Scandale : Eric Gervais Ndo se fait humilier

Gervais Eric Ndo Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire

Wed, 4 Feb 2026 Source: La République n°1139

Dans une théâtralisation qui laisse pantois l’on assiste à la diffusion d’un mirage qui connote d’une usurpation des lauriers du Gouvernement. Le communiqué officiel est dithyrambique : Eric Gervais Ndo serait « sur le front du développement », s’imprégnant des « contraintes techniques » d’un chantier « stratégique ». La scène, filmée en grande pompe et relayée avec une ferveur suspecte sur les réseaux sociaux, se voulait historique. On y voit l’exécutif régional inspecter des chantiers routiers, pointer du doigt des engins de génie civil, et promettre des jours meilleurs aux populations de la Vallée du Ntem. Problème : l’illusion d’optique est totale. Derrière l’emphase, la réalité est plus prosaïque, pour ne pas dire malhonnête.

En réalité, ces infrastructures ne doivent rien, ou presque, au Conseil Régional. Ce sont des réalisations du Gouvernement central, pilotées par le Minepat (ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire) via le Budget d’Investissement Public (BIP). Le pont sur la Mboro, tout comme la route de Mvangan, n’est en rien le fruit du labeur de l’exécutif régional. Ces projets sont des émanations directes du Gouvernement central, financés par le Budget d’Investissement Public (BIP) et pilotés par le Minepat et le ministère des Travaux Publics (MINTP).

En s’appropriant les lauriers d’un travail qu’il n’a ni financé ni initié, Eric Gervais Ndo ne fait pas seulement preuve de populisme ; il organise une véritable spoliation des lauriers administratifs. Il s’adonne à un populisme de façade qui trahit une profonde fébrilité. Comment accorder du crédit à un homme qui, à peine installé, s’arroge des avancées qu’il n’a ni budgétisées, ni planifiées ?

Le narcissisme comme boussole politique

Pour ceux qui suivent la trajectoire de ce haut gradé des douanes, l’épisode ne surprend guère. Ancien maire d’Ebolowa 2, l’homme avait déjà laissé derrière lui un sillage de promesses sociales jamais tenues et un bilan jugé « famélique » par ses propres administrés. Sa seule véritable victoire politique ? Une bravade contre le Comité central du RDPC, dont il est pourtant le pur produit de l’ascenseur social. Aujourd’hui à la tête de la Section RDPC d’Ebolowa 2, la léthargie est devenue la norme. Des sources locales révèlent une situation ubuesque : même l’entretien de la Maison du Parti est désormais assuré par d’autres élites, lassées de voir l’institution péricliter sous la gestion d’un président plus préoccupé par son image que par l’animation de la base.

Le « parachute » doré de la douane

Le parcours d’Eric Gervais Ndo interroge sur la mutation des « barons » du régime. Ancien de l’ENAM, commandant des douanes, passé par l’ANIF et l’Organisation mondiale des douanes, son CV ressemble à une collection de titres prestigieux sans ancrage réel. Si la douane lui a permis de construire une fortune personnelle confortable, elle n’a pas fait de lui un bâtisseur.

À Ebolowa, le diagnostic est sans appel : il est perçu comme un « parachuté » maintenu à flot par une certaine élite milliardaire du Sud, cherchant à placer ses pions pour verrouiller la région. Un prédateur de fonctions qui, au lieu de servir le processus de décentralisation, s’en sert comme d’un piédestal pour masquer une vacuité politique sidérante.

Pourquoi un tel bluff ? La réponse se trouve dans le bilan, encore famélique, de l’institution régionale. Depuis la mise en place des Conseils Régionaux, le Sud cherche encore son second souffle. Faute de ressources propres conséquentes et d’une vision stratégique claire, l’exécutif semble avoir choisi la fuite en avant. Faute de pouvoir présenter des routes « régionales », on va « visiter » celles de l’État.

Du populisme comme cache-misère nourrit à une confusion consciente et donc pernicieuse des rôles. Il ne fait nul doute que ce mélange des genres entre les compétences de l’État central et celles de la Région ne fait qu’entretenir le flou chez le citoyen, qui finit par ne plus savoir qui fait quoi. À force de vendre des « victoires » par récupération, Eric Gervais Ndo risque de briser le dernier lien de confiance avec une base électorale qui ne se nourrit pas de selfies sur des chantiers d’autrui. S’exposant de fait à un risque du désenchantement.

La fin de l’illusion ou l’heure de vérité ?

En transformant le Conseil Régional en agence de communication pour chantiers étatiques, Eric Gervais Ndo joue avec le feu. Les populations de la Vallée du Ntem, si elles sont en quête de désenclavement, ne sont pas dupes du « storytelling » servi par les flibustiers du numérique à sa solde. La décentralisation exige des faits, des ressources propres et une vision. En choisissant le mensonge par omission et la récupération, le président du Conseil régional s’engage sur la voie dangereuse d’un désenchantement.

Car au Sud, plus qu’ailleurs, le peuple sait faire la différence entre un bâtisseur et un simple visiteur de chantiers. La décentralisation au Cameroun ne pourra réussir si ses principaux acteurs transforment les institutions en simples plateaux de tournage pour leur propre promotion. Le Sud, bastion de la « fidélité » institutionnelle, mérite mieux qu’un pilotage à vue basé sur la récupération politique.

Éric Gervais Ndo doit comprendre que le véritable leadership ne réside pas dans la capacité à s’inviter sur les photos du Minepat, mais dans l’aptitude à impulser des projets propres, innovants et surtout, réels. Sans ce sursaut, le « désenchantement » ne sera plus seulement une dérive, mais le diagnostic final d’un échec annoncé.

Source: La République n°1139