jamais de concurrente dans l'histoire.

Comment en est-on arrivé au point où parler publiquement de la santé d’un président est une très grosse prise de risque ?

Aristide Mono

Source: www.camerounweb.com