Scandale au sommet du Cameroun: Un surcoût de 90% par rapport au Togo interroge

Biya Faure Paul Gnassingbe Image illustrative

Thu, 5 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

Selon des révélations de Jeune Afrique, le marché des lampadaires solaires attribué au Cameroun présente un écart de prix significatif avec un projet similaire réalisé au Togo

Un lampadaire solaire à près d'un million de francs CFA : est-ce le prix du développement ou celui de l'opacité ? Les révélations exclusives de Jeune Afrique sur le marché d'éclairage public attribué sans appel d'offres à l'entreprise française Sunna Design soulèvent une question vertigineuse : pourquoi le Cameroun paie-t-il ses lampadaires solaires presque deux fois plus cher que ses voisins ?

Dans son enquête publiée ce 5 février, Jeune Afrique établit une comparaison qui devrait faire réfléchir les défenseurs du projet camerounais. En 2021, la même entreprise française Sunna Design avait remporté un marché similaire au Togo, dans le cadre du programme CIZO (Cities and Villages Lights).

Le coût unitaire ? 524 000 F CFA par lampadaire, installation comprise, avec en prime une clause de maintenance sur douze ans. Au Cameroun, quatre ans plus tard, le même prestataire facture 995 000 F CFA l'unité – soit près du million –, pour un contrat dont les modalités de maintenance restent floues.

Près de 90% d'écart : comment l'expliquer ?

Jeune Afrique le souligne sans détour : le projet camerounais apparaît près de 90% plus cher que son équivalent togolais. Un écart colossal qui ne peut s'expliquer uniquement par l'inflation ou les variations du marché des équipements solaires entre 2021 et 2026.

À titre de comparaison, un lampadaire solaire de qualité standard, avec batterie lithium et système de gestion intelligente, coûte entre 400 000 et 700 000 F CFA sur le marché international, installation comprise. Le tarif camerounais se situe donc dans la fourchette haute, voire au-delà, des standards continentaux.

Face aux questions soulevées par l'hebdomadaire panafricain, les autorités camerounaises avancent plusieurs arguments. Le coût global, expliquent-elles, ne se limite pas aux équipements. Il intègre des lampadaires solaires à performance élevée, des batteries de longue durée adaptées aux conditions climatiques locales, des poteaux galvanisés résistants, ainsi que la logistique à l'échelle nationale, les études techniques préalables, la supervision du projet et les taxes applicables.

Des explications qui peuvent paraître légitimes. Sauf que le Togo, avec ses contraintes climatiques similaires (climat tropical, forte humidité, températures élevées), et sa configuration géographique tout aussi complexe, a réussi à obtenir un prix près de deux fois inférieur.

Un argument pourrait jouer en faveur du Cameroun : la massification. Avec 21 500 lampadaires commandés pour 360 communes, contre environ 10 000 pour le programme togolais, l'effet de volume devrait normalement permettre des économies d'échelle significatives. Or, c'est exactement l'inverse qui se produit : plus la commande est importante, plus le prix unitaire grimpe.

Cette anomalie économique, relevée par Jeune Afrique, alimente les soupçons de surfacturation ou, à tout le moins, de négociation peu avantageuse pour les finances publiques camerounaises.

L'entreprise française Sunna Design jouit d'une réputation solide dans le secteur de l'éclairage solaire autonome. Présente dans plus de 60 pays, elle a équipé des milliers de sites à travers le monde. Sa technologie est éprouvée, ses produits certifiés.

Mais comme le révèle Jeune Afrique, cette expertise technique ne justifie pas nécessairement les écarts de prix constatés entre ses différents marchés africains. Contactée, l'entreprise n'a pas souhaité commenter publiquement les différences tarifaires entre ses contrats togolais et camerounais.

Au-delà des chiffres, c'est la méthode qui pose problème. Jeune Afrique rappelle que ce marché de 21,4 milliards de F CFA a été attribué de gré à gré, sans appel d'offres, sur la base d'un « Très Haut Accord » du président Paul Biya, relayé par le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh.

Si le droit camerounais autorise cette procédure exceptionnelle, elle reste soumise à des conditions strictes : urgence absolue, exclusivité technique démontrée, ou projet stratégique nécessitant une coordination centralisée. Dans le cas présent, aucune de ces justifications ne semble évidente pour un programme d'éclairage public, aussi ambitieux soit-il.

Paradoxalement, les 360 communes censées bénéficier de ces installations restent largement silencieuses. Jeune Afrique note que ni les maires, ni les élus locaux, ni même les populations concernées n'ont été associés en amont à la définition de ce projet "structurant".

Une approche verticale qui contraste avec les pratiques de plusieurs pays africains, où les projets d'éclairage public font l'objet de consultations locales pour identifier les zones prioritaires et adapter les solutions techniques aux besoins réels.

Si ce marché devait se réaliser sans ajustement, il créerait un précédent préoccupant. Comment justifier, lors de futurs appels d'offres, des tarifs inférieurs si l'État lui-même a validé des prix aussi élevés ? Comment exiger la transparence des collectivités locales si l'administration centrale échappe aux procédures concurrentielles ?

Les révélations de Jeune Afrique posent ainsi une question qui dépasse le seul cas des lampadaires : celle de la rationalité économique des grands marchés publics au Cameroun, et de leur compatibilité avec les principes de bonne gouvernance que le pays s'est engagé à respecter.

En attendant, les 21 500 lampadaires restent sur le papier. Et chacun d'eux porte désormais une étiquette invisible : 995 000 F CFA. Le prix de la lumière, ou celui de l'opacité ?

Source: www.camerounweb.com